Les Québécois et les Franco-Ontariens partagent une mémoire et un avenir

Le 1er décembre, des Franco-Ontariens ont manifesté à Ottawa pour faire valoir leurs droits. Les récits collectifs des Franco-Canadiens varient d’un côté à l’autre de la rivière des Outaouais.
Photo: Patrick Doyle La Presse canadienne Le 1er décembre, des Franco-Ontariens ont manifesté à Ottawa pour faire valoir leurs droits. Les récits collectifs des Franco-Canadiens varient d’un côté à l’autre de la rivière des Outaouais.

Le drapeau franco-ontarien hissé devant l’hôtel de ville de Saguenay; des centaines de manifestants, dont des élus municipaux, provinciaux et fédéraux dans les rues du Québec pour démontrer leur soutien envers les Franco-Ontariens; le recteur de l’Université de Montréal appuie publiquement le maintien de l’Université de l’Ontario français. Qui l’eût cru ?

Les récentes démonstrations d’appui à la cause franco-ontarienne en étonnent plusieurs, et pour cause. […] Pour certains, cet élan de solidarité spontané répond à un sentiment d’indignation quant à la montée d’une droite intransigeante qui fomente la francophobie et menace les droits acquis obtenus par la minorité francophone après de longues années de lutte. Pour d’autres, cette solidarité témoigne plutôt d’une longue mémoire en partage issue des expériences historiques formatrices de la nation canadienne-française. Pour Michel Bock et Martin Meunier, la question franco-ontarienne est indissociable de celle du Québec, car « au fond, elle engage aussi celle du Québec, car c’est le principe même de la dualité nationale du Canada, comme toujours, qui est en jeu ».

Le récit de la nation… au pluriel

[…] Depuis la Révolution tranquille, Québécois et francophones hors Québec semblent avoir emprunté différents chemins pour imaginer et mettre en récit la nation. Alors que certains ont professé la mort du Canada français et l’émergence d’une francophonie plurielle, d’autres, comme Gérard Bouchard, ont plutôt parlé d’une évolution « normale » vers une nation purement québécoise, « le berceau d’une modernisation spectaculaire de notre société ». Mais se pourrait-il qu’au-delà de cette provincialisation des identités et des projets nationaux, Québécois et Franco-Ontariens partagent encore et toujours une « même âme » et un « même principe spirituel » ?

C’est la question à laquelle nous nous sommes intéressés au cours des deux dernières années en sondant la conscience historique de plus de 600 jeunes francophones du Québec et de l’Ontario en leur demandant de nous raconter l’histoire des francophones au pays (étude à paraître aux Presses de l’Université d’Ottawa).

Résultats ? Les jeunes des deux provinces partagent une histoire commune qui commence par la découverte — ou la redécouverte pour certains — de l’Amérique par les explorateurs français et le début du régime colonial. Cette histoire commune s’achève dès lors avec la Conquête, alors qu’on assiste à une réorientation des récits. Ceux des jeunes québécois se replient essentiellement sur le territoire provincial, tandis que ceux des jeunes franco-ontariens racontent une histoire centrée sur le Canada et/ou l’Ontario français dans le cadre fédéral canadien.

Beaucoup de récits des jeunes franco-ontariens s’appuient néanmoins sur des faits, événements et personnages qui sont issus de moments communs, notamment pendant l’époque de la Nouvelle-France, qui est la période la plus citée dans les récits. Toutefois, peu de jeunes québécois connaissent ou se réfèrent aux événements qui touchent les francophones hors Québec ; aucune référence à Montfort ou au Règlement 17. En ce sens, le partage mémoriel semble s’opérer des Franco-Ontariens vers le Québec et non l’inverse.

L’adversité francophone

Fait intéressant. Au-delà des différences entre les contenus historiques, on retrouve la prégnance d’une structure d’organisation mentale, d’un schéma narratif qui est largement partagé par les deux groupes sondés, celui de « l’adversité » et de la lutte des francophones pour leurs droits et leur langue. Pour représenter cette adversité, les jeunes choisissent des événements différents dans leur trame narrative, mais qui jouent un même rôle de marqueur de sens de l’expérience collective : la Conquête et la rébellion des Patriotes de 1837-1838 pour les Québécois, et le Règlement 17 et la bataille pour l’hôpital Montfort pour les Franco-Ontariens. Dans un cas comme dans l’autre, ces événements permettent de raconter l’évolution historique de leur communauté dans le temps sous la forme d’une vision parfois optimiste, parfois pessimiste, mais surtout mitigée et prudente quant au devenir de leur collectivité en Amérique. Tant pour les uns que pour les autres, l’avenir demeure incertain et la vigilance est de rigueur.

