Il n’y a rien à craindre dans ce Pacte sur les migrations

«Loin de se limiter à une régulation globale de la migration mondiale, le pacte va plus loin», croit l'auteur. 
Photo: Gabriel Bouys Agence France-Presse «Loin de se limiter à une régulation globale de la migration mondiale, le pacte va plus loin», croit l'auteur. 

Dans son texte publié le 11 décembre dans Le Devoir, André Sirois défend l’idée que le Canada ne devait pas signer le Pacte de l’ONU pour les migrants. Si les critiques que soulève Monsieur Sirois touchent juste, elles ne remettent cependant pas en question la valeur pratique, politique et morale du Pacte mondial pour les migrants.

L’auteur soulève d’abord un constat sur la réalité des migrations : elles iraient croissantes ; et surtout, elles proviendraient de l’Afrique subsaharienne, où l’explosion démographique risque d’entraîner une ruée vers les sociétés riches occidentales. Mais c’est justement ce constat qui conduit l’ONU, tout d’abord, à promouvoir une coopération globale en vue de faire face à ce qui visiblement risque d’être notre avenir, la migration mondiale (objectif 11, 12 et 21) : Il ne s’agit pas d’encourager la migration, mais d’assurer dans un premier temps une migration sécurisée et contrôlée. Loin de se limiter à une régulation globale de la migration mondiale, le pacte va plus loin : il propose des mesures « pour lutter contre les facteurs négatifs et les problèmes structurels qui poussent les personnes à quitter leurs pays d’origine. » (objectif 2). Ce qui impliquera nécessairement de faire face au problème démographique. Plus encore, le pacte propose un cadre légal de coopération entre les États en vue « de faciliter le retour et la réadmission des migrants en toute sécurité et dignité, ainsi que leur réintégration durable » (objectif 21) : on le voit : il ne s’agit nullement d’encourager un établissement permanent et inconditionnel dans les pays d’accueil. Donc, pas de panique !

Ruée africaine?

En ce qui concerne la ruée de la jeunesse africaine vers l’Occident, le démographe et sociologue du Collège de France, François Héran, a démontré, dans « Comment se fabrique un oracle. La prophétie de la ruée africaine vers l’Europe », que non seulement la majorité du phénomène migratoire est intra-africaine, mais que cette théorie sur l’envahissement africaine ne reposait que sur des peurs et des considérations politiques. À ce niveau également, il faudrait relativiser nos analyses sur l’impact de la « bombe » démographique, et poser plutôt la question de savoir comment dans la situation actuelle d’une migration croissante, protéger la vie et la dignité des migrants. C’est l’urgence d’une telle interrogation qui anime l’objectif général du Pacte de l’ONU. D’où d’ailleurs son mérite moral et pratique.

Enfin, je m’étonne de voir André Sirois comparer le mécanisme décisionnel de l’ONU comme une machine à saucisses. Je ne connais pas un seul traité, un seul Pacte des Nations unies, qui ne soit pas le fruit d’intenses délibérations et le résultat d’une haute collaboration entre les experts. Si les décisions des organisations internationales ne sont pas contraignantes, ce n’est pas tant leur fonctionnement qu’il faut mettre en cause que les logiques de puissance et de conquête hégémonique entre les grandes puissances qui paralysent la gouvernance globale de notre monde. Et c’est précisément l’intérêt politique du Pacte de convier les États à atténuer leurs tensions par un sens retrouvé d’une coopération internationale capable de garantir la sécurité et la vie des migrants.

Quant à la mauvaise perception de l’immigration dans nos sociétés, ce serait une erreur politique que d’y répondre par des discours sur l’ouverture ou la tolérance. Mais si nous ne voulons pas d’immigration, surtout issue des zones non occidentales du monde, il faudrait peut-être s’intéresser à l’impact de notre politique étrangère sur la vie des populations dans ces différentes régions du monde d’où proviennent les migrants.

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8 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 12 décembre 2018 00 h 39

    Merci!

    J'avais renoncé à répondre à M. Sirois. Merci de l'avoir fait!

  • Nadia Alexan - Abonnée 12 décembre 2018 03 h 07

    C'est l’impact de notre politique étrangère qui conduit à l'immigration.

    Je suis tout à fait d'accord avec vous, monsieur Sadjo Barry. Effectivement, c'est l’impact de notre politique étrangère sur la vie des populations dans ces différentes régions du monde qui conduit à l'immigration. Il faudrait qu'on arrête d'utiliser les ressources de ces pays comme notre arrière court. N'oublions pas les enfants qu'on utilise comme main-d’œuvre à bon marché et les minières qui contaminent l'eau de leurs villages avec impunité.
    Je me rappelle la tragédie de Bhopal (Inde) en 1984, une conséquence de l'explosion de 40 tonnes de pesticides de l'entreprise américaine Union Carbide qui a fait 25,000 morts. Trente ans plus tard, l'usine reste une bombe à retardement…un bassin aménagé par Union Carbide dans les années 1970…où des tonnes de déchets chimiques y sont entreposées…fuit et l'eau toxique s'infiltre dans la nappe phréatique.
    Je pourrais citer beaucoup d'autres exemples des atrocités commissent par nos multinationales qui sont bien documentées, notamment par l'écrivain, Alain Deneault, dans son livre «Noir Canada, Pillage, corruption et criminalité en Afrique» où il décrit les abominations commissent par les minières canadiennes en Afrique.

