De nouveaux états généraux sur le fait français au Canada?

Plusieurs villes ontariennes ont été le théâtre de manifestations en faveur des Franco-Ontariens le week-end dernier.
Photo: Lars Hagberg Agence France-Presse Plusieurs villes ontariennes ont été le théâtre de manifestations en faveur des Franco-Ontariens le week-end dernier.

La suppression du Commissariat aux services en français et l’annulation du projet d’Université de l’Ontario français, annoncées par le gouvernement ontarien le 15 novembre dernier, ont provoqué une impressionnante levée de boucliers en milieu franco-ontarien, dans les autres communautés francophones minoritaires, mais aussi au Québec. La mobilisation a récemment conduit le premier ministre Ford à reculer d’un demi-pas, sans toutefois que cela ait suffi à calmer la grogne et à désamorcer ce qui a pris les allures d’une véritable crise politico-linguistique, une crise comme on n’en avait plus vu, au Canada, depuis au moins une vingtaine d’années.

La vigueur du sentiment d’indignation qu’ont exprimé depuis plus de quinze jours de nombreux acteurs en provenance des milieux politique, universitaire et journalistique du Québec et l’élan de solidarité auquel ils se sont spontanément livrés à l’endroit des Franco-Ontariens laissent entrevoir, à l’évidence, que la « diaspora » francophone est loin d’avoir totalement déserté la conscience nationale de la « mère patrie ». Un demi-siècle après la Révolution tranquille et l’éclatement de l’ancien projet national canadien-français, il faut bien constater que les minorités francophones continuent d’avoir un sens et de générer un élan historique pour le Québec, et vice versa.

Certains s’en sont étonnés, non sans raison. Depuis les années 1960, en effet, les rapports entre le Québec et les minorités francophones du Canada n’ont pas toujours logé à l’enseigne de l’harmonie et de la compréhension mutuelle. Encore aujourd’hui, on n’a qu’à évoquer le souvenir des « dead ducks » de René Lévesque et du « cadavre encore chaud » d’Yves Beauchemin pour exciter le ressentiment des minorités à l’endroit du Québec. À l’inverse, on a bien vu, au Québec, que les minorités francophones s’étaient ralliées, malgré elles, à la grande réforme constitutionnelle de 1982, après que les tribunaux eurent éventuellement interprété la Charte canadienne des droits et libertés dans le sens de l’élargissement de leur espace institutionnel, surtout en matière scolaire. De part et d’autre, on a souvent imputé à des facteurs essentiellement idéologiques (l’indépendantisme des uns et le fédéralisme des autres) les origines de la grande « rupture » des années 1960.

Le rôle de l’Église

Cette interprétation a toujours procédé, selon nous, d’une méprise. À l’époque où la nation « débordait les frontières », l’idée du Canada français s’était incarnée concrètement dans une organisation sociale au centre de laquelle l’Église jouait un rôle de structuration sociétale primordial. Cependant, la modernisation de l’éthique catholique ayant conduit l’Église, dans les années 1960, à se retrancher dans la sphère spirituelle et pastorale, la structure institutionnelle qui reliait le Québec aux minorités francophones s’effondrait dans le même mouvement. Le conflit idéologique qui s’est installé entre eux a certes contribué à creuser le fossé qui a pu les séparer, mais il s’agissait surtout de la traduction, dans le domaine des idées, d’une mutation sociale et structurelle qui a bouleversé aussi bien les communautés minoritaires que le Québec lui-même.

Or il faut bien constater qu’il subsiste quelque chose de l’idée selon laquelle le Québec et les communautés francophones participent encore d’une même communauté d’histoire, et que le destin du premier n’est pas radicalement étranger à celui des secondes. Ainsi, la mobilisation récente du Québec en faveur des Franco-Ontariens semble moins la manifestation d’une solidarité nouvelle que la réactivation d’un vieux ressort, partiellement enfoui sans jamais avoir été complètement démantelé, qui n’aurait pas perdu sa capacité à vivifier son expérience historique.

