Évitons que des ménages se retrouvent à la rue

<p>«Le prix des loyers au Québec, qui était jusque-là généralement plus abordable que dans le reste du Canada, s’emballe dangereusement et la construction d'appartements ne règle rien», estime l'auteur. </p>
Photo: Olivier Zuida Le Devoir

«Le prix des loyers au Québec, qui était jusque-là généralement plus abordable que dans le reste du Canada, s’emballe dangereusement et la construction d'appartements ne règle rien», estime l'auteur. 

Les rapports sur le marché locatif, publiés le 28 novembre dernier par la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), font état d’un manque important de logements dans la plupart des agglomérations québécoises de 50 000 habitants et plus. Le phénomène touche sévèrement les régions de Montréal, de Laval, de l’Outaouais, de la Montérégie, de l’Estrie, du Centre-du-Québec, du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, de même qu’en Abitibi-Témiscamingue. Dans toutes les agglomérations de 50 000 habitants et moins, la situation est particulièrement grave pour les ménages familiaux, les logements de deux et de trois chambres à coucher et plus y ayant chuté radicalement au cours de la dernière année. Comme on doit s’y attendre lorsqu’il y a pareille rareté, les loyers des logements familiaux ont également explosé au cours de la dernière année. La SCHL confirme par ailleurs que les logements disponibles à la location sont beaucoup plus dispendieux que ceux déjà loués.

Le prix des loyers au Québec, qui était jusque-là généralement plus abordable que dans le reste du Canada, s’emballe dangereusement et la construction d'appartements ne règle rien. D’après la SCHL, la proportion d'appartements mis en location ne cesse de progresser dans les régions métropolitaines de Montréal, de Québec et de Gatineau ; quelque 17,5 % d’entre eux sont loués dans la région de Montréal et pas moins de 36,4 % dans celle de Gatineau. Leurs loyers sont bien au-delà de la capacité de payer de la majorité des ménages locataires, le loyer moyen d’un condo n’atteignant pas moins de 1235 $ par mois à Montréal.

Devant cette dérive du marché privé, il ne serait pas surprenant de voir une détérioration accélérée des conditions de logement des ménages les plus vulnérables, une nouvelle flambée du coût des loyers et la hausse des cas de discrimination.

Cette crise nous montre, encore une fois, l’incapacité du secteur privé de répondre adéquatement aux besoins d’un grand nombre de ménages locataires tout en nous indiquant qu’il est urgent que les gouvernements du Québec et d’Ottawa agissent. Les autorités gouvernementales doivent donc prendre acte de la situation et débloquer rapidement les fonds nécessaires pour relancer le développement de nouveaux logements sociaux. D’ici là, et comme ce fut le cas entre 2001 et 2005, il nous apparaît également important et incontournable que de nouvelles mesures soient rapidement mises en place pour soutenir et accompagner adéquatement les ménages qui vont se retrouver sans logis à cause de cette pénurie de logements.

En adhérant au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) en 1976, le Canada et le Québec ont pris des engagements fermes et significatifs à l’égard du respect du droit au logement. Pour être effectif, ce droit au logement doit impérativement se traduire par un ensemble cohérent de lois, de règlements, de politiques et de programmes. De façon tangible, les autorités de ces deux ordres de gouvernement ont une obligation de moyens et sont tenues de construire des logements abordables en quantité suffisante et de garantir que les plus pauvres y auront accès à travers des systèmes de subventions.

Avec des surplus qui se comptent en milliards de dollars et les sommes importantes promises par le fédéral dans le cadre de la Stratégie canadienne sur le logement, le nouveau gouvernement Legault a toute la marge de manoeuvre nécessaire pour respecter les engagements du Québec à l’égard du PIDESC. Avec une telle marge de manoeuvre, aucune excuse ne saurait être justifiée et tout doit être mis en oeuvre pour éviter que la présente situation ne dégénère et que des centaines de ménages se retrouvent à la rue.

3 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 13 décembre 2018 00 h 51

    Tellement juste...

    «Cette crise nous montre, encore une fois, l’incapacité du secteur privé de répondre adéquatement aux besoins d’un grand nombre de ménages locataires»

    Ce n'est pas parce que c'est pire ailleurs (Toronto, Vancouver, États-Unis...) que ce n'est pas vrai ici.

    • Daniel Bérubé - Abonné 13 décembre 2018 15 h 19

      Effectivement, et à voir le coût des condos en location, plus de 1,000.00$, ceci démontre bien le problème... La location de logement demeure un marché, et le marché ne recherchant que les profits, tout changement pouvant apporter hausse de ces profits est des plus logique pour eux, sans casse tête à connaître ses répercutions...
      Les marchés ne recherchent les profits, et les plus élevés possible. Ce qui peut ralentir ces hausses de prix est la compétition, mais quand cette compétition se fait de plus en plus rare, tout hausse de prix est justifié de par l'offre et la demande. Il ne faut pas que le droit de dormir au chaud l'hiver devienne un privilège seulement pour ceux pouvant le payer, car considérons ici que disons 1,000.00/mois exige des salaires de plus de 50,000.00/an ou +- 1,000.00/sem. ... quel pourcentage au Québec ont un salaire de 50,000.00 et plus ? (si nous considérons que le logement ne devrait pas dépasser 25% du salaire mensuel).

  • Nadia Alexan - Abonnée 13 décembre 2018 09 h 04

    Le droit au logement est un droit humain.

    Vous avez amplement raison, monsieur Roy. Effectivement, les belles paroles dans la Charte des Droits qui exige le droit au logement parmi les droits humains droit se traduire en réalité.
    Une société civilisée ne délaisse pas ces citoyens les plus vulnérables dans une situation de logement insalubre. Le gouvernement doit prendre sa responsabilité au sérieux et doit construire des logements adéquats et abordables en ville, pour mieux combler cette pénurie.