Patrimoine et leadership

Dans un an ou deux, la maison Charbonneau, chargée d’histoire, comme la maison Labelle à Saint-Vincent-de-Paul, connaîtra le même sort que la maison Boileau (notre photo).
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Dans un an ou deux, la maison Charbonneau, chargée d’histoire, comme la maison Labelle à Saint-Vincent-de-Paul, connaîtra le même sort que la maison Boileau (notre photo).

À la suite de la démolition de la maison Boileau de Chambly, Le Devoir a consacré plusieurs articles à la préservation tant du patrimoine bâti que du patrimoine naturel. Le journaliste Jean-François Nadeau a, de plus, porté à l’attention de tous les lecteurs une photo de la maison historique Charbonneau à Laval, en pleine décrépitude. Dans un an ou deux, cette maison chargée d’histoire, comme la maison Labelle à Saint-Vincent-de-Paul, connaîtra le même sort que la maison Boileau.

Pourtant, à Laval comme à Chambly, il existe une politique de préservation et de promotion du patrimoine. Bien sûr, la défunte administration Vaillancourt n’en avait cure. La nouvelle administration Demers, par contre, à la suite d’une consultation de Patrimoine en tête et de divers regroupements de Laval, s’est montrée plus ouverte à la question. Un nouvel inventaire des maisons anciennes sur l’île de Laval a été produit l’an dernier, accompagné de très bonnes recommandations. Une consultation, plutôt animée, de citoyens propriétaires de maisons anciennes disséminées sur le territoire, a même eu lieu. Puis, silence total, « rase-mottes » ! Malgré la bonne volonté des politiciens, le dévouement de quelques fonctionnaires, un petit budget de soutien, la question patrimoniale demeure dans le noir. Elle ne suscite aucun débat public lavallois. Tout semble avoir été dit et réglé.

Peu d’intérêt

J’ose dire que, dans la troisième ville d’importance au Québec, la question patrimoniale ne suscite l’intérêt d’à peu près personne. Pourquoi ? Il manque tout simplement de leadership en regard de la protection et de la promotion du patrimoine bâti. À l’Hôtel de Ville, personne ne porte avec dynamisme cette question, sauf un simple fonctionnaire laissé à lui-même, sans pouvoir. Aucune commission ou sous-commission rattachée au Conseil consultatif de l’urbanisme, chargé de la défense du patrimoine, n’existe et ne fournit information, soutien et animation à l’égard de la population et des propriétaires de maisons anciennes.

Il en est de même à Québec. Y a-t-il encore un haut fonctionnaire de la trempe de Roland Arpin prenant publiquement la parole en faveur du patrimoine et de la culture ? Nenni. Entend-on parler de la nouvelle loi, adoptée en 2011, avec ses divers comités dont son Conseil du patrimoine ? Jamais. Même Action Patrimoine, vouée à la défense nationale du patrimoine, ne trouve plus le temps de prendre position publiquement sur les démolitions ou la décrépitude des maisons anciennes de grande valeur historique.

Quant au plan local, il devrait y avoir comme en France des associations vouées à la défense du patrimoine bâti. Il en existe très peu. Selon le professeur Yves Bergeron de l’Institut du patrimoine, « il n’y a pas d’instance vraiment fédératrice » et promotionnelle en regard de la question patrimoniale. Je vous le dis, il manque de leadership et, peut-être, de moyens financiers de même que de conscience historique. Mais il s’agit là d’une autre question, plus grave encore.

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1 commentaire
  • Suzanne Girard - Abonnée 22 décembre 2018 07 h 49

    La maison du légendaire photographe Livernois subira le même sort à Québec...

    Vous avez raison de mentionner qu'il est toujours surprenant, voire choquant, de constater ce manque d'intérêt pour le patrimoine, quel qu'il soit d'ailleurs (bâti, naturel, archivistique, ...) surtout quand on est de ceux et celles que ces questions passionnent.