Rappelons qu’au lendemain de la Révolution tranquille, les intellectuels et militants nationalistes du Québec n’ont pas cessé de réfléchir à la condition culturelle et politique des minorités francophones, certains allant jusqu’à proposer différents scénarios d’action extraterritoriale à mener auprès d’elles dans l’éventualité de l’indépendance. Les divers gouvernements qui se sont succédé à Québec n’ont-ils pas mis sur pied des instances comme le Secrétariat des peuples francophones d’Amérique (1976-1992) et le Centre de la francophonie des Amériques (2008), entre autres politiques, ententes de partenariat et forums de coordination, pour tenter de combler le vide laissé par le retrait de l’« Église-nation » canadienne-française ? Et c’est sans compter les structures issues de la société civile, comme le Conseil de la vie française en Amérique (1937-2007) et l’Association canadienne d’éducation de langue française (depuis 1947), qui ont continué d’affirmer, contre vents et marées, l’existence d’une nation française continentale dont l’épicentre était le Québec.

En constante reconfiguration

Évitons tout malentendu : le Canada français dans sa forme historique, « groulxiste », n’est plus. Il n’y a nulle nostalgie ici. Cela ne change cependant rien au fait que l’histoire de la francophonie nord-américaine, y compris le Québec, continue d’être traversée d’une tension, elle-même en constante reconfiguration, entre les forces centripètes et centrifuges qui agissent sur son déploiement, sur son action politique et sur la définition de ses représentations collectives.

Que le Québec se (re)découvre, à l’heure actuelle, des affinités électives avec les minorités francophones est donc moins étonnant qu’il n’y paraît à première vue. Peut-être a-t-on compris que la question franco-ontarienne, au fond, engage aussi celle du Québec, car c’est le principe même de la dualité nationale du Canada, comme toujours, qui est en jeu, c’est-à-dire la capacité qu’aura la « nation française d’Amérique », comme l’appelait Fernand Dumont, à s’institutionnaliser autrement qu’à la manière d’une simple province ou d’un archipel de communautés ethnolinguistiques dispersées, fragmentées et errantes. Dans un cas comme dans l’autre, le défi ne consiste-t-il pas à empêcher que leur particularisme « national » ne soit simplement subsumé sous le paradigme du multiculturalisme canadien et que ne soient niées leurs prétentions sociétales ? Peut-être a-t-on aussi compris qu’avec un peu d’imagination, d’empathie et de générosité de part et d’autre, et qu’en écartant les vieux ressentiments comme les vieux fantasmes unitaires, il serait possible de repenser les rapports entre le Québec et les minorités francophones plus explicitement à l’aune du politique et de la fraternité, quel que soit l’avenir constitutionnel du Canada. Cinquante ans après les états généraux du Canada français, le temps serait-il venu d’en convoquer de nouveaux ?

22 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 6 décembre 2018 01 h 14

    On ne peut avoir le beurre, l'argent du beurre et un sourire de la fermière avec cela

    Pourquoi des états généraux sur le fait français au Canada? Ce n’est pas au Québec que vous devez vous adresser, mais bien du Canada anglais auquel vous avez porté allégeance durant les deux derniers référendums. Les « loyalistes francophones » hors Québec et les Québécois sont sur deux trajectoires historiques et politiques différentes. Un aura son pays, l’autre sera tout simplement assimilé.

    Si c’était pour la convergence afin de faire une vraie nation francophone en Amérique du Nord, plusieurs adhéraient à votre projet. Sinon, si ce n’est que pour avoir de l’aide, vous qui avez choisi votre camp il y a longtemps et que maintenant vous comprenez que le Canada ne veut que votre assimilation, il est trop tard. Des états généraux pour relancer le projet d’indépendance du Québec, sinon vos doléances n’intéressent plus personne.