La présente solidarité quant à l’abolition de l’Université de l’Ontario français et du Commissariat aux services en français ne fait que confirmer cette orientation du parcours historique. Si les Québécois sont peu familiarisés avec ces luttes, ils comprennent néanmoins leur portée. Ils peuvent aisément les transposer dans leurs propres réalités québécoises et, du coup, les inscrire dans leur vision narrative de l’adversité rencontrée au fil du temps. Par cet acte de transposition, ils sont à même de partager avec les Franco-Ontariens une mémoire de l’aventure francophone et possiblement un désir, une volonté de poursuivre cette aventure collective.

Depuis le XIXe siècle, le Canada français a connu de nombreux bouleversements sociaux, politiques, culturels, migratoires, et économiques qui ont creusé sans cesse l’écart entre les francophones du Québec et ceux de l’Ontario et du reste du pays. Mais notre étude révèle que cet écart n’est pas une rupture mémorielle ou de destin. Encore aujourd’hui, la francophonie nord-américaine continue d’être traversée par des tensions et des défis qui singularisent son cheminement et lui font prendre conscience de sa fragilité. La dualité nationale et le désir de « faire société », pour reprendre les mots du sociologue Joseph Yvon Thériault, sont depuis plus de 400 ans au coeur du projet sociétal des francophones du pays, qu’ils vivent à Saguenay ou à Sudbury. Dans le contexte actuel, la question qu’il nous semble pertinent de poser est la suivante : est-il possible d’imaginer une société francophone dont l’aventure historique variée et variable offre à tous ses membres des possibilités communes pour son devenir ? Revoir l’expérience canadienne francophone sous l’angle des possibilités, telle est selon nous la perspective qui autorise à (re)découvrir un horizon d’attentes possibles.

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12 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 17 décembre 2018 01 h 06

    Le principe même de la dualité nationale du Canada?

    Premièrement, cette dualité linguistique ou autre hors Québec n’existe que dans l’imaginaire de nos universitaires. On aimerait que ce soit vrai pour ceux qui ont toujours parlé le français par cœur hors Québec, mais ce n’est pas la réalité. Deuxièmement, les Québécois et les Franco-Ontariens ne partagent pas une « même âme » et un « même principe spirituel ». Cet énoncé découle de l’imagination assez fertile de nos universitaires qui ont résidence, un à Ottawa et l’autre, là où il y a une dictature qu’on appelle communément la Chine. Le Québec et le Rest Of Canada sont deux réalités totalement différentes. Troisièmement, comparer la Conquête et la rébellion des Patriotes à la bataille de l’hôpital Montfort, WOW ! On sait bien que le pot est légal, mais il faudrait quand même s’abstenir avant d’écrire des idées pareilles. Jean-Olivier Chénier, le chef spirituel des Patriotes, qui a été tué lors de la bataille de Saint-Eustache, eh bien, on retrouva son corps tout écartelé sur une table d’une taverne pendant près de trois jours avec le cœur qui pendait en dehors. Nous n’avons jamais entendu des épisodes de ce genre lors des manifestations pour un hôpital francophone à Ottawa. Finalement, l’abolition du Commissariat aux services en français qu’aucun n’a jamais entendu parler à part les quelques initiés, disons poliment que pas beaucoup de francophones hors Québec ont perdu d’heures de sommeil depuis l’annonce.

    Enfin, on en vient à l’université française qui devait avoir pignon sur rue à Toronto. Bien oui, on a bien dit Toronto où les francophones sont aussi rares que les occasions d’entendre Don Cherry parler à Doug Ford en français SVP. Finalement, le chat est sorti du sac; cette université avait pour but de donner des services pour la poignée d’immigrants francophones en Ontario qui sont concentrés à Toronto. Pas pour les de souches, ceux qui se battent dans les tranchées depuis plusieurs générations et qui vivent dans le Nord de l’Ontario.

