Taxer les produits animaux

L’idée d’une taxe sur la viande rouge circule depuis un certain temps.
Photo: Anthony Devlin Agence France-Presse L’idée d’une taxe sur la viande rouge circule depuis un certain temps.

Dans leur Avertissement à l’humanité de l’année dernière, plus de 15 000 scientifiques faisaient pression sur les gouvernements pour que des politiques soient mises en place afin de lutter contre les changements climatiques. L’état de la planète se détériore si rapidement et de manière tellement inquiétante, ont-ils rapporté, que l’action politique devient urgente. Dans leur texte, les scientifiques firent une série de propositions pour lutter contre la pollution et le recul de la biodiversité. Ils proposaient entre autres de développer les énergies renouvelables, de protéger les habitats naturels et de réensauvager des régions abritant des espèces endémiques. Ils défendaient aussi de cesser de convertir les forêts et les prairies en terres pour l’agriculture (une conséquence des besoins de l’élevage en particulier) et de lutter contre la défaunation. L’une des recommandations importantes, et dont on entend de plus en plus parler ces dernières années, est de changer nos habitudes alimentaires.

Les scientifiques semblent s’accorder pour dire qu’il faut entamer rapidement une transition vers une alimentation essentiellement végétale. Avec 70 milliards d’animaux domestiqués, l’élevage est l’activité humaine accaparant le plus de terres sur la planète et une des causes principales de l’extinction des espèces, de la perte de biodiversité, de la déforestation, du gaspillage alimentaire, de la raréfaction des ressources d’eau et de la pollution des océans, des lacs et des rivières.

Pêche écologique

Selon l’ONU, la consommation de viande et de produits laitiers devrait augmenter de 70 % d’ici 2050, ce qui illustre la gravité du problème. Il faut ajouter à cela la pêche. Celle-ci dévaste aujourd’hui la biodiversité marine, notamment avec les prises accidentelles où sont pêchés des crustacés, des tortues, des oiseaux et d’autres animaux en plus des poissons. À bientôt 8 milliards d’êtres humains sur la planète, la pêche « écologique » est tout simplement impossible. L’élevage, la pêche et la pisciculture comportent tous d’autres problèmes. L’intensification de l’élevage accroît les risques d’épidémies d’origine animale. L’utilisation massive des antibiotiques pour les animaux (incluant la pisciculture en forte croissance) nous rend plus vulnérables aux maladies. Le problème éthique de l’exploitation animale elle-même, de plus en plus discuté en philosophie et en droit, s’ajoute à ces menaces et à la crise écologique.

Bref, il semble clair que nos habitudes alimentaires doivent changer. Nos connaissances sur la nutrition sont également concluantes : nous pouvons vivre en bonne santé avec une alimentation végétale, pouvant même prévenir certaines maladies. Le végétalisme devrait donc être davantage valorisé pour des raisons environnementales, sanitaires, éthiques et même économiques. En effet, les produits végétaux sont plus économiques que les produits animaux pour l’alimentation.

Malgré tout, rien n’a changé sur le plan politique depuis l’appel des scientifiques. Si l’encouragement à l’alimentation végétale est bien présent et important pour plusieurs personnes, aucune mesure politique n’est encore adoptée pour entamer une transition collective vers le végétalisme. Nous sommes toujours dans la logique individualiste du choix personnel, et ce, malgré les conséquences que nous connaissons. Une question importante mérite alors d’être posée : que faire ?

L’idée d’une taxe sur la viande rouge circule depuis un certain temps. Or, pourquoi se limiterait-on à la viande rouge ? Puisque l’élevage et la pêche sont catastrophiques d’un point de vue écologique, et que l’exploitation animale soulève de grands problèmes éthiques et sanitaires, ne faudrait-il pas envisager une taxe sur les produits animaux en général ? Si nous voulons décourager certaines habitudes et en encourager d’autres pour entamer une nécessaire transition, cette idée apparaît alors incontournable.

