Oui, il faut beaucoup, beaucoup plus en matière de langue!

Le respect du français comme langue d’affichage est essentiel, mais pas suffisant.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le respect du français comme langue d’affichage est essentiel, mais pas suffisant.

Impératif français offre son appui à la ministre de la Culture, Nathalie Roy, quant à son intention de faire respecter et de faire appliquer la Charte de la langue française, ou ce qu’il en reste, pour endiguer la défrancisation de l’affichage à Montréal et, nous l’espérons, aussi ailleurs au Québec. Mais il faut plus ! Beaucoup plus !

Au premier chef, le français langue de travail donne plutôt l’impression d’être une langue seconde. À peine 21,2 % des Montréalais travaillent uniquement en français. Au Québec, un travailleur sur huit est unilingue anglais, et de nombreux commerces de Montréal et de l’Outaouais, malgré la loi, persistent à imposer l’anglais en n’apprenant pas eux-mêmes le français ou en embauchant du personnel incapable de parler français, ou si peu.

Dès l’énoncé de ce premier problème, tout citoyen peut s’apercevoir que des changements profonds et pressants s’imposent dans la vision organisationnelle et la culture de cadres anglicisantes de l’OQLF. Pour bonifier sans plus attendre la Charte, il faut d’abord réinstaurer l’autonomie de cet organisme, notamment en révisant le mécanisme de nomination à sa présidence et en revalorisant l’outil citoyen de francisation, le recours aux plaintes. C’est ce dernier qui permet l’expression des revendications des citoyens. Il importe d’y faire disparaître sans attendre les insignifiances libérales du genre « lorsque la plainte relève de l’intérêt collectif et général, le plaignant n’est pas informé des actions posées par l’Office ».

Offre culturelle en français

La démarche globale de francisation exige que le nouveau gouvernement intervienne activement pour accroître la création et la diffusion culturelle en français. Voir et écouter les programmations de nos médias télévisuels et radiophoniques suffit à convaincre tout observateur objectif de l’avancement de l’anglicisation quand ce n’est pas l’américanisation des ondes. Certaines sociétés et boîtes de communication en sont rendues à produire et diffuser leurs messages publicitaires dans un environnement musical américain, montrant ainsi leur désintérêt pour nos artistes et notre culture. C’est blessant ! Pourtant, le Québec culturel regorge de talents. Nous invitons Mme Roy, qui est également ministre de la Culture et des Communications, à agir sur la colonisation des cerveaux et des préférences culturelles.

Maisons d’enseignement

Devons-nous encore rappeler que nos établissements d’enseignement postsecondaire participent eux-mêmes allègrement à l’anglicisation de la relève en imposant aux étudiants de plus en plus de parcours scolaires en anglais ? Nos établissements postsecondaires de « langue française » le sont de moins en moins. Ils ont pourtant toujours pour mission essentielle de former des diplômés qui, demain, au sein des entreprises privées ou ailleurs, auront à faire du français — et non de l’anglais — la langue normale et habituelle de travail.

Et puisque le français, en plus d’être langue nationale, est la langue de travail et la langue commune d’usage public au Québec, nous croyons qu’une politique efficace de francisation doit aussi repenser les programmes d’enseignement des écoles, cégeps et universités de langue anglaise. De sorte que tous les élèves et étudiants puissent y acquérir la maîtrise du français, ce qui leur permettra ainsi de leur ouvrir l’avenir, entre autres, de la Francophonie. Et non, faute d’avoir appris le français, de les voir réclamer l’anglicisation des services publics et privés pour accommoder leur unilinguisme ou, pire, quitter le Québec après avoir profité de nos impôts au cours de leur instruction.

Le gouvernement pourrait considérer sérieusement d’augmenter l’offre et la fréquentation des programmes d’immersion ou, mieux encore, d’encourager les parents anglophones à inscrire leurs enfants dans le réseau scolaire ou de garderies de langue française.

Rappelons un cas délirant d’anglomanie : le gouvernement du Québec va offrir, en 2020 en Outaouais, une région massivement francophone, une formation en médecine qui relèvera de l’université de langue anglaise McGill. Pis encore, celle-ci s’est empressée de délocaliser une partie du programme d’études de ce cursus en médecine obligeant les étudiants des Outaouais à suivre leur année préparatoire… en anglais, à McGill University.

De tels exemples scandaleux témoignent d’une aliénation politique totale. Or ils foisonnent au Québec ! Rappelons la déclaration de l’OQLF cautionnant l’intention d’Hydro-Québec de facturer en anglais « les clients » qui en font la demande ! Ces décisions gouvernementales soulèvent clairement des questions sur le rôle anglicisant de l’État national, et sur le rôle anglicisant de ses créatures publiques et parapubliques de tous les niveaux !

Mandat de l’OQLF

Nous voyons d’un bon oeil l’intention du gouvernement de repenser la vision gouvernementale sur l’immigration, laquelle représente nettement un enrichissement collectif dans la mesure où son intégration au Québec français est primordiale et réussie. Or nous sommes actuellement en face d’un échec lamentable, comme le confirmait le Rapport annuel 2017 de la vérificatrice générale.