    Ce n’est plus des « cadavres encore chaud » hors Québec, mais on parle bel et bien de corps momifiés. Et parlez du rôle de l’église dans la même phrase que la Révolution tranquille en fait sourciller plusieurs. On le sait bien, 90% des écoles françaises en Ontario sont catholiques et donc confessionnelles. Pardieu, nous sommes bientôt en 2019. Allumez SVP.

    Les francophones hors Québec ne se sont pas ralliés, malgré eux, à la grande réforme constitutionnelle de 1982; ils l’ont fait de plein gré. Ils ont joué le jeu du Canada anglais et des fédéralistes et ils en ont perdu leur langue. Ils n’ont jamais lu le rapport Durham? Il ne parlait pas de la dualité linguistique, mais bien d’assimilation complète.

    Le fait français en Amérique devrait être quelque chose imposé à la majorité francophobe par une minorité qui a compris que les moyens de coercition et de puissance dans un rapport de force passent par l’indépendance du Québec. Ni plus, ni moins. Il faudra choisir un jour si on est Canadien ou bien francophone en premier. On ne peut avoir le beurre, l'argent du beurre et un sourire de la fermière avec cela. Certainement pas de Doug For

    • Cyril Dionne - Abonné 6 décembre 2018 11 h 59

      Addendum

      Au lieu d’avoir toujours des gens qui sont payés pour parler français en Ontario comme nos deux professeurs des tours d’ivoire, cela serait rafraîchissant de voir des entrepreneurs, des chefs d’entreprise, des scientifiques qui ne sont pas des fonctionnaires venir nous parler du fait français en Ontario. Bonne chance pour en trouver. « Pu capable » d’entendre des subventionnés parler en mon nom.

      Cela devient agaçant de se faire conter des histoires comme si l’Ontario vibrait et chantait la francophonie. La plupart du temps, ce sont des Québécois exilés qui viennent nous parler du mirage francophile qui souffle sur la province orangiste. Le président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, Carol Jolin, un Québécois, est un de ceux-là. Bien oui, on parle français à Toronto. Sur quelle planète vivez-vous? Désolé, mais comme Franco-Ontarien de 3e génération qui a parcouru la province dans tous les sens depuis plusieurs années, il n’existe pas votre fait français. Les seuls qui parlent la langue de Vigneault dans le sud de la province sont les subventionnés, les gens payés pour parler français durant les heures de travail puisque leur conjoint.e. et leur enfants sont anglophones.

      Pas mal « tanné » de se faire répondre « Sorry, I don’t speak French » lorsqu’on s’adresse en français même dans les ministères de la province de l’Ontario. Pas mal « tanné » de se faire dire de prendre la ligne la plus longue aux douanes canadiennes parce qu’il y en a un seulement sur 10 qui baratine le français lorsqu’on revient par Toronto ou ailleurs. Pas mal « tanné » de se faire répondre en anglais sur un vol d’Air Canada. Pas mal « tanné » de se faire dire qu’il faut être bilingue (parler anglais) pour devenir une police provinciale de l’Ontario même si 99% de leurs membres sont des unilingues anglophones. Pas mal « tanné » des orangistes, loyalistes et des « rednecks » à la Doug Ford. En fait, pas mal « tanné » de l’Ontario et du ROC comme français d'Amérique.

  • Serge Lamarche - Abonné 6 décembre 2018 03 h 37

    Ne pas séparer

    Ne pas séparer les connexions existantes entre francophones d'abord. Comme si les francophones hors Québec étaient une autre race. Ben non, la plupart ont de la famille au Québec, et ailleurs au Canada, aux États-Unis et partout au monde.

    • Bernard Dupuis - Abonné 6 décembre 2018 17 h 20

      Attention! Vous m'étonnez. Il y a longtemps que l'on ne parle plus au Québec en terme de "race". Car autrement Normand Brathwaite ne serait pas considéré comme Québécois. On parle maintenant en termes de culture et de langue. Voyez-vous pourquoi nous ne voulons plus de cette identité ambiguë de "Canadien français"?

