Des changements en maternelle basés sur un mythe

Les enfants de 4-5 ans sont biologiquement différents de ceux du primaire et ont des besoins et des manières d’apprendre spécifiques.
Photo: Eric Cabanis Agence France-Presse Les enfants de 4-5 ans sont biologiquement différents de ceux du primaire et ont des besoins et des manières d’apprendre spécifiques.

Alors qu’on parle de « maternelle 4 ans », un danger guette ces enfants dont tout le monde veut pourtant le bien : perdre leur enfance.

En effet, contrairement à ce qui a été véhiculé abondamment, l’enseignement précoce systématique formel de la lecture n’est pas une garantie d’un plus grand succès ultérieur. Il s’agit d’un mythe malheureusement relayé à travers de nombreux médias.

L’arrimage actuellement en cours des programmes préscolaires existants ne devrait pas servir d’excuse pour les transformer en un programme plus académique. Profiter de cette transition pour axer le contenu principalement sur l’enseignement en grand groupe de la lecture réduirait plutôt les chances de favoriser la réussite personnelle et scolaire future des enfants.

Cette forme didactique d’enseignement peut nuire aux jeunes enfants, en particulier à ceux issus des milieux économiquement faibles et plus particulièrement aux garçons. Elle peut diminuer leur motivation et leur goût de l’école et créer chez certains un stress qui peut même inhiber la construction de leur cerveau. Les programmes d’éducation préscolaire de type académique ou ceux où dominent les activités dirigées par les adultes ne donnent pas de meilleurs lecteurs ou résultats scolaires. Les programmes les plus efficaces pour promouvoir le succès des jeunes enfants sont ceux qui leur offrent des choix, qui leur permettent d’être actifs et qui encouragent toutes les formes d’expression. Ceux-ci leur permettent de développer toutes les attitudes, habiletés, compétences et connaissances constituant la maturité scolaire. On se fait malheureusement une fausse idée de ce qui « prépare » le mieux les enfants pour l’école, réduisant le développement cognitif à la connaissance des lettres et des chiffres. En fait, plus les milieux d’éducation préscolaire ressemblent au primaire, moins ils favorisent la réussite éducative et plus ils créent au final des inégalités.

Nous regrettons le fait que des personnes bien intentionnées mais sans formation spécifique en développement de la petite enfance cherchent depuis quelques années à influencer le contenu des programmes ou à imposer des méthodes à adopter en éducation préscolaire. Celles-ci ont tendance à transposer des stratégies qui conviennent peut-être aux plus vieux mais qui sont inadaptées pour cet âge.

Les enfants de 4-5 ans sont biologiquement différents de ceux du primaire et ont des besoins et des manières d’apprendre spécifiques. Il faut se rappeler que leur cerveau est immature et qu’on ne doit pas brûler des étapes et avoir des attentes irréalistes qui ne tiennent pas compte de leur chronologie de développement et compromettraient leur avenir. Ils ont tous un besoin vital de bouger, de parler, d’être entendus en confiance, de jouer, de manipuler. Brimer tout cela serait les faire souffrir et favoriser le décrochage précoce.

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24 commentaires
  • Danielle Jasmin - Abonné 12 janvier 2019 09 h 43

    Enfin !

    Bravo madame Gillain Mauffette ! Je suis entièrement d'accord avec vous.

    • Jean-Henry Noël - Abonné 13 janvier 2019 08 h 34

      Moi, je suis en désaccord. Le petit de l'homme doit tout apprendre et son cerveau est fertile. Tous les jours, il apprend quelque chose. C'est aux parents que revient la tache d'entamer l'éducation de sa progéniture, aussi la stimuler par la suite avec l'aide de l'école. À vrai dire, je pense que pour un esprit curieux, l'école a peu d'importance une fois qu'on sait lire. J'ai appris un tas de choses en lisant dès la petite enfance. Je pouvais lire vers deux ans : mes parents avaient jugé bon de me l'apprendre. J'ai utilisé la même méthode d'aprentissage pour ma fille. Vers 4-5 ans, toutes ses dictées étaient sans faute.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 janvier 2019 09 h 35

      Pour vous citez, enfin. Je suis enseignant en Ontario et dans notre coin de pays, la maternelle existe depuis plus de 25 ans. Or, les élèves qui y sont passés, ne réussissent pas plus que ceux où les parents ont décidé de les garder à la maison. En fait, il y a autant de décrochage. Il n'y a pas plus d'élèves qui font des études postsecondaires. La maternelle 4 ans est un mythe scolaire qui fait office d'une garderie luxueuse.

      Le développement cognitif à l'âge de 4 ans est moins important que le développement affectif et émotionnel de l'enfant. Idéalement, ce serait à la maison avec un des parents qui serait le summum pour l'enfant. Curieux tout de même, les enfants qui n'avaient pas été à la maternelle étaient mieux adaptés en 1ere année que ce soit au niveau émotionnel, social ou cognitif.

      L'école commence toujours à la maison.

  • Placide Couture - Abonné 12 janvier 2019 10 h 08

    Le gros bon sens.

    Un bon texte intelligent et nuancé. En effet, il ne faut sutout pas priver les enfants de leur enfance.

  • Rose Marquis - Abonnée 12 janvier 2019 10 h 27

    Le préscolaire

    Quel article intéressant qui devrait être lu par messieurs Roberge et Legault.

  • Denis Drapeau - Abonné 12 janvier 2019 10 h 33

    Enfin un autre discours !

    Merci

  • Marguerite Paradis - Inscrite 12 janvier 2019 10 h 46

    APPRENTISSAGE ET INTELLIGENCES MULTIPLES

    Il n'y a pas que les enfants de 4-5 ans qui ont « besoin » d'une approche complète et complexe en apprentissage.
    Malheureusement, nos décideurs ne tiennent pas compte des infos qui sont pourtant à leur portée.