  • Léonce Naud - Abonné 17 décembre 2018 05 h 42

    Apatrides ou pas, voilà la question

    En Amérique, il n'existe pas de territoire Acadien, pas de territoire Canadien-français ou Francophone mais bien un territoire Québécois. Le concept de sol Canadien-français ou Francophone n’existe pas mais on dira que tel événement se passe en sol Québécois. Voilà la différence fondamentale entre le statut de minorités ethniques dispersées en Amérique et celui d’une majorité nationale dominant un territoire délimité quelque part.
    La différence fondamentale entre un Francophone et un Québécois, c'est la maîtrise paisible d'un territoire inscrit sur toutes les cartes de l'Est de l'Amérique. Un Francophone fait partie d'un groupe ethno culturel modeste, à l'instar de beaucoup d'autres sur le continent, tandis qu'un Québécois fait partie d'une nation majoritaire quelque part. La différence entre les deux ? La possession et la maîtrise collective et paisible – via une Assemblée Nationale – d'un espace physique bien délimité par des frontières provinciales.
    Comme a déjà remarqué un orateur Juif venu de Toronto, les Québécois lui faisaient penser aux Israéliens tandis que les Canadiens français lui rappelaient plutôt les Juifs, deux peuples issus d’un même tronc original mais devenus fort différents l’un de l’autre. Il n’existe pas de territoire Juif mais la « Terre d'Israël » existe, et Dieu sait comment. Or, il est aussi impensable pour les Québécois de redevenir des Canadiens-français ou des francophones privés de territoire que pour les Israéliens de redevenir des Juifs plus ou moins errants.

  • Claude Bariteau - Abonné 17 décembre 2018 06 h 29

    Vous avancez que les Franco-Ontariens et les Québécois partagent une mémoire et, comme ils ne voient pas le présent avec les mêmes yeux, vous vous demandez si, de la « société francophone » de mémoires, peut apparaître une vision commune d'avenir.

    Par ailleurs, vous resituez les Franco-Ontariens et les Québécois dans le mythe des deux nations fondatrices en ngligeant :

    a) les intérêts des « Franco-Français » (Français récemment immigrés) du Grand Toronto qui disposent de collèges français mais pas d’universités françaises, intérêts qui diffèrent de ceux des Franco-Ontariens du Nord ;

    b) que les Québécois comprennent de descendants de ressortissants français, aussi d’autochtones, de descendants de langue anglaise et d’immigrants d’origines très variées ;

    c) que le mythe des deux « nations fondatrices » fut déconstruit en 1982 avec Pierre-Elliott Trudeau en ne reconnaissant, dans la nouvelle constitution, comme « nations » uniquement les Premières Nations.

    En clair, à la suite d'une décision du gouvernement Ford sur le financement de l’Université de l’Ontario français (UOF), vous questionnez l’avenir d’une société postulée et n'analysez pas les assises de ce projet et les personnes visées.

    Alors, pourquoi vous ne dites rien de la démarche du recteur Labrie de l’UOF auprès du gouvernement canadien pour obtenir un financement de démarrage compensant les coupes Ford ?

    Pourquoi vous ne signalez pas que sa démarche pourrait se traduire en espèces sonnantes si Ford accepte que le Canada finance les quatre premières années de démarrage, les quatre autres demeurant à définir.

    De votre silence, je vois dans votre texte un appel à financer les quatre autres années en faisant appel au mythe déconstruit des deux « nations dites fondatrices ».

    Je pense que vous en êtes conscients, car vous doutez de l'avenir de cette «société imaginaire ». Alors, pourquoi l'estimer possible ? Serait-ce parce que l'Université d'Ottawa vit de ce mythe ?

  • Hermel Cyr - Inscrit 17 décembre 2018 07 h 50

    Retour au chanoine ?

    La logique derrière ce texte me semble bien équivoque. D’une part, les auteurs saluent (avec raison) l’appui spontané de la solidarité québécois comme réponse aux récentes embuches imposées aux Franco-Ontariens par le gouvernement Ford; mais, par ailleurs, les auteurs semblent y voir la résurgence d’une « âme », d’un « même principe spirituel ». On croirait entendre l’écho de Groulx, presque « l’appel de la race ».

    Cette vision un peu bucolique du vieux récit historique est d’ailleurs de plus en plus manifeste dans les médias. On revoit, sous la plume de jeunes journalistes, des expressions qu’on croyait, il y a peu, d’un autre âge, comme « province de Québec », le « Canada français » … Va-t-on ressusciter bientôt « canadien-français-catholique » ?