    • Pierre Grandchamp - Abonné 7 décembre 2018 08 h 35

      "De pas séparer les coaiitions existantes"? Tout cela bellement dit après 151 ans d'oppression alors que l'on fête encore la CONfédération le 1er juillet. Au Québec, cela se fête dans l'indifférence quasi générale sauf dans certains coins.

      En 1963, le p.m. Pearson crée la Commission d’enquête sur le bilinguisme et le BICULTURALISME basée sur la notion " D’ÉGALITÉ entre les 2 peuples fondateurs" (sic). De 1966 à 1969, eurent lieu les États généraux du Canada français. En 1971, Trudeau et les siens (nous fabriquons nos propres bourreaux) jettent au panier le BICULTURALISME pour le remplacer par le multiculturalisme : ce faisant, c’en était fait des Canadiens français. La boucle de tout cela : en 1982, les Doug Ford de ce monde appuient Trudeau qui impose UNILATÉRALEMENT la constitution des Doug Ford à la nation québécoise. Aux élections fédérales de 1984, j’ai cru « au retour du Québec dans le giron constitutionnel dans l’honneur et l’enthousiasme », avec Mulroney. Cela mènera à l’Accord du lac Meech (1987), dans lequel le Québec réintégrait la canadian constitution. Trois ans plus, les Doug Ford, encouragés par « nos bourreaux québécois Trudeau et Chrétien », reniaient leur parole et leur signature. Le Québec est toujours orphelin de la canadian constitution et l’égal des TNO et de IPE dans une simple fédération de provinces.

      Si les Canadiens français avaient eu 10% « du guts » des Juifs, ça ferait longtemps que le Canada aurait été une CONfédération entre 2 peuples.Les Doug Ford et "nos propres bourreaux" ont tué le Canadien français et réduit la nation québécoise au rang des TNO pis de IPE.
      "La Confédération ou l'histoire d'un échec"-Fernand Dumont 1992-

    • Pierre Grandchamp - Abonné 7 décembre 2018 11 h 01

      Écoutez: Caroline Mulroney,votre ministre de la Francophonie de l'Ontario, est contre vous. Vous n'êtes pas capables de l'influencer. Remarquez que c'est comme le Québec dans une fédération de provinces et territoires: l'égal des TNO. Aujourd'hui, il y a un conseil de la fédération. pensez-vous qu'on va discuter longtemps de l'affaire des Franco-Ontariens. Quant au Québec, il a le même poids que les TNO.

  • Gérald Côté - Abonné 6 décembre 2018 08 h 03

    Quelle bonne idée!


    Préoccupé par notre histoire et le devenir des francophones d’Amérique, ayant fait mon école primaire à la Rivière des français en Ontario, ayant fait une tournée de l’Ontario français en 1985 et des visites de villes francophones dans l’Ouest comme à White Horse, en 2006 et participé aux manifestations, à Hawkesbury samedi dernier, vous comprendrez à quel point votre article, étoffé et rafraîchissant d’espérance, qui paraît ce matin dans le Devoir est apprécié.
    Merci!
    Gérald Côté
    Salaberry-de-Valleyfield

    • Pierre Grandchamp - Abonné 7 décembre 2018 08 h 45

      Je suis sympathique à la cause des Franco-Ontariens, Mais, quand je consulte les données des recensements, à chaque 5 ans, je me dois de constater un taux d'assimilation galopant. Je regrette: "rafraîchissant d'espérance" ne me rejoint pas. Les Doug Ford ont tué ce qui devait être une CONfédération entre 2 peuples. En 2018, le bilinguisme est une fiction éttrangère au fonctionnement du Canada;hors Québec, taux d'assililation galopant; la nation québécois soumise à une constitution que le Québec n'a jamais signée. "La Confédération ou l'histoire d'un échec"- Fernand Dumont 1992-

