Le populisme est une constante dans l’histoire canadienne

Maxime Bernier a quitté le Parti conservateur pour fonder le Parti populaire du Canada.
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne Maxime Bernier a quitté le Parti conservateur pour fonder le Parti populaire du Canada.

L’arrivée spectaculaire sur la scène fédérale du Parti populaire du Canada ayant pour chef Maxime Bernier a encouragé plusieurs à prédire la montée du populisme au Canada. Ce serait finalement l’arrivée ici d’une tendance mondiale. Le terme populisme est pourtant polysémique. Alors que pour certains il s’agirait d’une étiquette péjorative pour décrire les menaces à nos démocraties venues de l’extrême droite, d’autres y trouvent des vertus politiques ouvrant un champ des possibles en matière de participation citoyenne. Qu’en est-il ?

La littérature en science politique nous propose plusieurs définitions du populisme. On peut toutefois, en synthétisant un peu, les résumer à trois aspects essentiels. Le populisme est tout d’abord une idéologie qui met en scène un corps social imaginé qui serait mû par des passions et des valeurs communes. C’est pourquoi des expressions telles « la rue », « le peuple » et « le vrai monde » sont souvent mobilisées. Ce peuple imaginé est évidemment en opposition aux élites et aux institutions mises en place par celles-ci. Finalement, les populistes recherchent l’efficacité politique en passant soit par des leaderships personnalisés (une ou plusieurs figures emblématiques), soit par des mécanismes décisionnels simplifiés (les référendums d’initiative populaire par exemple), soit par une combinaison des deux.

Le populisme n’est ni de droite ni de gauche. Ses appuis électoraux viennent d’ailleurs de gens se trouvant un peu partout sur le spectre politique. Il y a la France insoumise, Podemos ou Die Linke d’un côté, et le Rassemblement national, Vox ou l’Alternative pour l’Allemagne de l’autre. Bien que ces partis européens soient pour certains récents, le populisme est présent depuis longtemps dans nos démocraties représentatives. Et le Canada en sait quelque chose.

Une longue histoire

En effet, le populisme est une constante dans l’histoire politique canadienne depuis cent ans. Il y a eu le Parti progressiste dans les années 1920, un parti de l’Ouest issu du mouvement agraire. Le mouvement finit par intégrer le Parti conservateur. Il y eut par la suite le CCF, encore une fois ancré dans le mouvement agraire, mais de gauche, qui se transforma en parti travailliste traditionnel pour devenir le Nouveau Parti démocratique. Il y eut aussi le Crédit social, qui connut une percée électorale peu de temps après avec un programme politique iconoclaste. Finalement, le Parti réformiste profita de la déconfiture des progressistes-conservateurs pour devenir un acteur important de notre vie politique pour un temps.

En ce sens, le Parti populaire n’est pas une anomalie de notre vie politique, mais plutôt une expression récente mais assez traditionnelle de l’insatisfaction d’une frange de l’électorat vis-à-vis de nos institutions et de nos élus.

Les causes de la présence régulière du populisme au Canada sont multiples. S’il faut en nommer deux, les principaux suspects seraient l’hétérogénéité du Canada et la domination constante des élites traditionnelles. La très grande variété de tissus économiques créée toujours de l’aliénation. Il y a les gagnants et les perdants dans chaque choix politique, de l’extraction des ressources jusqu’aux investissements en infrastructures. Cette insatisfaction est amplifiée par le sentiment que les mêmes réseaux construits autour de Montréal, Ottawa et Toronto contrôlent le jeu politique. Il y a la présence de dynasties politiques (les Mackenzie, Martin, MacKay, Layton, Trudeau, Mulcair, Mulroney, etc.), mais aussi une impression persistante que les périphéries sont laissées pour compte. Que cette frustration soit justifiée ou non n’est pas le propos. Ce qui compte, c’est de voir qu’elle permet le développement de réponses populistes.

Malgré tout, force est de reconnaître que les partis populistes semblent destinés à des destins tragiques. Deux raisons expliquent cela. Premièrement, l’apparition du NPD dès les années 1950 a permis la mise en place d’une option politique de gauche certes, mais qui ne rejette pas le jeu démocratique et ses institutions. Deuxièmement, notre mode de scrutin complique sérieusement la tâche aux populistes qui doivent croître rapidement pour assurer leur survie. Ce n’est pas le cas sur le continent européen.

Une fois ces constats faits, y a-t-il une place pour le Parti populaire ? Si le passé est garant de l’avenir, le parti de Maxime Bernier a un potentiel de croissance réel à court terme. Surtout s’il réussit à percer chez un électorat ouvrier ayant abandonné le NPD. Mais il est difficile d’imaginer que ce parti puisse se tailler une place incontournable comme en Allemagne, en Italie ou encore en Espagne. Notre mode de scrutin n’accepte pas les demi-mesures. Et remplacer les partis établis semble impossible dans le contexte canadien.

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10 commentaires
  • Nadia Alexan - Abonnée 9 janvier 2019 01 h 24

    La trahison de l'élite politique provoque le populisme.