    Si les Québécois ont semblé, depuis les années 1960, faire faux bond à la francophonie canadienne, c’est en partie une perception causée par le fait qu’ils se définissent depuis sur une base civique plutôt qu’ethnoculturelle. Le français est, dans cette optique, davantage un « outil de cohésion citoyenne qu’un identifient ethnique. La loi 101 ne visait pas d’abord la « protection du français » mais à faire du français la « langue commune de tous les citoyens habitant le Québec ». Cette loi s’inscrit donc dans la modernité plutôt que dans le contexte historique de la « survivance » canadienne-française.

    Les auteurs errent grandement quand ils interprètent ce changement de paradigme pour les jeunes Québécois comme le fait qu’ils se « replient essentiellement sur le territoire provincial ». Les jeunes Québécois ne sont pas repliés sur une « province », ils sont souvent plurilingues, ils voyagent, plusieurs font de la coopération internationale. Être moins centré sur le Canada français n’est pas un signe de fermeture à l’autre ni au monde.

    Ceci n’empêche évidemment pas la nécessaire solidarité qu’il faut raffermir avec la francophonie canadienne.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 17 décembre 2018 11 h 25

      La mal nommée ''Province'' de Québec.

      Je reprends ici les propos de Jean-Marc Léger, Journaliste au Le Devoir (le 16 avril 2007) : ‘’Chaque francophone devrait savoir (et surtout les journalistes) que dans une fédération, dans un régime fédéral, les composantes sont des États et non pas des provinces, que cet usage constitue un énorme anglicisme, traduction littérale de «proveunce», et qu'il illustre une mentalité de conquis, de colonisés.

      Voici bientôt 45 ans, le premier ministre d'alors, Jean Lesage, avait le courage d'innover en la matière, de corriger enfin cette énorme faute, de parler de «l'ÉTAT» au lieu de la «province. Malheureusement, quelques années plus tard, on allait retomber dans la mauvaise habitude, dans le triste anglicisme. Quand donc nos médias cesseront-ils de parler de «la province de Québec» et diront-ils enfin «l'État du Québec», ou «le Québec», tout simplement? Quand dont le gouvernement lui-même et tout l'appareil de la fonction publique donneront-ils l'exemple en la matière

      Finira-t-on par savoir à Québec (et à Ottawa) qu'une fédération est formée d'États et non pas de prétendues «provinces?’’

    • Léonce Naud - Abonné 17 décembre 2018 14 h 52

      À mon souvenir, le mot « province » est revenu graduellement en vogue via Radio-Canada à partir du printemps 1996, soit peu de temps après le dernier référendum. Une journaliste bien connue de Québec l’utilisa alors quatre fois en autant de phrases, ce qui ne s’était pas produit depuis l’époque de Jean Lesage. Aujourd’hui, Ottawa entend rendre obsolète l’appellation de « province » pour lui substituer le mot « régions ». Comme l'a déjà remarqué feu Jean-Paul L'Allier, Ottawa prépare très probablement l'abolition pure et simple des Provinces, reliquats d'un monde impérial britannique aujourd'hui disparu.

    • Claude Bariteau - Abonné 17 décembre 2018 15 h 19

      M. Saint-Arnaud, s'il est vrai que M. Léger utilisa le terme « État » pour parler du Québec, il n'en demeure pas moins que le texte écrit en anglais par Londres parle de « province » pour définir les membres du Dominion of Canada, ce qui fait du Québec un « État » provincial du Canada.

      Par ailleurs, il ne faut pas négliger que le « Dominion of Canada » fut institué en une entité politique coloniale par Londres dont l'anglais était la référence du texte officiel.

      Bien que la Cour suprême du Canada fut créée en 1875, ce n'est qu'en 1933 qu'elle devient l'ultime recours dans les affaires criminelles et en 1949 pour tous les autrers appels. Par ailleurs, le rayonnement international de ce Dominion demeurait l'affaire de Londres jusqu'en 1931, année de la reconnaissance par Londres de l'indépendance du Canada.

      Cela précisé, il importe de rappeler que le Canada n'est pas un fédération d'États indépendants comme aux États-Unis. Il est plutôt une struture organisationnelle avec un pouvoir central au-dessus des « provinces » qui en font parties, celles-ci ayant des pouvoirs limités.