      "Selon les analyses du mathématicien Charles Castonguay, le recensement de 2016 montrerait ceci : sur 13,3 millions d’Ontariens, 527 598 ont le français comme langue maternelle (4 %).Mais attention. À peine 309 515 d’entre eux ont encore le français comme langue d’usage à la maison (2,3 %). Cela témoigne d’un taux d’assimilation élevé. Nous sommes donc très loin des 600 000 Franco-Ontariens souvent mentionnés dans les médias québécois."-Josée Legault-

    • Pierre Grandchamp - Abonné 7 décembre 2018 08 h 59

      L'Alberta et la Saskatchewan officiellement unilingues anglaises depuis 1988.En 1987, le député Léo Piquette a été expulsé pour avoir osé parler en français à l'Assemblée législative de l'Alberta.

      L'ex-Franco-Ontarien Marc Labelle écrivait:"Quand on a défendu ses droits de façon purement verbale, et que survient l'échec, on se félicite de s'être battus, mais c'est pour mieux plier l'échine et chanter tous en choeur le O Canada".

      Pour moi, des États généraux du Canada français, cela signifie se rencontrer pour se consoler,entre perdants que nous furent, soit Québécois francophones et Francophones hors Québec: prix de consolation. La Loi du multiculturalisme nous fut fatale tout comme la constitution ILLÉGITIME(dixit Cour suprême) pour le Québec.Les partis fédéralistes PLQ et CAQ sont gênés et incapables de proposer une solution pour dénouer l'impasse constitutionnelle.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 7 décembre 2018 14 h 21

      Roméo Paquette fut leader chez les FHQ dans l'Ouest pendant plusieurs années. Voici ce qu'il écrivait, en 1997, dans la revue Franc-Contact: "Cet enjeu, c'est un gouvernement fédéral dominé par des Québecois,au tournant des années '70, qui l'a définitivement enterré. Obnibulés par des préjugés anti- nationalistes, ils ont condamné la notion de peuples fondateurs, inventé le multiculturalisme et le bilinguisme, comme si un pays pouvait se morceler en enclaves culturelles et véhiculer 2 langues
      sans en préciser les bases communautaires"..

      151 ans plus tard, les "pauvres" Anglo-Québécois ont 3 universités, un réseau hospitalier, des CÉGEPS, des écoles, des médias;pis là, il faudrait organiser des états généraux du Canada français....pour se consoler. A-ton vu beaucoup de Canadiens anglais de l'Ontario appuyer les Franco-Ontariens?

  • Claude Bariteau - Abonné 6 décembre 2018 09 h 15

    Votre texte propose un remake pour refonder une démarche mythique sans fondement. M. Dionne a raison de la critiquer et de vous rappeler qu'elle ne tient même pas sur un fil dans le Canada de 1982 et, à mes yeux, ne tenait pas la route dans le Dominion of Canada de 1867, sauf pour un clergé catholique et des élites politiques qui se pétaient les bretelles en s'affichant maître en patinage de reculons.

    Ce Dominion, prôné par Georges Brown de la section ouest du Canada-Uni et ami du Gouverneur général de l'époque, visait à créer une nouvelle entité coloniale au nord des États-Unis pour protéger les intérêts des dirigeants londoniens de l'Empire de la Grande-Bretagne et les habitants de la secion ouest, mais aussi pour contrer l'influence du clergé catholique sur cette section en matière d'enseignement.

    Cherchant à préserver leur emprise sur les âmes catholiques en Amérique du Nord, ce clergé et autres dévots inventèrent le mythe d’une nation francophone en Amérique en excluant d’emblée les Franco-Américains que Cartier cosidérait de la canaille, mais dont les descendants étaient estimés à 13 millions dans les recensements américains vers 1990.

    Ces dévots ont créé ce mythe après avoir politiquement supporté le projet de Dominion et tout fait pour que les habitants de la section-est du Canada-Uni s’y conforment. Font aujourd’hui de même leurs copies au Québec et ailleurs au Canada pour en vivre et rayonner avec des sauts arrières sur la glace canadienne où ils lançant des cris de rassemblement et recourent à Fernand Dumont alors que ce sociologue a souligné le déni politique ayant conduit à concevoir une nation imaginaire.

