Un moment charnière pour les victimes d’agression sexuelle

«Dans la foulée de mouvements tels que #MoiAussi, il est devenu moins difficile de dénoncer des agressions qu’il y a 20 ou 40 ans», affirme l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Dans la foulée de mouvements tels que #MoiAussi, il est devenu moins difficile de dénoncer des agressions qu’il y a 20 ou 40 ans», affirme l'auteur.

Les étoiles sont alignées pour que deux femmes d’exception posent un geste historique en faisant abstraction de leurs allégeances politiques pour épouser une cause commune, celle de la défense des victimes d’agression sexuelle. Ces deux femmes sont, on l’aura peut-être deviné, la ministre de la Justice du Québec, Me Sonia LeBel, et Me Véronique Hivon, porte-parole de la deuxième opposition officielle en matière de justice.

Les réactions ont été nombreuses à l’annonce toute récente qu’une seule des 14 plaintes soumises par les autorités policières a été retenue par le DPCP dans ce qui est convenu d’appeler l’affaire Rozon. On comprendra la déception, la frustration, la colère et le sentiment d’injustice de celles qui avaient porté plainte, mais aussi de toutes les victimes d’agression sexuelle.

Dans la foulée de mouvements tels que #MoiAussi, il est devenu moins difficile de dénoncer des agressions qu’il y a 20 ou 40 ans, alors que les mentalités de l’époque stigmatisaient souvent ces femmes qui osaient porter plainte. Là où le bât blesse, c’est qu’il est si difficile, encore aujourd’hui, de porter des accusations devant les tribunaux.

Certes, nul ne veut qu’une personne soit accusée injustement, encore moins condamnée. Mais il doit bien exister de meilleures façons de faire pour porter plainte et amener les agresseurs devant les tribunaux. Et il ne revient pas au commun des mortels de trouver ces meilleures façons de faire.

Améliorations à apporter

Notre société est à un moment charnière dans la défense des victimes d’agression sexuelle. Mesdames LeBel et Hivon conviennent que des améliorations doivent être apportées dans ce domaine. Le premier ministre François Legault s’est même dit ouvert à certaines propositions de Mme Hivon. Qu’il suffise de rappeler celles de créer un comité sur le traitement des plaintes de crimes sexuels et d’implanter un tribunal spécialisé en matière de violences sexuelles et conjugales. Mais n’allons pas plus loin à ce stade-ci pour ne pas figer le débat.

Une chose saute aux yeux, c’est que la conjoncture presse mesdames LeBel et Hivon de faire un geste historique. La première pourrait créer un groupe de réflexion, appelons-le comme ça pour le moment, qui aurait pour finalité de faire des recommandations afin de régler un problème complexe et épineux. Et elle pourrait inviter la deuxième à la seconder en pilotant ce groupe ou ce comité. Quel tandem !

La ministre de la Justice est fraîchement élue et n’a pas encore un bagage d’habitudes partisanes. C’est une juriste compétente et une femme de tête et de caractère. Mme Hivon est également juriste. C’est une rassembleuse. Rappelons comment elle avait réussi à piloter le dossier du projet de loi sur les soins de fin de vie et de l’aide médicale à mourir, un dossier délicat qui a rallié au bout du compte les différents partis politiques.

Il est temps de passer de la parole aux actes. Mesdames LeBel et Yvon, ne laissez pas tomber toutes ces victimes d’agression sexuelle dont les dénonciations sont restées sans lendemain. Apportez-leur un certain réconfort en ayant le courage de sortir des sentiers battus, de sortir des lieux communs de la politique partisane pour trouver des solutions. Aux grands maux les grands moyens. Les étoiles sont alignées, Mesdames.

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2 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 29 décembre 2018 07 h 08

    Présomption d'innocence - versus - présomption de culpabilité

    Actuellement l'accusé est innocent, jusqu'à ce que le tribunal sanctionne le crime.

    Le renversement de la présomption augmenterait le rendement des condamnations, i.e. si l'accusé était coupable d'office jusqu'à ce que le tribunal statue sur son innocence, le cas échéant.

    De même, le renversement du fardeau de la preuve éviterait aux accusatrices l'odieux d'un débat contradictoire.

    Ainsi, en audience immédiate sans autre forme de procès, une dénonciation suffirait pour condamner diligemment un coupable qui n'aura su démontrer hors de tout doute son innocence.

    Évidemment, les empêcheurs de danser en rond s'émeuvent à l'idée du risque de condamner des innocents, sans qu'ils ne songent que dès lors qu'on les croit coupables ces innocents participent à soulager la souffrance des victimes.


    « Les nombreuses erreurs judiciaires survenues au Canada justifient le souci d'éviter l'emprisonnement d'un innocent. La Couronne doit laisser tomber les accusations lorsque les preuves sont insuffisantes, parce que les conséquences d’un procès demeurent trop lourdes. »

    (-Me Julius Grey, extrait d'une interview livrée à «ICI Windsor», Radio-Canada, 18 janvier 2017)

  • Yvon Bureau - Abonné 29 décembre 2018 15 h 49

    Go Go Go

    Mesdames Lebel et Hivon !
    Politiquez noblement ensemble.
    Nous vous suivrons et appuyerons.