Lettres : Au vert, et vite !

Je me réjouis de l'article «L'architecture se met au vert» paru dans Le Devoir du lundi 10 mai. J'ai envie d'ajouter ceci: il était temps! En effet, c'est en multipliant les exemples d'édifices publics ou résidentiels ayant moins d'impacts sur l'environnement qu'architectes et développeurs feront prendre conscience qu'il existe d'autres façons de construire et d'habiter. Quand on sait que le bâtiment, si on tient compte non seulement de l'énergie requise pour le chauffer, l'éclairer ou le climatiser mais aussi de celle nécessaire à l'extraction, à la transformation et au transport des matériaux, serait responsable de plus de 50 % des émissions de gaz à effet de serre, on mesure l'urgence qu'il y a de passer au vert.

Mais il y a plus. Si Montréal avait fait preuve d'une vision mieux articulée sur le plan d'une architecture plus respectueuse de l'environnement, des terrains comme ceux au nord du Plateau-Mont-Royal et ceux avoisinant les usines Angus auraient pu devenir une vitrine pour le talent et le savoir-faire de nos architectes, un laboratoire des techniques de demain et, qui sait, un tremplin pour des idées exportables. Ils auraient pu constituer des destinations pour les Montréalais et les touristes, curieux de voir émerger un langage architectural représentatif du XXIe siècle, proposant des solutions face aux enjeux environnementaux dans la rigueur, la nouveauté et la beauté.

Au lieu de quoi, malheureusement, nous sommes condamnés à côtoyer une architecture désolante, similaire, n'interpellant personne, qui aurait pu se retrouver dans n'importe quel champ le long d'une autoroute, conçue pour remplir des trous et maximiser la rentabilité au pied carré, à la satisfaction des promoteurs.

Des édifices verts, il en faut plus; il faut que tout ce qui se construit le soit. Les architectes talentueux ne doivent plus rester indifférents. Ils devront désormais bâtir en fonction de l'élan environnemental amorcé, se faire entendre et s'imposer. Le dynamisme de notre ville (ou des morceaux qu'il en restera) et la qualité de la vie que nous y menons en dépendent.