  • Gilles Bousquet - Abonné 12 décembre 2018 06 h 44

    Garantir la sécurité et la vie des migrants.

    Garantir la sécurité et la vie des migrants., seuls les racistes et les égoïstes peuvent être contre ça.

    • Cyril Dionne - Abonné 12 décembre 2018 11 h 46

      Ah ! ben. Je dois être un raciste et un égoïste pour m’opposer à ce « Pacte ». C’est le dilemme « Adil Charkaoui ». Si on s’oppose, on est des racistes. Évidemment M. Bousquet, vu votre grandeur d’âme, vous allez consentir à payer de votre propre poche tous les coûts encourus afin de garantir la sécurité et la vie des migrants économiques.

      Bon. Maintenant on doit faire face au problème démographique des autres. La moyenne est de 5 enfants par femme en Afrique. Au Niger, c’est 7. Peut-être que l’éducation sexuelle et les moyens de contraception seraient les bienvenues dans cette région du monde. Mais ce qu’on occulte toujours, ce sont les religions et les cultures qui favorisent et contribuent à ce problème démographique dans les pays en voie de développement. Un médecin que je connais et qui était allée dans un pays africain (médecins sans frontière), elle posait des stérilets en cachette afin que les femmes puissent respirer sans que leur conjoint rouspète.

      Lorsque j’ai lu « de faciliter le retour et la réadmission des migrants en toute sécurité et dignité, ainsi que leur réintégration durable », j’ai presque souri. Ce sont des migrants économiques et la dernière chose qu’ils veulent faire, c’est de retourner dans leur pays d’origine. Alors, ils utiliseront à nos frais, des appels juridiques qui s’éterniseront pendant des années afin de demeurer au pays. Ce fameux « Pacte » en favorisera la pratique. Et ce sont les vrais réfugiés qui en feront les frais, eux qui ne pourront pas sortir de leur enfer.

      Encore une fois, les Nations unies est l’organisation la plus corrompue de la planète après le gouvernement mexicain. Les Nations unies, même si celle-ci est impotente et inutile à empêcher les massacres et les génocides, est meilleure à proposer toutes sortes d’idioties comme celle de certains islamistes qui voulaient faire du blasphème, un crime humanitaire.

    • André Joyal - Inscrit 13 décembre 2018 07 h 25

      Comment ne pas être d'accord avec vous M.Dionne (tout en étant d'accord avec les propos ci-haut de Mme Alexan) quand vous écrivez : «Maintenant on doit faire face au problème démographique des autres». J'ai enseigné pendant 25 ans la pensée de Robert T. Malthus (le démographe et l'économiste) j et je ne peux que lui donner raison avec ce que l'on observe en Afrique depuis des décennies. Que disait-il? Seules les guerres, les famines et les maladies limiteront la croissance démographique à moins que les hommes aient recours à la...«contrainte morale». Or, partout ailleurs qu'en Afrique subsaharienne, on n'a pas eu besoin de la contrainte morale pour, limiter la croissance démographique. L'éducation et l'urbanisation ont suffit. Mon mentor, l'agronome de la faim, René Dumont - grand ami du Québec -, a plaidé toute sa vie pour le contrôle des naissances en Afrique. Comment expliquer que les Africains n'arrivent pas à avoir une vie sexuelle épanouie sans nécessairement procréer? On a implanté des dispensaires partout, mais il aurait fallu les accompagner de sexologues. On n'a, hélas, pas fini de voir les terribles conséquences de cette omission en Méditerranée ou sur ses rives européennes. Le pacte de l'ONU ne touche qu'aux symptomes du problème lié à l'immigration, pas à ses causes.

  • Yvon Montoya - Inscrit 12 décembre 2018 07 h 02

    Il suffit de lire le texte de ce pacte, sans oublier vos références, pour effectivement s’apercevoir que cette fois- ci l’ONU fut lucide. De toutes manières il est trop tard, il va falloir être attentif aux conséquences désastreuses de l’hegemonie occidentale et asiatique désormais en terre africaine. Oui l’Occident a une grosse part de responsabilité. Merci.

    • Léonce Naud - Abonné 12 décembre 2018 09 h 41

      Si, durant les derniers mille ans, absolument ni homme ni bête n'avait pénétré en Afrique, de Suez à l'Atlantique et de Gibraltar au Cap-de-Bonne-Espérance, ce continent ne poserait aucun problème à personne en plus de représenter un nirvana écologique de partage des ressources entre l'Etre humain et la Nature.

  • Sylvie Hébert - Abonnée 12 décembre 2018 10 h 20

    Cégep de Saint-Hyacinthe

    Saint-Hyacinthe est une ville du Québec, au Canada, la ville-centre de la MRC des Maskoutains en Montérégie2. La ville est traversée par la rivière Yamaska, perpendiculairement à l'autoroute 20. Elle est nommée en l'honneur du saint patron, Hyacinthe de Cracovie, du seigneur Jacques-Hyacinthe Simon dit Delorme.