Discours inaugural de François Legault: gouverner avec «audace»

Le premier ministre François Legault livre son discours d’ouverture de la 42e législature devant l’Assemblée nationale.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre François Legault livre son discours d’ouverture de la 42e législature devant l’Assemblée nationale.

Nous reproduisons des extraits du discours inaugural prononcé mercredi à l’Assemblée nationale.

[…] Monsieur le Président, en remportant les élections le 1er octobre dernier, la CAQ a marqué l’histoire en mettant fin à cinquante ans d’alternance entre les gouvernements du Parti libéral et du Parti québécois. Cette époque d’affrontements entre souverainistes et fédéralistes a marqué toute une génération. Le nouveau gouvernement prône un nationalisme rassembleur, dont l’objectif est d’assurer le développement économique de la nation québécoise à l’intérieur du Canada, tout en défendant avec fierté son autonomie, sa langue, ses valeurs et sa culture.

[…]

L’éducation d’abord

La première grande priorité que je veux aborder, c’est l’éducation. Pour la première fois depuis les années 1960, l’avenir de nos enfants va être la première priorité du gouvernement, et notre grande ambition, ça va être de donner à chacun de nos enfants les moyens d’aller au bout de son potentiel. Je suis convaincu que, tous partis confondus, on peut partager cette noble ambition. Évidemment, on va avoir des débats sur les moyens à prendre. Mais je nous invite à ne pas perdre de vue l’objectif. L’éducation, c’est l’avenir de la nation québécoise. C‘est par l’éducation que le Québec a fait son rattrapage, dans les années 1960. C’est encore par l’éducation qu’on va réussir à relever les défis qui nous attendent. […]

Je veux réitérer cet engagement, qui est aussi celui du ministre des Finances et du président du Conseil du trésor : le financement de l’éducation va être en augmentation pour l’ensemble de cette législature. Même si le Québec devait affronter un ralentissement économique, le financement de l’éducation va être protégé. L’avenir de nos enfants, l’avenir du Québec, va être protégé.

Maternelles et CPE

Pour ce qui est des services à la petite enfance, il y a un débat. Certains nous demandent de choisir entre les CPE et les prématernelles 4 ans. C’est un faux débat. Le gouvernement n’a aucunement l’intention de démanteler ou d’affaiblir le réseau des CPE. Présentement, il y a seulement une petite portion des enfants de 4 ans qui ont la possibilité de fréquenter un CPE. La prématernelle 4 ans qu’on propose, ça va offrir un service à des milliers d’enfants qui n’en ont pas du tout actuellement. Il n’y a donc pas d’opposition entre les CPE et les prématernelles 4 ans. Au contraire : ce sont deux réseaux complémentaires.

Par ailleurs, pour les enseignants qui sont aux prises avec un nombre important d’élèves en difficulté, ça va être un soulagement. Plus on va s’occuper tôt des enfants qui ont des difficultés d’apprentissage, plus les progrès vont se faire sentir rapidement. Pour les parents aussi, ça va être un soulagement.

[…]

L’économie ensuite

Notre deuxième priorité va être l’économie, l’économie au sens large. […] Augmenter notre niveau de richesse, ça va nous permettre de nous offrir de meilleurs services publics dans tous les domaines. En éducation, en santé, en environnement, dans les infrastructures de transports, en culture. Et augmenter notre niveau de richesse, ça va aussi nous permettre de réduire le fardeau fiscal qui est beaucoup trop lourd actuellement. Là aussi, il faut avoir de l’audace. […]

On va remettre de l’argent dans les poches des familles de la classe moyenne avec de jeunes enfants, qui ont subi un choc fiscal avec l’augmentation subite, non annoncée, des tarifs de garde. Certains parents ont payé des milliers de dollars de plus. Pourtant, ces familles paient déjà une part importante de l’impôt sur le revenu, ce qui permet de financer les services de garde subventionnés. D’exiger une contribution supplémentaire, c’est injuste, c’est injustifié. On ne doit pas réduire la dette de l’État en endettant les familles. Le nouveau gouvernement va changer ça, en abolissant cette contribution injuste et en ramenant le tarif unique des garderies subventionnées pour toutes les familles. […]

Seuils d’immigration

[À propos de la pénurie de main-d’oeuvre], on entend des voix, et je les entendais justement il y a quelques secondes, pour qui la seule solution est l’immigration, sans égard à nos capacités d’intégration. Si la politique actuelle était viable, comme dirait l’autre, on le saurait ! Mais cette politique n’a pas empêché justement la pénurie de main-d’oeuvre, en particulier dans nos régions. Donc, l’immigration fait partie de la solution, mais il va falloir changer de cap.

