Pertes d’emploi: comment le gouvernement peut intervenir efficacement

La délocalisation de Sico entraînera une perte de 150 emplois, rappelle l'auteur.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La délocalisation de Sico entraînera une perte de 150 emplois, rappelle l'auteur.

Malgré les chiffres reluisants sur l’emploi, plusieurs mauvaises nouvelles sont venues assombrir ce tableau au cours des dernières semaines : 2500 pertes d’emploi chez Bombardier, 200 personnes touchées par la fermeture de neuf magasins Rona dont seulement 60 perdraient leur emploi et délocalisation de Sico qui entraînera une perte de 150 emplois.

Lorsque ces nouvelles sont annoncées par les médias, beaucoup de citoyens reprochent souvent aux dirigeants de ces entreprises de mettre des pères et des mères de famille à la porte de façon un peu cavalière et croient par la même occasion qu’une intervention de l’État québécois permettrait d’éviter ces « abus ».

Qu’en est-il en réalité et que peut faire concrètement le gouvernement Legault ?

Commençons par régler la question des subventions aux entreprises. Les programmes gouvernementaux sont là pour de bon, car plusieurs facteurs plaident pour leur maintien : la compétition des autres juridictions, la capacité de prise de risque du gouvernement par rapport à d’autres bailleurs de fonds, la structure de notre économie composée essentiellement de PME à fort potentiel de croissance, etc.

À mon avis, il y a simplement lieu de réviser périodiquement ces programmes afin de s’assurer qu’ils répondent toujours aux objectifs préalablement établis. La Commission de révision permanente des programmes, dont les travaux se sont échelonnés du 11 juin 2014 au 31 août 2015, visait justement cet objectif. Toutefois, il est difficile de savoir à ce jour quel est le résultat tangible de cet exercice. Combien de programmes ont été révisés ? Combien d’économies ont été générées et réinjectées dans quels autres programmes ?

Revenons sur la question de l’intervention de l’État en cas de suppression d’emplois. Le gouvernement dit qu’il ira de l’avant avec sa promesse faite en campagne électorale de revoir le mandat d’Investissement Québec (IQ) en ce qui a trait notamment au maintien de sièges sociaux au Québec. L’équation semble simple : si on garde les sièges sociaux au Québec, il sera plus difficile de supprimer des postes comme le font les entreprises sous contrôle d’intérêts étrangers. Est-ce exact ? Pas nécessairement, et Bombardier en est un bon exemple !

Disons que ce changement chez IQ constitue certainement une condition nécessaire, mais non suffisante, pour limiter les pertes d’emploi. Donc, modifier le mandat d’Investissement Québec serait souhaitable, mais le gouvernement devra aller plus loin pour obtenir les effets escomptés.

D’une part, les aides gouvernementales devraient respecter minimalement deux conditions : des critères spécifiques d’admissibilité et des garanties crédibles exigées de ceux qui les obtiennent. En cas de non-respect des engagements par l’entreprise, le gouvernement aurait les moyens de récupérer facilement son investissement.

D’autre part, l’expertise des conseillers en développement économique qui se retrouvent dans les 17 régions du Québec devrait être mise à contribution pour intervenir en amont des fermetures et autres délocalisations. En ayant chacun un portefeuille d’entreprises à suivre, ceux-ci seraient à même de déceler d’éventuelles difficultés et d’intervenir avant que la situation ne s’aggrave. Cette intervention pourrait d’ailleurs se faire avec IQ, mais aussi avec d’autres bailleurs de fonds privés. L’objectif est d’avoir une liste confidentielle et à jour d’entreprises à risque de fermeture ou de délocalisation.

Finalement, le maintien des sièges sociaux n’aura l’effet qu’on souhaite que si des mesures complémentaires touchant la main-d’oeuvre et la productivité sont aussi adoptées. Bref, il faut investir massivement dans la formation et l’automatisation. C’est de cette façon que nos entreprises feront face à la pression du marché, qu’elles soient locales ou des filiales de multinationales.

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