Libre opinion: Les CHSLD sont menacés de se transformer en hôpitaux

Dans le débat actuel sur la mise en place des futures instances locales, il nous apparaît y avoir très peu de place pour parler de l'impact de l'inclusion des centres hospitaliers sur le milieu de vie des résidants des centres d'hébergement et de soins de longue durée (CHSLD).

Nous ne parlons pas de «protéger la mission des CHSLD» mais bien de protéger le droit des résidants de continuer à vivre à un endroit où, malgré les soins qu'ils reçoivent, ils peuvent continuer à se sentir chez eux.

Cela peut paraître évident ou simple mais ce ne l'est pas.

Une approche logique

L'approche «milieu de vie» n'est pas une mode ou une théorie parmi d'autres appelée à être remplacée au fil des années par de nouvelles. Elle est basée sur la simple logique voulant qu'un résidant qui vient vivre en CHSLD s'attend non seulement à être bien soigné mais aussi à continuer d'y vivre de la même manière qu'avant son entrée.

Le personnel qui travaille en CHSLD provient très souvent des centres hospitaliers, a reçu la même formation, a baigné dans la même culture et porte la même paire de lunettes. Or voir aux soins physiques est essentiel mais insuffisant car les personnes âgées vivant en CHSLD sont beaucoup plus que le total de leurs maladies.

La notion «million de vie» en CHSLD a été inventée chez nous, à la résidence Yvon-Brunet, en 1983. Cela aura pris de sept à dix ans à un conseil d'administration déterminé et à toute une équipe de cadres très engagée pour changer la culture hospitalière, et ce, non sans difficultés.

Si le CHSLD avait été regroupé avec un centre hospitalier (CH), l'entreprise eût été impensable. Impensable parce que cette culture hospitalière s'infiltre de partout, progressivement, dans le quotidien, geste après geste, détail après détail. Mais le total de ces détails fait la différence entre se sentir chez soi et vivre dans un hôpital.

Voici quelques exemples.
- Récemment, une résidante de nos établissements a dû aller à l'hôpital pour passer une radiographie. Un bénévole l'accompagnait avec tous les renseignements nécessaires. Le radiologiste a insisté pour que la résidante porte tout de même un bracelet d'hôpital et a conclu: «Attendez que la fusion avec le CH se fasse, tous les résidants vont porter des bracelets.»
- Dans le milieu de vie que constitue le CHSLD, il ne devrait pas y avoir d'uniformes. Ceux-ci rappellent la maladie et l'institution. Après la fusion avec le CH, combien de temps pensez-vous que cela prendra pour que tout le personnel porte un uniforme?
- Les «postes de garde» sont omniprésents dans les hôpitaux mais n'ont pas leur place dans un milieu de vie. Mais essayez d'enlever ce symbole et des dizaines d'autres de «type hospitalier» lorsque la fusion aura eu lieu!
- Le service de diététique des hôpitaux voit à ce que les menus servis aux patients répondent aux normes du Guide alimentaire canadien et à celles propres à chaque condition médicale particulière. Comment allez-vous empêcher que ce même service gère l'alimentation des résidants des CHSLD fusionnés alors que ceux-ci sont chez eux et s'attendent de trouver une nourriture semblable à celle qu'ils ont toujours connue (oui, avec du gras, du sucre, du sel, du vin... )?

Nous pourrions continuer à donner des exemples de ce type par dizaines. C'est en fait exactement ce que nous avons dû affronter lorsque nous avons lancé la philosophie «milieu de vie», il y a 20 ans. Nous avons pu y parvenir parce que nous n'étions pas fusionnés à un établissement comportant des centaines de personnes formées dans une culture hospitalière omniprésente et disposant d'une force politique et économique suffisante pour imposer leurs valeurs et leur vision.

Dommage

En conséquence et en conclusion, nous recommandons que tous les hôpitaux fassent partie du réseau local mais qu'aucun hôpital de plus de 50 lits ne fasse partie de l'instance locale. Dans le cas contraire, nous croyons que vous allez voir disparaître le milieu de vie des CHSLD dans un laps de temps d'environ deux ans. Ce serait dommage pour les résidants, vos parents, et, dans quelques années, pour vous.

D'ici là, vous pouvez toujours vous familiariser avec la nourriture d'avion et avec le port quotidien de la jaquette d'hôpital et du petit bracelet de plastique... Pour un effet plus recherché, demandez à votre famille de porter un uniforme et construisez un poste de garde, blanc de préférence, dans votre salon.