    Le populisme provient de la trahison de l'élite politique qui travaille essentiellement pour le compte des plus riches et des plus nantis de la société. Par exemple, Justin Trudeau avait raison d'investir les fonds canadiens dans l'infrastructure, une politique sage, nécessaire et même recommander par le FMI.
    Par contre, au lieu d'utiliser la Banque du Canada, notre banque publique centrale, créée en 1938 avec la mission de financer l'infrastructure du pays, sans intérêt, Trudeau a choisi de créer une nouvelle banque privée «la Banque de l'infrastructure du Canada» avec des liens auprès de Goldman Sachs et autres banques privées, ce qui va nous coûter une fortune en intérêt. Trudeau a délaissé la Banque du Canada qui a financé une longue liste de projets d’infrastructures, pendant les années soixante, notamment la route transcanadienne, la voie maritime du Saint-Laurent et des universités à travers le pays.
    Malgré une prospérité jamais vue au paravent, les inégalités augmentent et la richesse est concentrée dans les mains d'une poignée de personnes, sans responsabilité civique, qui refuse même de verser sa juste part d'impôt. C'est la raison pour la montée du populisme au Canada et ailleurs.
    Lisez la chronique de Jean-François Nadeau: «La résolution culturelle» dans le Devoir du 7 janvier 2019.

  • Gaston Bourdages - Abonné 9 janvier 2019 07 h 08

    La vague Orange du NPD...

    ...était-elle populiste ?
    Est-il possible d'associer « populisme » et « projet de société ? »
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux, Qc.

  • Gilbert Talbot - Abonné 9 janvier 2019 08 h 06

    Plutôt à droite

    Quoi qu'en dise votre titre, les mouvements et partis que vous mentionnés sont davantage à droite qu'à gauche. Moi j'aurais inclus l'Union Nationale de Duplessis dans la liste populiste. Vous ne mentionnez pas non plus l'un des plus importants partis populistes, celui de Péron en Argentine, un Parti près du fascisme italien et des nazis d Hitler, des partis national-socialistes. C'est peut-être cette hybridation entre natinalisme et socialisme qui vous a fait dire que ce sont des partis ni de gauche ni de droite. En fait ce sont des partis d'extrême-droite. Et ils rejoignent parfois l'extrême-gauche comme en France ou en Italie. Les gilets jaunes peuvent être un bon exemple de cette hybridation nationale et socialiste.

    • Christiane Gervais - Abonnée 9 janvier 2019 09 h 43

      Parlons donc du populisme de Québec solidaire qui est réel et à se développer sous nos yeux, camouflant le tout sous le sujet de l'heure: l'environnement.

    • Jean Duchesneau - Abonné 9 janvier 2019 10 h 57

      " Il y a la France insoumise, Podemos ou Die Linke d’un côté, et le Rassemblement national, Vox ou l’Alternative pour l’Allemagne de l’autre." Marc André Bodet

      En Europe, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, Podemos en Espagne et Die Linke sont des partis très clairement de gauche. Notre Québec solidaire est de cette idéologie et participe à un mouvement mondial d'une gauche plutôt révolutionnaire qui s'attaque au capitalisme. Prudent, l'auteur n'ose pas étiqueter QS de parti populiste dont le programme n'est fondé que sur la distribution de la richesse et non sa création. Le populisme de QS vient du fait qu'il ne met de l'avant que les promesses électorales sans mentionner les conséquences d'une attaque frontale aux classes les mieux nanties.

  • Jean-Henry Noël - Abonné 9 janvier 2019 08 h 11

    Le populisme

    Tout comme l'infâme multicuralisme, le populisme a mauvaise presse. La montée récente du populisme européen est le résultat de mouvements migratoires. (Avant l'érection des frontières, le nomadisme était le modus vivendi de l'homme). La situation du Québec est différente, puisque apparemment le Québec accepte les immigrants depuis les années 1930. Comment en 2019, l'acceptation des immigrants est problématique pour le Québécois, né Canadien-Français, C'est que fondamentalement il n'y a pas de différences entre les deux. C'est que le repli automatique sur soi exclut toute convivialité. Ce repli est dû à une certaine condition sociale qui n'existe plus aujourd'hui. Cette rétention devenue instinctive conduit tout naturellement à un nationalisme jaloux et à un populisme traditionnel. Populisme, car il s'agit d'une décision du petit peuple qu'entérine volontiers leurs maîtres à penser et leurs dirigeants. Le populisme, quelle que soit la façon avec laquelle il s'exprime n'est ni une faute, ni une tare.

  • Mario Tremblay - Abonné 9 janvier 2019 08 h 22

    Merci.

    De ramener le phénomène dans son contexte. À lire les journeaux, nous avons l'impression que le monde est réinventé chaque jour. Tout est nouveau, tout est récent. On invente même des mots pour dépoussiérer de vieux concepts afin de laissez croire au gens que ça ne s'est jamais vu ...

    • Jean Roy - Abonné 9 janvier 2019 16 h 29

      Un gros merci! Monsieur Bodet a bien indiqué les trois ingrédients essentiels qui définissent le populisme... Mais ça n’empêchera malheureusement pas les journalistes et les commentateurs de l’actualité de continuer de mélanger la recette à toutes les sauces!