Comment réduire l’ampleur du plagiat dans les universités?

Il est important de comprendre que le plagiat et la tricherie sont souvent un symptôme d’un manque de temps des étudiants, soulignent les auteurs.
Photo: iStock Il est important de comprendre que le plagiat et la tricherie sont souvent un symptôme d’un manque de temps des étudiants, soulignent les auteurs.

Le 12 avril, nous avons publié une lettre d’opinion soulignant l’ampleur du plagiat dans les universités et l’importance de s’attaquer de front à ce phénomène. À la suite des échos de ce cri du coeur, nous vous présentons les solutions actuelles pour réduire le plagiat et la tricherie ainsi que celles à explorer. Il n’existe pas de solution magique, sans quoi les premières personnes à se pencher sur la question à la fin du XIXe siècle auraient réglé le problème pour nous. Il faut également souligner l’important travail qui est fait actuellement par plusieurs professeurs, chargés de cours, bibliothécaires, administrateurs, agents de discipline et étudiants pour diminuer le problème. Toutefois, les efforts actuels sont isolés et les avenues de solutions, éparpillées. Nous appelons à une concertation dans et à travers les établissements universitaires pour arrêter de cacher le problème et, ensemble, mettre en oeuvre les solutions les plus prometteuses.

Les pistes de solutions connues et appliquées

La présence d’un règlement des études sanctionnant le plagiat et la tricherie existe dans toutes les universités québécoises. Toutefois, ce document est insuffisant, car sa capacité à encourager l’intégrité intellectuelle est limitée. Les efforts de sensibilisation sont donc les plus importants. Non seulement faut-il (2) parler de plagiat aux étudiants lorsqu’ils entrent dans un nouveau programme, il faut aussi aborder le sujet avec eux dans TOUS les cours qu’ils suivent. Lorsque les cas de plagiat, de tricherie ou de fraude sont repérés, il est important de (3) s’assurer que les observateurs rapportent les cas qu’ils constatent afin que les étudiants sentent que le problème est pris en main. Ainsi, des comités institutionnels mis en place pour traiter les cas de plagiat peuvent permettre de faciliter le processus de dénonciation et ainsi réduire le nombre de cas repérés, mais non rapportés.

Les pistes de solutions connues, mais peu appliquées

Quand il est question de former des étudiants honnêtes et compétents, il est un peu trop tard si nos efforts se concentrent uniquement à l’université. (1) Dès l’école primaire, il faut que les étudiants apprennent et respectent la valeur du droit d’auteur. Il sera alors facile, lors de la rédaction de leurs tout premiers travaux, d’intérioriser la séquence « copier-coller-citer ». Au-delà de la citation et de la rédaction, (3) les étudiants (et les professeurs !) doivent comprendre que les travaux servent à concrétiser l’apprentissage et que, lorsqu’ils prennent des raccourcis, ce sont eux les perdants, car il n’y a pas d’apprentissage. Ainsi, (4) une piste serait d’exiger des étudiants qu’ils présentent oralement leurs travaux afin de vérifier leur compréhension de ce qu’ils ont écrit, réduisant la possibilité de plagiat. Évidemment, une telle stratégie sera coûteuse à appliquer au sein de classes comportant un grand nombre d’étudiants. De plus, pour éviter les cas accidentels de plagiat et développer la compétence des étudiants, (5) chaque programme devrait offrir un cours obligatoire portant sur la rédaction de travaux de style universitaire et conforme aux normes de rigueur de leur discipline. Ces compétences devraient pouvoir être développées progressivement durant la poursuite du programme d’études.