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5 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 18 décembre 2018 07 h 49

    Quelques contraintes à une taxe sur la viande

    Un des problèmes principaux avec une taxe sur la viande est qu'elle toucherait de façon très inégale les gens selon leurs revenus. On peut aussi se demander s'il faut taxer la consommation ou la production de viande. Si on taxe la consommation au Canada, nos exportations de viande vont augmenter. Si on taxe la production, on nuit aux exportations et on favorise l'augmentation de la production ailleurs dans le monde. Y a-t-il une augmentation de la superficie dédiée à l'agriculture au Canada ? Nos espaces naturels et notre climat ne s'y prêtent pas. Au Québec, on constate plutôt que des terres agricoles font place à des maisons de banlieue.

    Je suggère qu'il est préférable d'agir sur l'alimentation par l'éducation plutôt que par la fiscalité.

  • Sylvie Lapointe - Abonnée 18 décembre 2018 08 h 21

    Manger des animaux

    Pour ceux et celles qui se demandent si vos arguments sont bel et bien fondés, ils pourraient prendre connaissance du livre écrit par l’Américain Jonathan Safran Foer intitulé ‘’Eating Animals’’ publié en 2009 et traduit par la suite en français. Lors de sa parution, ce livre fut comme un pavé dans la mare aux grenouilles. L’auteur n’est pas un scientifique, mais il est allé voir personnellement sur le terrain ce qui se passe et s’est fortement documenté. On comprend alors toutes les problématiques engendrées par le fait de manger des animaux, quels qu’ils soient. Mais puisqu’on se heurte ici à ce qui est considéré comme ‘’un choix personnel’’, sans compter bien sûr les pressions de l’industrie, il est fort probable que les gouvernements ne se mêleront pas de cela. Pas plus qu’ils ne se mêlent de gérer le choix des citoyens de conduire des véhicules énergivores qui sont présentement les favoris, malgré tous les avertissements portant sur les GES.

    • Sylvain Auclair - Abonné 18 décembre 2018 10 h 07

      Pour obtenir l'autre côté de la médaille et l'historique des études biaisées et baclées qui ont conduit à la démonisation de la viande et du gras animal,voire du gras tout court, je vous conseille de lire "The Big Fat Surprise: Why Butter, Meat and Cheese Belong in a Healthy Diet", de Nina Teicholz.

  • Sylvain Auclair - Abonné 18 décembre 2018 10 h 19

    Pourquoi taxer la viande rouge?

    Si l'on veut taxer la viande rouge, c'est en partie à cause d'une méta-étude publiée par l'International Agency for Research on Cancer, qui affirme elle-même se fait sur des preuves limitées, avec un écart de probabilité en dessous de la marge d'erreur communément acceptée dans ce genre d'étude, qui a été acceptée par le comité suite à un vote majoritaire, et non pas à l'unanimité, comme il est coutume, et qui a été ensuite rejetée par l'Organisation mondiale de la Santé.

    Pour donner une exemple, l'étude sur la viande transformée, qui est une autre étude, mentionnait un augmentation du risque du cancer colorectal de 18% (de 8 à 9% d'en développer un dans sa vie, par exemple), alors que l'étude comparable pour l'effet de la cigarette sur le cancer du poumon avait conclu à une augmentation du risque de 1900% (soit 20 fois plus).

    Remarquons que les êtres humains mangent de la viande rouge cuite depuis au moins des centaines de milliers d'années, et qu'elle est une source essentielle de bien des nutriments difficilement accessibles par ailleurs -- et encore plus si on mange ce qu'on appelle les abats. Selon plusieurs anthopologues, c'est la consommation de produits animaux qui nous a permis de développer notre cerveau.

  • Marc Davignon - Abonné 18 décembre 2018 11 h 17

    Ben oui!

    Comme les coups de bâton pour que change l'attitude désobligeante. Comme les suivis administratifs pour que le comportement de l'employé soit celui désiré par l'employeur.

    Bien que les châtiments physiques soient mal perçus, ceux qui sont de nature psychologique ne sont souvent pas perçus comme tels.

    Or, les taxes n'étant pas une action physique, nous serions enclins de croire qu'elle a pour but d'influencer le comportement par une réaction psychologique.

    Faire appel à des châtiments au lieu de convaincre par l'instruction est un comportement tout aussi répréhensible.