Marie-Victorin aurait appuyé les Franco-Ontariens

Le connaissant surtout comme le fondateur du Jardin botanique de Montréal et l’auteur de la «Flore laurentienne», on oublie que le frère Marie-Victorin a aussi promu les droits des Canadiens français.
Photo: Domaine public Le connaissant surtout comme le fondateur du Jardin botanique de Montréal et l’auteur de la «Flore laurentienne», on oublie que le frère Marie-Victorin a aussi promu les droits des Canadiens français.

Les combats du frère Marie-Victorin ont été multiples. Le connaissant surtout comme le fondateur du Jardin botanique de Montréal et l’auteur de la Flore laurentienne, on oublie qu’il a aussi promu les droits des Canadiens français. On ignore surtout qu’il a rédigé pour Le Devoir, entre 1915 et 1916, une série de billets sous le pseudonyme « M. SonPays ».

Le premier billet s’intitulait d’ailleurs « Not’ langue! » et portait sur la lutte des Ontariens pour sauver leurs écoles francophones face à l’infâme « Règlement 17 », adopté en 1912 et qui interdisait en Ontario l’usage du français comme langue d’enseignement dans les écoles.

Le texte du botaniste est très touchant et a des qualités littéraires indéniables. Le relire aujourd’hui en pensant au contexte actuel ne peut que stimuler davantage l’ardeur des militantes et des militants tout en reliant leurs présentes luttes à celles, trop facilement oubliées, du passé.

Revenant d’une visite à Ottawa au moment de la rentrée scolaire, Marie-Victorin écrit dans Le Devoir du 10 septembre 1915 :

« Hier, aux avant-postes.

C’est la rentrée des écoles. Sur la ville d’Ottawa, un beau soleil, clair comme les droits qu’on y viole, ruisselle, avivant le vert des pelouses et le vermeil des joues enfantines. Il y a de la poudre dans l’air : le règlement 17 plane comme une menace ».

Marie-Victorin visite alors une classe de l’école Saint-Jean-Baptiste, tenue par les Frères des écoles chrétiennes, et engage la conversation avec les enfants de sept, huit et neuf ans :

« – Votre école est bien belle! Mais il semble que l’an dernier, vous n’avez pas commencé ici!

– Oh! Non.

– Où donc l’avez-vous commencée?

– Dans la station des pompiers!

– Et pourquoi donc ?...

Les petits se regardent. Ils ne se sont pas demandé ça.

– Mais pourquoi, dis-je, venez-vous ici cette année, au lieu d’aller encore chez les pompiers de la rue Somerset ?...

Nouvelle hésitation. Enfin, un petit, charmant dans sa chemisette blanche, se lève, et d’un ton que je n’oublierai jamais :

– Parce qu’on a gagné !...

– Mais qu’avez-vous gagné ?...

Et l’enfant d’ajouter, superbe :

–Not’ langue !... 

Cher petit Ontarien, je pensais à toi, cependant que le train m’entraînait le soir même loin du champ de bataille […] Je pensais à toi et tu m’as fait pleurer!

Non, tu n’as pas encore gagné, mais ton coeur de huit ans sonne déjà la note héroïque, écho lointain de la fierté de ceux dont tu es le fils et dont tu dois poursuivre les combats commencés il y a cent cinquante ans ! Tu n’as pas encore gagné, mais tu es digne d’être le père, le grand-père… ou l’ancêtre… des heureux vainqueurs de l’avenir ! »

Devant la mobilisation actuelle des Franco-Ontariens pour encore défendre leurs droits linguistiques, M. SonPays ferait observer que parmi ceux et celles qui sont aujourd’hui aux avant-postes en tant que « vainqueurs de l’avenir » se trouvent peut-être et même sûrement les arrière-petits-enfants de ce jeune Franco-Ontarien qui se posait alors spontanément en porte-parole de sa nation. Il était fier d’avoir gagné ce petit combat pour « Not' langue » et ignorait probablement qu’il contribuait ainsi à préparer cet autre combat, un siècle plus tard, pour « Not’ université ».

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