    Une telle nation s'apparente aux nations construites sur des assises historiques, comportementales, linguistiques et autres plutôt que sur l’institution d’un État souverain et indépendant fondée sur bases citoyennes, que Marcel Mauss a défini le fondement des nations politiques peu après la Première Guerre mondiale.

  • Bernard Dupuis - Abonné 6 décembre 2018 11 h 51

    Des états généraux pour quoi faire exactement?

    Il y a longtemps que je n’ai pas lu un texte aussi nuancé de la part de Canadiens français ontariens. Toutefois, quelques problèmes subsistent. Par exemple, cette affirmation relative au ralliement présumé forcé des minorités francophones à la constitution de 1982. Déterminer le retrait de l’Église comme principal facteur de la rupture entre les minorités francophones hors Québec et le Québec apparaît bien superficiel. Le troisième problème est relatif à la reconnaissance d’un État français sans quoi la francophonie elle-même ne survivrait pas.

    Je ne me souviens pas d’avoir vu et entendu un seul francophone hors Québec s’opposer au rapatriement de la constitution de 1982 et à la constitution dans sa forme actuelle avec une Charte des droits qui s’est appliquée à protéger les privilèges de la minorité anglophone du Québec. Jean Chrétien avait bien préparé le terrain en faisant croire à ces francophones que la Chartre allait les protéger eux aussi. Or la plupart des causes de la minorité francophone hors Québec ( sauf dans le cas de l'hôpital Montfort ) et de la minorité québécoise dans le Canada furent perdues en Cours Suprême.

    En ce qui concerne la « rupture » entre la Nation québécoise et les Canadiens français, celle-ci fut opérée bien avant la perte d’influence de l’Église dans les années 60. Les Canadiens français ontariens reprochaient depuis longtemps aux Québécois de ne pas parler anglais. C’est pour cette raison, disaient-ils, que vous restez dans la pauvreté. C’est l’Église catholique irlandaise ontarienne qui appuyait l’infâme règlement 17. Certains évêques du Québec n’auraient pas détesté que le règlement s’applique au Québec comme ce fut le cas d’ailleurs dans le compté de Pontiac. Il fallut une bataille héroïque menée par l’abbé Groulx, ses collaborateurs et le bas clergé du Québec pour empêcher cette anglicisation des Canadiens français. Par la suite, Groulx lança son fameux slogan : « Notre État français, nous l’aurons ».

    Toutefois, je pense

    • Bernard Dupuis - Abonné 6 décembre 2018 11 h 54

      Des états généraux pourquoi faire exactement? (fin)

      Toutefois, je pense que vous avez raison de rappeler que les militants nationalistes du Québec « ... n'ont pas cessé de réfléchir à la condition culturelle et politique des minorités francophones ». Toutefois, il ne faudrait pas instrumentaliser ces nouveaux états généraux du Canada français pour enterrer la notion d’un État français et remplacer l’identité québécoise par une néo-identité Canadienne française prête à passer à l’anglais à la première occasion. Des Valérie Plante, on n'en veut plus.

      Bernard Dupuis, 06/11/2018

    • Cyril Dionne - Abonné 6 décembre 2018 12 h 55

      M. Dupuis. Vous avez raison de dire qu’il n’y a pas un francophone hors Québec qui s’est opposé au rapatriement de la constitution de 1982. Bien au contraire, ils étaient et sont les ardents défenseurs de cette constitution à saveur multiculturaliste. Et je lis cette lettre de la même façon que vous parce qu’indirectement, elle présuppose la fin d’un État français afin de remplacer l’identité québécoise par une néo-identité Canadienne française. C’est inconcevable et inacceptable. Cela va prendre beaucoup de Valérie Plante pour nous faire avaler ces couleuvres d’assimilation.

