La déroute de la proportionnelle en Colombie-Britannique

La victoire des adversaires de la proportionnelle lors du référendum tenu en Colombie-Britannique (en novembre) risque de peser sur le débat en cours chez nous.
Photo: Chad Hipolito La Presse canadienne La victoire des adversaires de la proportionnelle lors du référendum tenu en Colombie-Britannique (en novembre) risque de peser sur le débat en cours chez nous.

Peu soulignée dans les médias du Québec, la victoire des adversaires de la proportionnelle lors du référendum tenu en Colombie-Britannique (en novembre) risque de peser sur le débat en cours chez nous sur le sujet depuis l’élection de François Legault.

Ceux qui croient une réforme probable ici soulignent deux indicateurs favorables. Tous les partis représentés à l’Assemblée sauf un, appuyés par 71 % de l’électorat, se sont entendus pour travailler au dépôt (notez bien le mot, que François Legault répète d’ailleurs fréquemment) d’un projet de loi instaurant un mode de scrutin mixte compensatoire. De plus, des sondages laissent entendre que la population est favorable à cette idée. Et ses promoteurs les plus ardents, contrairement à leurs instances répétées en 2005, ont choisi de ne plus conditionner la réforme à la tenue d’un référendum. En apparence, l’affaire est dans le sac.

Revenons sur terre.

Commençons par juxtaposer deux chiffres. Le NPD et les verts, qui ont fait activement campagne pour la proportionnelle en Colombie-Britannique, avaient été appuyés par un gros 57 % de l’électorat. Pourtant, au référendum, l’option a recueilli seulement 39 % du vote. La plupart des circonscriptions remportées par le NPD (28 sur 41) ont appuyé le statu quo, tout comme une des trois circonscriptions remportées par les verts (!). En face, toutes les circonscriptions libérales sauf une ont fait de même. L’appui populaire accordé aux partis ne préjuge pas nécessairement de celui que recueillera une mesure appuyée par ceux-ci.

En Colombie-Britannique, un gouvernement ne sachant trop ce qu’il voulait a rencontré des opposants qui, eux, savaient très bien ce qu’ils ne voulaient pas. C’était du moins l’impression que j’ai retirée de l’observation de la campagne et de ma participation à un symposium de spécialistes tenu à Vancouver en février dernier.

Appuis non matérialisés

L’attitude du public maintenant. Selon un sondage Angus Reid de septembre dernier, c’est au Québec (64 % contre 36 %) que la proportionnelle semble le plus fortement appuyée dans tout le pays. Sauf que le même sondage annonçait, pour la Colombie-Britannique, un appui populaire de 57 % pour la proportionnelle, qui ne s’est pas matérialisé au référendum. Entre l’appui à une réforme en principe et l’appui à un modèle particulier, il y a souvent une césure.

On peut disposer de l’obstacle en écartant la tenue même d’un référendum, ce qui à mes yeux n’a rien d’immoral. Historiquement, la plupart des réformes du mode de scrutin ont d’ailleurs été dispensées de cette exigence. Mais soyons sérieux : une fois le projet déposé, les oppositions se déchaîneront immanquablement. Si, comme en 2016 au niveau fédéral, de nombreux signes indiquent alors que la population croit nécessaire la tenue d’un référendum, il pourrait s’avérer difficile de résister à cette demande, surtout si les députés eux-mêmes ont des réserves, comme tout le laisse prévoir.

Quelle que soit la démarche adoptée, populiste ou plus élitiste, et malgré les promesses les plus formelles, la proportionnelle a échoué partout au pays jusqu’ici pour une raison ou pour une autre. Ceux qui la veulent vraiment ne sont pas en mesure de l’imposer, alors que ceux qui en ont le pouvoir ont des raisons de ne pas la vouloir vraiment. On verra en 2019 si le Québec échappera à ce triste dilemme.

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