Le premier changement consiste à mieux arrimer les critères de sélection des immigrants aux besoins des entreprises. Le ministre de l’Immigration et le ministre de l’Emploi travaillent déjà à cet arrimage. La priorité sera aussi donnée aux candidats à l’immigration qui ont déjà un lien d’emploi avec une entreprise québécoise. Et la priorité va être encore plus grande pour un emploi en région. On va aussi mettre en place un parcours accéléré pour ceux qui désirent passer du statut de travailleur étranger à celui d’immigrant.

Ce sont des gestes concrets qui vont nous permettre de combler rapidement des besoins. Pour y arriver, on va devoir compter sur la collaboration du gouvernement fédéral pour accélérer la venue de travailleurs étrangers. […]

Urgence climatique

Le Québec doit donc relever un grand défi économique : rejoindre le niveau de richesse de ses voisins. Mais on doit, au même moment, relever un autre défi : la survie de notre planète est en jeu. Et je ne peux pas ignorer ce défi de l’urgence climatique et continuer de regarder mes deux fils dans les yeux.

L’audace, dans ce domaine, consiste à regarder la réalité en face et à nous retrousser les manches, malgré l’ampleur colossale du défi qu’on a devant nous. Malheureusement, lorsqu’on parle d’émissions de gaz à effet de serre, le Québec nage en pleine noirceur. Le dernier inventaire des émissions de gaz à effet de serre du Québec date de 2015. […]

Donc, on a besoin, pour commencer, de connaître précisément le bilan récent du Québec. Où on en est aujourd’hui concernant la réduction des GES ? J’ai mandaté une équipe pour préparer ce bilan le plus rapidement possible. […] Mais on ne peut pas attendre et le gouvernement va entreprendre des actions pour réduire les GES au Québec.

D’abord, on va continuer d’utiliser le marché du carbone avec la Californie.

On va aussi investir de façon importante dans les transports collectifs et, surtout, on va s’assurer que les projets se réalisent. […]

Nous devons aussi accélérer l’électrification des transports : trains, autobus, camions, autos. […] Maintenant, si on est sérieux, dans notre volonté de lutter contre les changements climatiques, il faut éviter les discours idéologiques voulant que tous les projets de développement soient néfastes. J’ai un exemple en tête : le troisième lien.

Le nouveau gouvernement prône un nationalisme rassembleur, dont l’objectif est d’assurer le développement économique de la nation québécoise à l’intérieur du Canada, tout en défendant avec fierté son autonomie, sa langue, ses valeurs et sa culture

Vous avez raison : il y a un projet structurant de transport collectif à Québec : le tramway. Ce projet est emballant, et on l’appuie, mais il manque un morceau. Il manque une connexion avec la Rive-Sud. Cette connexion, ce troisième lien, devait être construite il y a des décennies de cela. On propose de corriger cette erreur et d’en profiter pour interconnecter les deux rives avec le transport collectif. Malheureusement, certains ont décidé d’en faire un symbole idéologique, anti-environnement. […] On peut faire du troisième lien un épouvantail ou un repoussoir, ou en faire un projet de développement durable, permettant de construire un véritable système de transport structurant pour les deux rives en même temps qu’on embellit le paysage, et c’est ça, l’intention du gouvernement.

La première ligne en santé

Parmi nos trois grandes priorités figure évidemment la santé. Dans ce domaine, notre objectif est de permettre aux Québécois de voir rapidement un médecin, une infirmière ou un pharmacien quand ils sont malades. Ça devrait aller de soi, mais ce n’est pas le cas. […] Le gouvernement va d’abord s’atteler à renforcer la première ligne. On doit inciter les médecins de famille à prendre en charge leurs patients et à déléguer plus d’actes médicaux aux autres professionnels de la santé, au sein des groupes de médecine familiale, les GMF.

Le gouvernement va négocier un nouveau mode de rémunération avec les médecins de famille. Moins de paiements à l’acte et plus de rémunération pour la prise en charge des patients. […] Parmi les questions de santé publique qui nous préoccupent, il y a aussi la légalisation du cannabis. Le gouvernement a décidé d’adopter, dans ce dossier, une approche de santé publique, une approche qui vise avant tout à protéger les jeunes. Le ministre délégué à la Santé publique est en train de préparer un projet de loi qui va ramener à 21 ans l’âge légal et qui va interdire de fumer du cannabis dans les lieux publics.

Port des signes religieux

Plusieurs autres enjeux accaparent aussi l’attention du gouvernement. D’abord, la laïcité de l’État et les signes religieux. Cette question traîne depuis plus de dix ans, maintenant. Les Québécois en ont assez. Ils veulent qu’on règle cette question, et notre engagement est très clair depuis longtemps. Le port de signes religieux va être interdit pour les employés de l’État en position d’autorité, y compris les enseignants de niveau primaire et du secondaire. Il s’agit d’une position raisonnable. On va être fermes et on va bouger rapidement.

