L’avenir des universités passe par un système d’éducation fort

Les universités n’ont pas manqué de rappeler que leur avenir passe par un réinvestissement.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Les universités n’ont pas manqué de rappeler que leur avenir passe par un réinvestissement.

L’éducation occupe l’avant-scène des préoccupations depuis quelque temps, et tous les regards sont notamment tournés vers le nouveau gouvernement de François Legault, qui a promis d’en faire la priorité parmi les priorités. Les universités, dans la foulée, n’ont pas manqué de rappeler que leur avenir passe par un réinvestissement. Il fait consensus que l’écart avec les universités canadiennes gagnerait à être réduit. Mais pour cerner le réel enjeu pour la survie de nos établissements universitaires, on doit poser son regard bien en amont des lignes comptables. Aujourd’hui, je lance un appel à toute la société québécoise pour qu’ensemble, on fasse de la valorisation de la connaissance et de l’éducation un objectif commun, unanime et enthousiaste.

En tant que directeur général d’un établissement universitaire de recherche et de formation aux deuxième et troisième cycles, je me trouve tout au bout de la chaîne du système d’éducation québécois. À ce titre, je m’en sens solidaire et redevable, et j’applaudis lorsqu’une réelle volonté d’améliorer l’école québécoise est mise en avant. J’espère d’ailleurs que l’on cessera d’opposer investissement dans un système d’éducation préscolaire, primaire et secondaire fort et financement des établissements postsecondaires. Un investissement dans nos écoles ne peut que devenir un investissement indirect dans nos universités. Ce que les écoles produisent, c’est la matière première future des universités : des jeunes curieux, intéressés par le savoir, la connaissance, la culture et la science.

Je veux exprimer ma solidarité avec tous les enseignantes et enseignants, les directions d’écoles et les acteurs du système d’éducation. Nous faisons partie d’un même système et c’est d’une seule voix que nous devons demander un réinvestissement pour tous.

Société la plus éduquée

Le Québec accuse un retard historique en matière d’éducation. Dans les années 1960, nous nous sommes donné collectivement l’objectif de combler le fossé avec les autres pays développés et le reste du Canada. Nous avons ouvert des polyvalentes, créé le réseau des cégeps et, il y a 50 ans, le réseau de l’Université du Québec, dont l’INRS fait partie. C’était ambitieux de mener tous ces chantiers à bien et nous avons pourtant réussi. Le Québec a parcouru un grand bout de chemin, mais nous ne pouvons toutefois plus nous satisfaire de rattraper la moyenne canadienne ou des pays de l’OCDE. Nous devons rêver maintenant de devenir la nation la plus éduquée au monde.

Le résultat d’une société éduquée, c’est une culture riche et vivante, ce sont des créateurs reconnus à travers le monde, des scientifiques de renom dont les découvertes font notre fierté, des citoyens engagés dans la vie démocratique, capables de créer des entreprises innovantes et performantes.

L’INRS forme les chercheurs de demain dans des domaines cruciaux tels l’environnement, les télécommunications, les nouveaux matériaux, la santé et la culture. L’INRS se classe premier au Québec en intensité de recherche, soit le financement obtenu par nos professeurs. Malgré cela, je ne peux m’empêcher de m’inquiéter : qui seront nos étudiants, demain, si en tant que société, nous ne déployons pas davantage d’efforts pour valoriser le savoir et l’école, dès le préscolaire ?

Évidemment, comme directeur général de l’INRS, je rêve de retrouver chez moi une demande sans cesse croissante de formation à la recherche dans des créneaux stratégiques pour le développement du Québec. Pour cela, nos écoles doivent parvenir à donner davantage le goût des études aux jeunes du Québec. L’avenir de mon université appelle le Québec tout entier à entretenir ce goût du savoir, le goût de l’université et de la recherche. Pour y arriver, la reconstruction et le réinvestissement en éducation doivent devenir prioritaires. Il nous faut valoriser le métier d’enseignant, mieux les rémunérer, les appuyer, leur construire des écoles inspirantes, et c’est ainsi que nous pourrons, à terme, espérer attirer davantage d’étudiantes et d’étudiants dans mon établissement universitaire et permettre à l’INRS d’accomplir la mission émancipatrice que la Révolution tranquille lui a confiée. Et pourquoi tout cela ? Pour mener ensemble le Québec au titre de nation la plus instruite et la plus émancipée du globe.

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11 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 16 janvier 2019 00 h 19

    Oui

    Rêvons...

  • Mario Jodoin - Abonné 16 janvier 2019 00 h 39

    Les écoles ne sont pas des usines

    «Ce que les écoles produisent, c’est la matière première future des universités»

    Cette analogie est malheureuse et est le reflet d'une dérive dans la vision de l'éducation. C'est dommage, car le reste du texte est mieux dosé et beaucoup plus pertinent. Il est toutefois important de réagir à toute association de notre système d'éducation à une entreprise de production.

    • Marguerite Paradis - Inscrite 16 janvier 2019 06 h 04

      Tout à fait.
      Et, présentement, les universités ressemblent à de grosses disctributrices de diplômes... un produit de consommation parmi d'autres.
      Cela dit, « un système d'Éducation fort » ça passe par un primaire, un secondaire et un collégial « forts ».
      La formation universitaire devrait « simplement » s'inscrire dans un processus de formation continue tout au long de la vie.

