Pour un Noël... vert

Pourrions-nous essayer, chacun dans notre famille, avec nos moyens, de réduire de 30% nos achats de Noël, nos dépenses énergétiques et notre consommation de nourriture?
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Pourrions-nous essayer, chacun dans notre famille, avec nos moyens, de réduire de 30% nos achats de Noël, nos dépenses énergétiques et notre consommation de nourriture?

En ce moment, la société civile, les médias et les politiciens se mobilisent autour de l’environnement et du dernier rapport 2018 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Les scientifiques y exposent les graves conséquences d’un réchauffement des températures au-delà de 1,5 °C à l’horizon 2030 par rapport à l’époque préindustrielle. Ces experts conseillent une réduction des émissions de CO2 de 45 % d’ici 2030, puis une neutralité carbone en 2050.

En observant les comportements actuels des populations et les difficultés qu’ont les politiciens à prendre des décisions pour réduire les gaz à effet de serre (GES), certains experts ont cependant peu d’espoir de voir l’humanité relever ce défi environnemental. Les dernières observations publiées la semaine dernière leur donnent raison.

Selon un bilan annuel publié en marge de la 24e conférence climat de l’ONU, les émissions de CO2 uniquement liées à l’industrie et à la combustion du charbon, du pétrole et du gaz croîtraient de 2,7 % en 2018 par rapport à 2017, après une hausse de 1,6 % l’an dernier. La hausse est due à une croissance d’émissions de 4,7 % en Chine (premier émetteur mondial, un quart du total, lié pour beaucoup à l’utilisation du charbon), de 2,5 % aux États-Unis (deuxième émetteur) et de 6,5 % en Inde. Les émissions européennes sont en recul de 0,7 %. Or, limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C peut faire la différence entre la vie et la mort pour les écosystèmes dont l’homme fait partie. Les politiciens laissent la croissance de l’économie et de l’énergie éluder les objectifs environnementaux.

En cette période des Fêtes, où les familles se réunissent pour célébrer le bonheur d’être ensemble, il serait peut-être temps de s’interroger sur l’avenir et le cadeau empoisonné que nous léguons à nos enfants et petits-enfants. Ce temps des Fêtes est aussi connu pour être une période de grande consommation. Ce que nous dit le dernier rapport du GIEC, mais aussi tous les avis scientifiques depuis de nombreuses années, c’est que limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C nécessite des changements rapides et très profonds. Ces conclusions sont le résultat de prévisions basées sur près de 6000 sources scientifiques et des milliers de mesures de toute nature.

Dépenses énergétiques

Et si ces prochaines années commençaient à l’occasion des fêtes de fin de l’année 2018 ? Pourrions-nous essayer, chacun dans notre famille, avec nos moyens, de réduire de 30 % nos achats de Noël, nos dépenses énergétiques et notre consommation de nourriture ? Tout un chacun se satisfait de recycler les produits dont il ne veut plus. Les chercheurs et les politiciens sont concentrés sur ce sujet important, mais insuffisant. On recycle les matières recyclables, les produits compostables et les déchets de jardin. Ce sont de beaux et louables efforts ! Mais recycler de la matière, c’est dépenser de l’énergie, augmenter la pollution, générer des GES et dépenser des ressources financières.

Par contre, avec une réduction de la consommation, chacun réalise des économies financières et participe à une réduction importante de la pollution. Une réduction de la consommation entraîne une réduction de l’extraction des matières premières (minerais, pétrole, charbon, etc.), une réduction du transport de ces matières, des produits transformés, des produits finaux, donc une réduction des GES. Un produit qui n’existe pas ne nécessite aucune extraction de matières premières, aucune transformation, aucune fabrication, aucun transport, aucun entreposage, aucun magasin à chauffer, aucune vente, aucune publicité (les serveurs nécessitent de la matière et de l’énergie).

Est-ce possible de réduire de 30 % notre consommation ? Éviter que chacun des adultes à Noël achète dix cadeaux à chacun des enfants et trois cadeaux aux adultes ? C’est impressionnant pour un enfant de découvrir plus de cinquante paquets sous le sapin, mais est-ce nécessaire ? Les adultes ont-ils besoin encore de recevoir trois cadeaux chacun ? Acheter à chacun des enfants trois cadeaux est possible. Acheter moins de nourriture est possible. L’abondance se mesure dans l’énorme choix que nous avons aujourd’hui, pas dans la quantité de gâteaux, de carrés magiques ou dans la grosseur de la dinde. Il est aussi facile de renoncer à son voyage dans le sud pour se concentrer sur des visites dans la parenté. Une économie énorme d’énergie.

Et les emplois dans tout cela ? L’humanité a toujours réussi à tirer parti de tout changement, que ce soit avec la découverte des métaux (bronze, fer, etc.), le commerce des épices, l’industrialisation, la fin de l’ère agricole, l’automatisation des travaux des cols bleus, puis des cols blancs, ou l’arrivée de l’industrie 4.0. Après une période de vaches maigres, durant la transformation de la société, nous allons créer de nouveaux emplois.

Souvent, on entend parler d’analyse de cycle de vie, d’énergie circulaire et des 3R-V dans les publications scientifiques et les médias. Ces 3R-V signifient : « réduire », « réutiliser », « recycler » et « valoriser ». Si l’on devait définir une certaine noblesse entre ces quatre manières de réduire le gaspillage de nos ressources, réduire la consommation à la source serait la plus noble. Toutes les autres consomment de l’énergie et requièrent un apport de matière, et donc entraînent une augmentation des GES.

Il est temps de penser à l’avenir de nos enfants et petits-enfants. 2030, c’est dans 11 ans. Quel âge auront-ils ? Nous devons réduire notre consommation rapidement pour leur donner un avenir. Les fêtes de fin d’année 2018 sont l’occasion de participer à la société civile. Réduisons notre consommation de 30 % immédiatement et essayons de conserver cette règle tout au long de l’année. C’est notre seule solution.

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3 commentaires
  • Hélène Boily - Abonnée 13 décembre 2018 09 h 34

    Travail titanesque

    Réduire nos achats de Noël de 30%, c'est bien, mais pourquoi pas de 70 ou 80%? L'heure est grave il me semble. Les politiciens ont besoin de signaux forts pour agir et une baisse drastique de la consommation de fin d'année en serait un. Je les entends déjà beugler à la crise du chiffre d'affaire et à la diminution des emplois étudiants. Bien sûr, ils ne comprendront pas dans l'instant que nous voulons être l'exemple que nous cherchons chez eux. S'ils ne veulent pas prendre l'initiative du coup de barre, il nous faudra leur montrer comment pour ensuite exiger qu'ils prennent le relais.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 13 décembre 2018 18 h 28

    Super texte

    Bravo !

  • François Beaulé - Abonné 13 décembre 2018 18 h 54

    David contre Goliath

    Les entreprises dépensent plus de 3 milliards par année au Québec pour inciter les gens à consommer au maximum. Le texte de M. Mascle et autres bons voeux ne font pas le poids. Il y a une guerre à faire pour aller à contre-courant de la société de consommation. La première bataille doit avoir pour but de restreindre la place de la publicité dans nos vies. La seule façon d'y arriver est d'interdire le financement des médias par la publicité. La seule publicité nécessaire et utile serait celle faite directement sur les sites internet des entreprises de production et de distribution des biens de consommation.

    Il faut de toute manière revoir le financement des médias d'information. Qui pourrait se faire par les abonnements et par des subventions gérées par des organismes indépendants du pouvoir politique.