Libre opinion: L'esprit derrière la ratification de l'Approche commune

Nous avons ratifié l'entente de principe regroupant les préoccupations de nos quatre communautés (Mashteuiatsh, Essipit, Pesamnit et Nutashkuan) ainsi que celle des gouvernements du Québec et du Canada. Cette entente de principe, dite de l'Approche commune, est donc une étape de plus dans le long processus de négociation ou, plutôt, d'entente de cohabitation harmonieuse et pacifique entre les Premières Nations et les nations québécoise et canadienne sur les terres ancestrales des Ilnu.

Le document est teinté de notions de développement durable et de principes répondant aux préoccupations des principaux protagonistes que sont les Premières Nations, représentées par des personnes en qui elles ont mis toute leur confiance [...], les Québécois et les Canadiens qui, eux, sont représentés par leurs gouvernements, auxquels ils ont confié, dans un processus démocratique, l'exercice du pouvoir. Ce pouvoir s'exerce donc de façon civilisée, c'est-à-dire dans la communication, la coopération et la bonne gouverne.

Suite logique

Cette bonne gouverne est la suite logique de la réputation que le Canada s'est acquise dans le concert des nations à l'ONU. C'est pour son respect des droits humains et son esprit pacifique que le Canada est un pays reconnu de ses pairs. [...]

Il est normal qu'après plusieurs années, voire des siècles, les autochtones soient maintenant considérés à leur juste valeur. [...] Le territoire des Pekuakamiulnuatsh est passablement amoché. On n'a qu'à voir: les forêts n'y sont plus, les villes et villages meublent le territoire avec tout ce que cela peut comprendre. Les sociétés se sont installées partout où elles pouvaient subvenir à leurs besoins en eau et en nourriture.

S'il n'y a pas eu de traité depuis 1603 entre les Ilnu et les représentants du gouvernement, c'est que le gouvernement ne jugeait pas de telles approches nécessaires en raison de ce qu'elles voyaient comme étant un laisser-aller des Premières Nations [...]. Cependant, il n'en était rien. Partout autour, les gens se sont enrichis avec les richesses de notre mère la Terre. Mais pour les Premières Nations, il est immoral d'exploiter le territoire: tout est une question de respect et de manière d'être avec notre mère la Terre.

Une reconnaissance

Aujourd'hui, les Pekuakamiulnuatsh aspirent à des jours meilleurs, dans l'harmonie. Nous voulons une reconnaissance de ce que nous sommes pour ce que nous sommes. Nous entendons intervenir en personnes responsables; nous entendons également obtenir une gestion participative et constructive sur les terres qui nous ont vu naître.

Le caractère juridique est important pour le gouvernement car il est la base de sa société. Pour les Premières Nations, c'est différent. Nous acceptons tacitement cette base car la Constitution canadienne reconnaît le droit à l'autodétermination des peuples autochtones. Le Québec aussi d'ailleurs reconnaît notre première nation et en a fait une déclaration de principe en 1985.

L'autonomie des peuples est le signe évident d'une société avant-gardiste et répond à des principes de droit fondamentaux inscrit dans les chartes universelle, canadienne et québécoise et bien sûr dans la charte dont nous, Pekuakamiulnuatsh, allons nous doter dans le respect de la démocratie, un principe digne de notre première nation, un principe véhiculé bien des siècles avant l'apparition des sociétés occidentales venues exploiter les terres au-delà de leurs propres frontières. [...]

Maintenant que vous avez servi les intérêts du capital, soit occuper les territoires par l'implantation de colonies de peuplement au service de souverains qui, par leurs lois et leurs principes, imposaient partout l'hégémonie économique, militaire et culturelle, il est temps de comprendre que le droit du premier occupant existe et doit être respecté.

Nous n'avons pas été conquis, nous n'avons pas capitulé. Nous avons travaillé dur pour utiliser le langage de l'homme blanc et traiter avec lui, d'accords de paix d'abord, puis d'accords économiques. Nous acceptons toujours de vivre avec vous, non pas dans l'irrespect mais dans l'harmonie, le respect et la bonne entente. Il est normal qu'en tant que nation sur notre territoire, nous ayons voix au chapitre. Il y va de notre survie en tant que culture.