Les propositions des scientifiques du Pacte pour la transition

«En exploitant les avantages du Québec, dus à son électricité à faibles émissions de GES, la transition énergétique doit servir à stimuler un virage vers une activité économique plus sobre en carbone, à améliorer la santé publique et être porteuse de justice sociale», affirment les auteurs.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «En exploitant les avantages du Québec, dus à son électricité à faibles émissions de GES, la transition énergétique doit servir à stimuler un virage vers une activité économique plus sobre en carbone, à améliorer la santé publique et être porteuse de justice sociale», affirment les auteurs.

La Conférence annuelle sur les changements climatiques tenue cette année en Pologne s’est déroulée sous tension : GIEC, gilets jaunes, Brexit, élection de Bolsonaro au Brésil, Trump. Quoi faire maintenant ?

Cet automne, nous nous sommes associés au Pacte pour la transition lancé par Dominic Champagne. Nous avons consulté d’autres chercheurs et experts provenant du milieu universitaire afin d’établir une feuille de route susceptible d’inspirer les orientations du gouvernement québécois pour effectuer une transition cohérente, juste et efficace.

Cet énoncé scientifique, qui nous rallie tous, s’appuie sur le même constat que le premier ministre : l’atout que constitue notre énergie renouvelable. En exploitant les avantages du Québec, dus à son électricité à faibles émissions de GES, la transition énergétique doit servir à stimuler un virage vers une activité économique plus sobre en carbone, à améliorer la santé publique et être porteuse de justice sociale.

Établir une gouvernance efficace

Pour assurer le respect des cibles d’émission des gaz à effet de serre (GES), nous recommandons que le cabinet du premier ministre devienne le grand maître d’oeuvre des actions concertées de l’ensemble des politiques, notamment par l’instauration d’un budget carbone qui permettra la cohérence de nos actions.

Les politiques climatiques doivent évidemment être l’occasion d’une transition juste en veillant à ne pas creuser les écarts sociaux et en tenant compte des conditions différentes des citoyens et citoyennes de partout au Québec. Il n’est ni nécessaire ni souhaitable de demander les mêmes efforts aux citadins et aux ruraux, aux personnes aisées et défavorisées, ni de polariser la population dans des débats stériles quand les solutions porteuses existent.

Lancer un grand chantier de la mobilité

Pour répondre aux défis et aux besoins de déplacement des personnes et des marchandises, il serait avisé d’allier savoir-faire et sens de l’innovation et de concevoir tout projet en prenant soin d’améliorer les conditions de transport tout en réduisant les impacts négatifs des transports (émission de GES et de polluants nocifs pour la santé et l’agriculture, étalement urbain, accidents de la route).

Accélérer l’industrialisation verte

La transition s’appuie sur l’électrification et la décarbonisation des procédés industriels. Elle favorise également « l’économie circulaire », fondée sur la production de biens à partir de stratégies régionales et qui évite notamment le gaspillage des matières premières et une utilisation ingénieuse et judicieuse des ressources, moteur de création d’emplois. La transition mise sur la force des entreprises québécoises et favorise autant l’industrie lourde que l’économie sociale.

Un demi-siècle après la nationalisation de l’électricité, nous en appelons à une nouvelle Révolution tranquille au Québec. Les changements de comportement — par exemple l’abandon graduel des véhicules gros consommateurs de carburants — mèneront à d’indubitables bénéfices : une économie moderne et saine, un air plus pur et des enfants plus en santé. Transition énergétique n’est pas synonyme de déchirements et de désolations : bien menée, elle accroîtra le bien-être collectif. Il faut s’y engager. Et au plus vite.

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