  • Nadia Alexan - Abonnée 16 janvier 2019 05 h 53

    Pour la meilleure éducation au monde, il faudrait envisager la gratuité scolaire à tous les niveaux.

    Si vous voulez vraiment devenir la nation la plus éduquée au monde, il faudrait offrir une éducation gratuite et de qualité, de la maternelle jusqu'au doctorat. Les frais prohibitifs du niveau universitaire empêchent beaucoup d'élèves qui n'ont pas les moyens de participer.
    Les Pères de la Révolution tranquille avaient le bien commun et l'intérêt public à coeur. Les politiciens d'aujourd'hui avec des idées néolibérales de privatisation n'ont pas cette vocation. Ils aiment la ségrégation des élèves selon les moyens de leurs parents.

    • Robert Bernier - Abonné 16 janvier 2019 10 h 01

      Vous écrivez: "Les frais prohibitifs du niveau universitaire empêchent beaucoup d'élèves qui n'ont pas les moyens de participer. " D'après toutes les études que j'ai pu consulter, cela est fort loin d'être établi.

      Ce qui a le plus d'effet sur l'accès à l'université d'après les études, ce n'en est pas le coût qui est d'ailleurs bien faible ici au Québec, c'est semble-t-il la culture familiale. J'y ajouterais la culture de notre société qui n'accorde que très peu de valeur -si même elle en accorde- à la culture "savante", notamment aux sciences de la nature.

      Par ailleurs, des chiffres discutés en 2012, il appert qu'une gratuité complète au niveau universitaire ajouterait près de 1 milliard de dollars aux dépenses de l'État québécois. Sommes-nous prêts à ajouter ça au fardeau fiscal sans garantie d'amélioration? Parce qu'il le faudrait, sous peine de se retrouver en face d'universités délabrées comme c'est beaucoup le cas en France notamment.

      En 2012, j'avais trouvé "équilibrée" la position du ministre Bachand: une augmentation des frais d'accès à l'université et l'utilisation d'une partie des nouveaux argents en augmentation des prêts et bourses, qui aurait eu pour résultat de rendre quasiment gratuite l'université pour les plus démunis. Et je continue de penser que cet effet de péréquation des familles plus favorisées vers celles qui le sont moins serait la voie à suivre.

    • Nadia Alexan - Abonnée 16 janvier 2019 22 h 59

      À monsieur Robert Bernier: Trouvez-vous normale que les diplômes universitaires quittent l'université avec une dette d'au moins 40,000$ en près qu'ils doivent rembourser au commencement de leur carrière? Si les grandes sociétés payaient leur juste part d'impôt, on aurait les moyens d'offrir une éducation de qualité à nos enfants, comme envisagé par les Pères de la Révolution tranquille.
      Malheureusement, ce n'est pas dans l'intérêt de nos gouvernements néolibéraux d'avoir une population instruite, car ils ne pourront plus continuer avec leur corruption et leur collusion avec impunité.

  • Daniel Cyr - Abonné 16 janvier 2019 08 h 15

    Les écoles ne sont pas des usines, bis!

    M. Jodoin, j'abonde dans votre sens sur le point que vous soulevez. Je patauge dans le réseau universitaire depuis plus de 35 ans et j'ai bien vu se mettre en place cette vision très dérangeante, on en est même venu à la marotte de l'économie du savoir. Les universités semblent ne pas avoir échappé au discours économique ambient et à ses dérives. Aujourd'hui on y parle plus d'argent et d'investissement... que de savoir! Regarder seulement le temps que doivent passer les professeurs à la recherche... d'argent! De plus, à trop vouloir les meilleures places, on manque le coche qui nous amènerait de toute façon à la bonne place. Dans ces hauts lieux du savoir, il serait pertinent de savoir penser différemment!

  • Monique Bisson - Abonné 16 janvier 2019 08 h 35

    Rêver à quoi précisément avec de gros sabots?

    Bonjour,

    Ce texte est tout sauf inspirant malgré l’objectif poursuivi par l’auteur. En effet, l’éducation a pour but de permettre à chaque citoyen de se réaliser afin de trouver sa place dans notre société québécoise, instruite et évoluée.

    Tout au long de cet appel avec de gros sabots pour le financement de l’université, l’auteur incite le gouvernement à mieux financer les universités québécoises.

    À ce que je sache, les milieux universitaires, français ou anglais, sont très bien nantis comparativement aux milieux primaire, secondaire et collégial et cela autant du point de vue d’édifices que conditions de travail.

    En effet, sauf erreur, il en coûte environ 10 000$, par année, pour former un élève du primaire ou du secondaire, 12 000$ pour un élève du niveau collégial et près de 30 000$, par année, au niveau universitaire. Trouver l’erreur!

    Pendant que les écoles du primaire, du secondaire et même du collégial tombent en décrépitude, le milieu universitaire, en général, loge dans des locaux, on ne peut plus d’actualité, si ce n’est luxueux par endroit.

    Je veux bien rêver, pas de devenir la société la plus instruite et la plus éduquée, mais celle de donner une chance égale à toutes et à tous de devenir citoyennes et citoyens accomplis.

    Pierre Carpentier