Il est important de comprendre que le plagiat et la tricherie sont souvent un symptôme d’un manque de temps des étudiants qui, de nos jours, s’investissent beaucoup dans les différentes sphères de leur vie. La modalité de remise de travaux ne favorise pas une organisation du temps pour les étudiants, car ceux-ci ont une charge moindre durant la session, puis très élevée à la mi-session et à la fin de session. Sans diminuer leurs tâches scolaires (qui représentent habituellement leur occupation principale), de petits changements tels que (6) coordonner les remises de travaux dans les différents cours d’un cheminement pour éviter qu’elles surviennent au même moment et (7) étaler les remises dans un cours pour avoir plusieurs petits travaux au lieu d’un seul, massif, à la fin, sont une bonne façon d’étaler la charge de travail et de favoriser l’engagement des étudiants dans la rédaction de leurs propres travaux.

Les pistes de solution à explorer

Nos propres recherches explorent des avenues possibles pour diminuer la tricherie. Nous vous en présentons quatre. Premièrement, le contexte universitaire est un milieu où se combinent régulièrement une haute pression de performance et un niveau élevé de compétition. Or, il est possible que ces aspects, évitables, mènent à davantage de plagiat et de tricherie. Modifier ces éléments du contexte universitaire pourrait donc s’avérer prometteur pour favoriser l’intégrité intellectuelle des étudiants. Deuxièmement, lorsqu’il est effectué pour des raisons malhonnêtes, le plagiat se compare à une décision de prise de risque. Établir les paramètres de cette décision permettra de mieux comprendre les personnes qui sont susceptibles de plagier et le contexte qui risque de les tenter. Troisièmement, former les étudiants à moins plagier ne peut pas se faire n’importe comment. Des recherches sont en cours pour déterminer les meilleures stratégies de recherche d’information, de rédaction et de référencement à leur apprendre, incluant les stratégies de créacollage numérique (digital scrapbooking). Finalement, il est nécessaire de se pencher sur les meilleures formations à offrir aux professeurs et aux chargés de cours, car ceux-ci ont une grande part de responsabilité dans la réduction du plagiat.

Comme cela a été mentionné dans notre lettre précédente, régler le problème du plagiat demandera beaucoup de temps, de ressources, d’efforts de formation et de recherche. Nous croyons fermement que ces efforts ne sont pas vains et qu’ils contribueront à faire de nos universités des établissements dont nous pourrons collectivement être fiers.

2 commentaires
  • Marie Nobert - Abonnée 7 décembre 2018 20 h 12

    Facultés et capacités affaiblies (!)

    Au texte. «Ainsi, (4) une piste serait d’exiger des étudiants qu’ils présentent oralement leurs travaux afin de vérifier leur compréhension de ce qu’ils ont écrit, ...». Pur délice. Socrate, Platon et Aristote... Mais les «pauvres petites bêtes» n'ont pas de temps. Pourquoi? Parce qu'ici «Plage 'y a!» Inutile de continuer. Misère.

    JHS Baril

  • Jacques de Guise - Abonné 8 décembre 2018 00 h 23

    Propos indécents

    Comme je l’ai indiqué dans mes commentaires en réaction à votre précédente lettre d’opinion, vos propos et votre ton sont totalement indécents compte tenu du vide existant en matière d’enseignement de l’écriture disciplinaire.

    Tant que le rôle fondamental de la langue et du langage dans la construction des connaissances (et de l’identité) ne sera pas reconnu clairement à la base des programmes d’enseignement, vos propos sont indécents.

    Tant que les disciplines concernées n’auront pas défini les compétences linguistiques nécessaires à la construction des connaissances dans le domaine concerné, vos propos sont indécents.

    Tant que ces compétences n’auront pas fait l’objet d’un enseignement explicite dans le programme concerné, vos propos sont indécents.

    Tant que les pratiques langagières spécifiques à chaque discipline n’auront pas été clairement circonscrites et qu’elles n’auront pas fait l’objet d’un enseignement, vos propos sont indécents.

    Tant que l’écriture ne servira qu’à des fins d’évaluation (comme il en est évident à la lecture de votre texte) sans que celle-ci ait pu d’abord se déployer et servir à la construction des connaissances, là vos propos ne sont plus simplement indécents, ils sont scandaleux.