En matière d’immigration, j’aimerais préciser une chose, d’entrée de jeu. À ma connaissance, tous les élus de l’Assemblée nationale sont en faveur de l’immigration. Les Québécois sont ouverts et accueillants. On doit débattre d’immigration calmement et sereinement, en évitant les accusations délirantes qu’on a entendues trop souvent dans les dernières années. On doit éviter de regarder de haut, avec mépris, les inquiétudes légitimes de la population québécoise. Le gouvernement a pris l’engagement de mieux intégrer les immigrants qu’on a résumé par la formule suivante : en prendre moins, mais en prendre soin.

L’objectif est clair : on veut réduire les seuils d’immigration pour avoir les moyens de mieux intégrer les immigrants au marché du travail, à la majorité francophone et au partage de nos valeurs communes, en particulier l’égalité hommes-femmes. […]

Dans les prochaines années, on va certainement avoir des débats animés, parfois très vifs. Mais n’oublions pas une chose : ce que nous partageons est plus important que ce qui nous divise. Nous représentons les Québécois et nous travaillons tous pour eux. Je le redis aux Québécois : nous formons votre gouvernement.

Nous avons une adversaire redoutable : la peur. La peur de ne pas être capable. La peur de nous tromper. La peur du changement. Ce sentiment est humain, très humain. Mais on doit le vaincre en y opposant la fierté et l’audace. Oui, fierté et audace… C’est ça qui va guider votre gouvernement ! Merci.

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4 commentaires
  • Marguerite Paradis - Inscrite 29 novembre 2018 06 h 14

    SE FAIRE RESPECTER PAR LE CANADA...

    ... ça fait longtemps que ce respect n'existe plus. Ce serait un début intéressant équipe Legault.

  • Jean Lapointe - Abonné 29 novembre 2018 07 h 06

    François Legault nous a fait des confidences sans le vouloir.

    «Nous avons une adversaire redoutable : la peur. La peur de ne pas être capable. La peur de nous tromper. La peur du changement. Ce sentiment est humain, très humain.» (François Legault)

    Et c'est vraiment ce qui caractérise François Legault lui-même. Alors qu' il pensait nous faire croire que lui n'avait pas peur c'est tout le contraire qu' il nous dit. Il nous a révélé ce qu'il ressent lui-même c'est-à-dire la peur.

    S'il n'avait vraiment pas peur il aurait annoncé des propositions audacieuses mais ce n'est évidemment pas le cas. Je pense qu'il essaye de se convaincre qu'il peut la surmonter cette peur mais il n'y arrive vraiment pas.

    Ce n'est pas très prometteur pour les années à venir.

  • Yvon Bureau - Abonné 29 novembre 2018 13 h 43

    Pour une demande audacieuse

    Le Gouvernement, idéalement avec l'appui des partis d'opposition, invite énergiquement le Gouvernement fédéral à demander immédiatement à la Cour suprême du Canada son avis sur la Loi C-14/Aide médicale à mourir.

    Pour ENFIN une clarté juridique optimale afin de mieux prendre soin des personnes en fin de vie ou rendues à la fin de leur vie/proches et mieux prendre soin des soignants. Ils en ont tous tant besoin.

    Voilà une audace pleine de compassion et de solidarité avec les 175 personnes québécoises qui terminent leur vie à chaque jour. Si chaque décès touche environ 30 proches, et une quinzaine de soignants et ... Faites le calcul !

    Compassion, ô compassion, que d'audace le Gouvernement fera en ton nom!

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 30 novembre 2018 14 h 25

    Bref !

    « Le nouveau gouvernement prône un nationalisme rassembleur, dont l’objectif est d’assurer le développement économique de la nation québécoise à l’intérieur du Canada, tout en défendant avec fierté son autonomie, sa langue, ses valeurs et sa culture. » (François Legault, Pm, CAQ)

    De ce « nationalisme rassembleur », avec ou sans la « peur » de la nouvelle Gouvernance, il est à souhaiter qu’il porte des fruits moins à l’intérieur du Canada (ce pays si loin et si proche de nulle part !) qu’à la Maison bleue du Peuple !

    De plus, on-dirait que ce genre de nationalisme, rappelant celui du temps de Duplessis, risque de diviser ou d’entraîner le Québec vers son assimilation ou vers une guéguerre sociale ou civile tant et si bien qu’il ne repose pas sur un fond patriotique mais sur une idéologie pro-caquiste et multuculturelle endiablée !

    Bref ! - 30 nov 2018 -