Nous déplorons actuellement que l’OQLF n’ait toujours pas rempli son mandat, alors que l’article 160 de la Charte de la langue française l’exige pourtant clairement. Nous déplorons tout particulièrement qu’il n’ait pas produit un bilan quinquennal ayant « trait à l’usage et au statut de la langue française ainsi qu’aux comportements et attitudes des différents groupes linguistiques ». Dans l’hypothèse d’une intervention appropriée, il faut un bilan objectif de la situation !

Oui, Mme Roy, Impératif français est entièrement d’accord avec l’application de la Charte, mais il faut beaucoup, beaucoup plus, car il n’y a pas que l’affichage ou les raisons sociales qui sont en cause. Une politique linguistique « nationale » et surtout « transversale » s’impose impérativement après quinze ans de dérive libérale.

16 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 31 décembre 2018 00 h 18

    Le gouvernement

    Legault osera-t-il? Non seulement réaffirmer la primauté du français, mais aussi la correction de notre français qui dérive (irrévocablement?)vers un patois régional à base de français.

  • Louise Collette - Abonnée 31 décembre 2018 06 h 21

    Travail

    Gros gros travail à faire, on n'est pas sorti de l'auberge, misère.
    Madame la Ministre a du pain sur la planche, elle doit s'y mettre rapidement et surtout pas de compromis.

  • Robert Bernier - Abonné 31 décembre 2018 09 h 23

    Situation bien décrite

    Et dire qu'il y a encore des jovialistes, pour ne pas dire des négationnistes, sur cette question. Peut-être le québécois francophone n'a-t-il déjà
    plus l'énergie de se survivre?

  • Bernard Dupuis - Abonné 31 décembre 2018 10 h 54

    Le désamour de notre culture et de notre langue

    Je me plais à dire ces temps-ci que s’il existe un autre champ de ruines au Québec, c’est bien celui de la qualité de la langue française. Le texte de M. Perreault en illustre de nombreux aspects. Toutefois, il y a un autre élément intoxicant pour le français que j’aime appeler l’apparition du « néohorse-franglais ». Ce patois s’entend beaucoup par exemple dans le domaine du sport à TVA, celui des artistes tels Lisa Leblanc et dans les médias d’information continue comme la radio de Radio-Canada. Toutefois, comment faire pour éradiquer ce poison de la langue? Faut-il en revenir au temps de René Lecavalier et de Jean-Marie Laurence?

    L’anglomanie et le « horse-franglais » sont en train d’intoxiquer les champs des médias et des arts au Québec. Le « Oh my god » si à la mode en est le symptôme le plus répandu. On ne fait même plus l’effort de chercher le mot français et l'on se contente de s’excuser d’utiliser l'anglais en disant « comme on dit en bon français ».

    Certains diront que cette nouvelle langue favorise l’évolution de la langue française. Le horse-franglais ne constitue absolument pas une évolution du français, mais signifie sa mort à courte échéance. Michel Tremblay a utilisé le « joual » à des fins artistiques ponctuelles. Il n’a jamais prétendu que cette langue devait remplacer le français comme langue commune. Michel Tremblay n’a jamais promu l’américanisation de la langue française. La langue de Justin Trudeau est une autre illustration de cette dégradation du français. De plus en plus de personnes me disent que souvent ils ne comprennent pas ses phrases lorsqu’il s’éloigne de son texte. Il lui arrive souvent de penser en anglais et de tenter de s’exprimer en français. Souvent, cela donne de phrases comme : « Nous travaillons très fort pour faire en sorte de faire sûr que … ».

    J’ai même rencontré un professeur de français de cégep me dire que s’il utilisait le horse-franglais c’était pour mieux se faire comprendre de ses étudiants qui ignorent d

    • Bernard Dupuis - Abonné 31 décembre 2018 10 h 56

      Le désamour de ... (suite)

      J’ai même rencontré un professeur de français de cégep me dire que s’il utilisait le horse-franglais c’était pour mieux se faire comprendre de ses étudiants qui ignorent de plus en plus la culture et les artistes francophones. Je me demande si le Québec tout entier ne doit pas confesser l’échec de tout le travail d’éducation linguistique, historique et sociale si péniblement mené depuis quelques années?

      Bernard Dupuis, 31/12/2018

    • Brigitte Garneau - Abonnée 31 décembre 2018 12 h 54

      Entièrement d'accord avec vous M. Dupuis.

    • Marie-CHristine Pioffet - Abonnée 31 décembre 2018 14 h 45

      Très bon commentaire, M. Dupuis. Il faut redonner aux jeunes l'amour de leur langue et le goût de la bien parler.

  • Mario Guilbert - Abonné 31 décembre 2018 10 h 55

    Bravo M. Perreault

    Merci monsieur Perreault du combat acharné d'Impératif français, qui nous révèle les revers incalculables de notre langue nationale !