Le populisme d’extrême droite est un danger pour la planète

D’une manière directe, les populistes d’extrême droite mettent en péril l’avenir de notre Terre, de ses écosystèmes et de son climat.
Photo: Evaristo Sa Agence France-Presse D’une manière directe, les populistes d’extrême droite mettent en péril l’avenir de notre Terre, de ses écosystèmes et de son climat.

Un fervent défenseur de la dictature vient d’être assermenté à la tête de la huitième économie mondiale, le Brésil, qui possède aussi ce qui reste du plus grand poumon vert de notre planète : la forêt amazonienne. Ce n’est que la dernière d’une suite de victoires de l’extrême droite et de la droite populiste un peu partout sur la planète.

Au-delà du danger qu’un président se disant antiamérindien et pour la torture pose pour les droits de la personne et la paix sociale, il illustre une nouvelle vérité qui a de quoi déranger : le populisme de droite menace les piliers fondamentaux de notre civilisation : la science, l’État de droit, l’espace démocratique et les libertés individuelles. Sa progression au sein des sociétés occidentales, dont le président Trump est l’incarnation la plus spectaculaire, met en péril l’avenir de l’humanité à un moment crucial où nous devons nous unir pour préserver notre climat.

Comment s’est-on rendus là ?

La méfiance grandissante à l’égard des institutions de l’État et des acteurs de la société civile profite aux leaders populistes, souvent porteurs d’idées simplificatrices et réfractaires à la science. Nous l’observons ailleurs dans le monde, mais aussi au Canada, où l’on n’est certainement pas aussi à l’abri qu’on voudrait le croire.

Le dénigrement de nos institutions contribue en même temps au désengagement des citoyens de la vie démocratique. Un récent sondage montre que 18 % des jeunes de moins de 30 ans aux États-Unis accepteraient d’avoir un gouvernement militaire dans ce pays que certains appellent encore « la plus grande démocratie du monde ». Ayant moi-même porté secours dans plusieurs autocraties et pays de non-droit avec Médecins sans frontières, j’imagine bien qu’ils ignorent la valeur de leurs libertés individuelles, ce qui représente un risque pour toute la collectivité.

D’une manière directe, les populistes d’extrême droite mettent en péril l’avenir de notre Terre, de ses écosystèmes et de son climat puisqu’ils érodent les fondements mêmes de notre capacité à stopper l’effondrement écologique : la primauté de la science, les institutions démocratiques et la coopération multilatérale internationale. Ce mouvement n’aura pas besoin de déclencher une guerre mondiale — comme l’ont fait les régimes fascistes au XXe siècle — pour faire des millions de victimes, puisqu’il aura déjà déclenché une guerre contre la planète.

« Nous » contre « eux »

C’est ainsi que la montée du populisme d’extrême droite sur notre continent et du néofascisme en Europe ne se contentera pas de nous diviser et de promouvoir la montée de la haine et du racisme : il aura aussi des conséquences graves et potentiellement irréversibles sur le sort de l’environnement, et donc sur les générations à venir. Sa puissance destructrice sera décuplée, car des millions de vies, autant dans les sociétés directement concernées par ces régimes qu’ailleurs dans le monde, dépendent de ces écosystèmes.

Malheureusement, ces mouvements soi-disant « pour le peuple » sont basés sur l’opposition de « nous » contre « eux ». Cet « autre » démuni, Autochtone, migrant, journaliste, intellectuel ou écologiste, devient semi-humain, cible de prédilection de la haine et des attaques venant d’un « nous » fictif et réducteur.

L’humanité, l’empathie et le « village global » seront les premières victimes de la montée du populisme d’extrême droite. Suivra le monde naturel avec lequel nous sommes complètement interdépendants. Cette dystopie se dressera sur les épaves de l’ordre actuel, sans donner aucune réponse aux défaillances réelles du système prédominant qui a lui-même créé tant d’inégalités.

Faute d’un réel plan d’action, le danger pour les humains et l’environnement augmente. Les leaders populistes nous l’ont clairement dit : ils ne s’occuperont point des réfugiés qui cognent à nos portes, ni des minorités, ni de la déforestation, ni des émissions de carbone climaticides, ni de la surpêche, ni des pesticides qui empoisonnent nos corps. Ce sont tous des problèmes planétaires qui ne peuvent attendre le retour du pendule politique. Même s’il est vrai que ce ne sont pas tous les mouvements populistes d’extrême droite qui dégénèrent en autocraties, ce risque requiert une réponse immédiate et proportionnelle.

Le moment est venu pour tous les citoyens et citoyennes de défendre haut et fort les valeurs humanistes, la dignité humaine, la tolérance et l’inclusion, et de dénoncer avec autant de vigueur le dénigrement de l’autre, l’inaction climatique et les attaques contre l’environnement que fait craindre la montée de cette nouvelle vague d’extrême droite.

Toutes ces luttes sont dorénavant inséparables.

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