      C'est ainsi parce que les concepteurs de ce Dominion refusaient le modèle américain de fédération d'États indépendants considérés par eux comme porteurs de dissensions dont témoigna la Guerre de sécession au cours de laquelle les Britanniques et des membres des provinces au nord des États-Unis ont appuyé les Sudistes et craignirent être objets de représailles.

      Le Dominion fut précisément créé pour contrer ces représailles et proyéger la Grande-Bretagne contre des charges venant de l'armée américaine et prit la forme d'un gouvernement à deux niveaux averc pour objectif d'empêcher que la « province of Quebec », terme utilisé dans la version anglaise, la seule encore reconnue, pour désigner un gouvernement subalterne au sein du Dominion.

    • Claude Bariteau - Abonné 17 décembre 2018 18 h 04

      M. Naud, ce rappel de l'intuition de M. L'Allier est très opportun. Le Canada se définit depuis 1982 comme un État post-national dont seules sont reconnues « Nations » les Premières Nations.

      Avec cette constitution, les autres habitants sont des citoyens et des citoyennes détenteurs de droits individuels membres de communautés diverses et les provinces, pour le Canada, une structure de gestion des lois du Canada dont la Cour suprême a mandat de faire respecter.

      Dans ce pays, une province est devenu un anachronisme, car, pour le Canada, ce sont les régions qui constituent la base de son développement, les provinces n’étant qu’un outil de gestion parfois encombrant de sorte que le Canada entend assurer sa mainmise sur leurs aspirations si elles s’opposent à ses vues pancanadiennes.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 17 décembre 2018 18 h 58

      M. Bariteau, merci de vos précisions. Cependant, même si le Québec n'est pas un état souverain, il est qu’en même un État en tant qu'ensemble de personnes vivant sur un territoire déterminé et soumis à un gouvernement donné.

      Selon Burdeau, « l'État peut être considéré comme l'ensemble des pouvoirs d'autorité et de contrainte collective que la nation possède sur les citoyens et les individus en vue de faire prévaloir ce qu'on appelle l'intérêt général, et avec une nuance éthique le bien public ou le bien commun ». En ce sens aussi, on peut parler d'État du Québec.

      Mais en parlant d'État du Québec, on se donne un peu bonne conscience en ne passant pas au stade d'État souverain, ce qui est l'aspiration commune des 197 États reconnus par l’Organisation des Nations unies.

  • Fernand Carrière - Abonné 17 décembre 2018 10 h 31

    Nous en conviendrons tous, le Québec est le socle de cette nation qui s'est formée lorsque des descendants des Français ont décidé de s'établir en Amérique du Nord. À la Conquête, les Canadiens sont restés. Nous y sommes toujours.
    La grande majorité des Franco-Ontariens dits de « souche » sont issus du peuple que Philippe Aubert de Gaspé appelait les Anciens Canadiens. .
    Les grands-parents de ma grands-parents sont nés au Bas-Canada, à Saint-Benoit, un peu plus d'une décennie après la Rébellion des Patriotes. Mes grands-parents sont nés en Ontario à la fin du 19e siècle. Toute sa vie, ma grand-mère a distingué les Canadiens des Anglais. Je suis né Canadien-Français à Ottawa. Je ne suis devenu Franco-Ontarien que vers la fin des années 60. Aujourd'hui, je préfère m'identifier comme étant Québécois d'origine franco-ontarienne.
    Je me désole de la décision du gouvernement ontarien. Je me réjouis toutefois qu'elle suscite le soutien des Québécois à l'égard de la communauté franco-ontarienne. J'ai toujours déploré cette fracture entre le Québéc et les communautés issus de la nation « canadienne » originale, suite à la tenue des États-généraux du Canada-français. Il faut retenir qu'un tiers des délégués franco-ontariens à cette session des États-généraux de 1967 avaient appuyé la résolution sur le droit à l'autodétermination du peuple québécois. C'est qu'ils avaient compris que c'était là la condition d'assurer la pérénité au peuple « canadien » d'origine.
    Il faut assumer notre passé, ne pas l'enfouir dans les replis de la mémoire, mais le comprendre et en tirer des leçons. Une des premières leçons, c'est qu'il faudrait tendre la main aux indépendantistes qui appuient les luttes de leurs compatriotes dispersés sur le continent, et cesser de parler de Canada-français. Surtout, cesser de parler de province de Québec. Le cours de l'histoire a voulu que le Québec devienne le pays commun de tous les descendants des Canadiens issus de la Nouvelle-France, y compris les Mé