      Une petite anecdote si vous me le permettez M. Dupuis. Je me rappelle il y a quelques années de cela, Yvon Deschamps était venu dans mon coin de pays en Ontario pour donner un spectacle d’humour au centre culturel francophone. Tout le monde l’avait trouvé très drôle et il avait été grandement apprécié. Le seul hic, on disait de lui qu’il était un séparatiste, un indépendantiste qui voulait se séparer de leur beau Canada et des Rocheuses. Or pour eux, c’était comme un crime de lèse majesté parce qu’ils ne pouvaient pas concevoir leur Canada sans le Québec.

      L’influence catholique est encore rampante dans ce coin de pays et l’Église a toujours été contre un Québec indépendant. La plupart des écoles françaises en Ontario sont catholiques. Et seulement les écoles catholiques sont subventionnées. Personne ne perçoit la dichotomie entre des écoles confessionnelles subventionnées à 100% par les contribuables et leur constitution chérie qui dicte que tous sont égaux et ont les mêmes droits. Franchement.

      En fait, ils se considèrent des Canadiens avant d’être des français d’Amérique. Ils ne comprennent pas la contradiction Canadien français. Ils ont tous travaillé pour le NON en 1995 lors du dernier référendum. Maintenant, ils récoltent ce qu’ils ont semé et ils appellent à l’aide pour que leur grand frère du Québec vienne les aider pour les délivrer du gros méchant "Doug Ford". Faut le faire.

    • Serge Lamarche - Abonné 6 décembre 2018 14 h 41

      La plupart des poursuites sont gagnées par les francophones hors-Québec. L'Alberta est maintenant obligée de créer des écoles francophones. La C.-B. va aussi le faire.

    • Cyril Dionne - Abonné 6 décembre 2018 16 h 28

      Cher M. Lamarche,

      Et dans quelle langue les élèves de ces écoles vont-ils travailler plus tard? Poser la question c'est y répondre. Ils seront assimilés aussi vite que les autres francophones hors Québec. Bonsoir la "francophony of Canada". Le combat est terminé hors Québec.

    • Bernard Dupuis - Abonné 6 décembre 2018 17 h 01

      À SL.
      Toutefois, les droits scolaires s'appliquent seulement là où le nombre le justifie. Cette exigence ne s'applique pas à la minorité anglophone au Québec.

      Partout au Québec, un anglophone a le doit d'avoir un procès dans sa langue. Ce qui n'est pas le cas pour les francophones hors Québec. Le dernier jugement de la Cour suprême s'appliquait aux droits des francophones en Colombie-Britannique. La Cour affirmait qu'aucune loi au Canada ne donnait le droit à un Franco-Colombien d'utiliser la langue française en cour.

    • Serge Lamarche - Abonné 7 décembre 2018 03 h 44

      Ben là Cyril Dionne, vous êtes de mauvaise foi. Quelle connerie allez-vous dire ensuite? Poser la question est y répondre.
      Et Bernard Dupuis, j'ai eu un procès en français en Colombie-Britannique. Le juge était le plus pourri que j'aie vu. Mon avocat était nul.
      Le nombre le justifie est vague. Cinq élèves justifient une classe francophone. CQFD.

    • Bernard Dupuis - Abonné 7 décembre 2018 10 h 51

      À S.L.

      Je suppose que vous voulez dire qu'un procès en anglais aurait été bien meilleur? Il faudrait bien préciser cela. De toute façon, un procès en français en Colombie-Britannique est inconstitutionnel selon le dernier jugement de la Cour Suprême. Votre témoignage est bien difficile à croire.

      Si pour vous cinq élèves justifient une classe francophone, je veux bien. Mais, ce n'est pas le cas des provinces anglophones pas plus que des cours. Par exemple, rappelez-vous l'histoire de l'école de la résistance au début des années quatre-vingts à Penetangishene en Ontario.

      Évitez de traiter ceux qui ne sont pas d'accord avec vous de "mauvaise foi". J'espère que vous ne vous obstinerez pas là-dessus.