Lettres : Pourquoi un méga-CHUM ?

J'ai lu avec étonnement l'opinion du Dr Luc Bessette, urgentologue au CHUM, parue dans Le Devoir du 5 mai («Santé: responsabilité ou imposture»). Ses propos soulèvent chez moi des interrogations en ce qui a trait à sa connaissance sélective du réseau de la santé et des services sociaux. Pourquoi a-t-il omis de souligner qu'au Québec comme ailleurs dans le reste du Canada, 80 % des problèmes de santé relèvent de la première ligne? De la même façon, pourquoi n'a-t-il pas mentionné qu'au delà de 75 % des cas traités en centre hospitalier de troisième ligne relèvent plutôt de la première ligne? Si le Dr Bessette veut un CHUM de 700 lits, pourquoi ne sollicite-t-il pas sa régie régionale pour lui demander d'exiger que les gros hôpitaux tertiaires montréalais, avec leurs infrastructures coûteuses, cessent de faire de la première ligne pour ainsi dégager les sommes nécessaires à son projet?

Les arguments du docteur ne sont pas tous des arguments du domaine de la santé. Ce qu'il propose pour le CHUM est un autre stade olympique avec tout ce que cela amène de fierté mal placée. Ce genre de nationalisme relève d'un complexe d'infériorité. J'espère que le ministre de la Santé et des Services sociaux saura résister à de tels appels et que ses collègues l'appuieront. Sinon, que ces derniers trouvent les sommes requises dans leur propre ministère plutôt que celui de la Santé, qui doit s'exempter de faire du développement régional qui n'est pas urgent. Si le gouvernement fédéral devait transférer des fonds aux gouvernements provinciaux, je l'appuierais dans son exigence de voir à ce que les fins pour lesquelles il fournit ces sommes soient respectées. Les lignes d'attente en région sont aussi longues qu'à Montréal et, si transfert de fonds il y a, ceux-ci devront contribuer à diminuer les lignes d'attente et non à constuire un méga-CHUM.