Bernard Landry et l’économie québécoise

Landry a beaucoup contribué à donner confiance aux Québécois dans le potentiel de leur économie et à leur insuffler une fierté et une assurance qui leur manquaient en tant que peuple.
Photo: René Mathieu Archives Le Devoir Landry a beaucoup contribué à donner confiance aux Québécois dans le potentiel de leur économie et à leur insuffler une fierté et une assurance qui leur manquaient en tant que peuple.

De 1978 à 1982, j’ai fait partie de la poignée de fonctionnaires constituant le Secrétariat au développement économique qui tenait lieu de ministère pour le ministre d’État au Développement économique dont Bernard Landry était le premier titulaire. C’est durant ces années que furent publiés sous sa signature Bâtir le Québec et Le Virage technologique, deux ouvrages de planification économique faisant au total plus de 750 pages. Deux décennies plus tard, au ministère de l’Industrie et du Commerce, j’ai travaillé à l’examen des possibilités de développement de filières industrielles, à la suite d’une demande expresse qu’il avait formulé aux autorités du ministère.

Bernard Landry était une rare exception à une époque où les politiciens du monde entier s’étaient largement ralliés à la doxa néo libérale à l’effet que l’État n’avait rien à faire dans le développement économique. Pour lui, il ne faisait aucun doute que l’État pouvait et devait orienter le développement économique. Bâtir le Québec et Le Virage technologique témoignaient déjà de son intérêt pour la planification ambitieuse. Plus tard, au ministère des Finances, il produisit des discours sur le budget qui avaient la saveur d’énoncés de politique économique portant successivement sur la nouvelle économie, le développement des régions et le développement technologique. Dans ces budgets, il fit un usage très extensif des crédits d’impôts ou des déductions fiscales destinés à inciter les entreprises à investir dans tel secteur ou dans telle région, ou à créer des emplois, ou à faire de la recherche-développement.

Son bilan en matière économique est fait de succès et d’échecs, mais on ne peut pas reprocher à Landry de ne pas avoir tout essayé. Il a été nettement plus imaginatif que la vaste cohorte des politiciens québécois qui n’ont souvent de politique économique que la baisse des impôts et le harnachement des rivières.

Landry n’a cependant pas réussi à faire reconnaître la compétence du Parti Québécois en matière économique. Beaucoup moins interventionniste, le Parti libéral de Robert Bourassa, de Jean Charest et de Philippe Couillard est toujours apparu aux yeux d’une bonne partie de l’électorat comme plus compétent que le Parti Québécois de Jacques Parizeau et de Bernard Landry pour assurer la prospérité du Québec.

Malgré cet échec, je crois que par ses réalisations et par son verbe passionné, Landry a beaucoup contribué à donner confiance aux Québécois dans le potentiel de leur économie et à leur insuffler une fierté et une assurance qui leur manquaient en tant que peuple.

Ses interventions parvenaient toujours à me convaincre que les Québécois avaient du talent et qu’ils faisaient des choses remarquables malgré les handicaps de la langue et de la géographie. Cela faisait du bien d’entendre un personnage public qui ne tombait pas dans la facilité habituelle de déplorer, à partir d’indicateurs bien choisis, que l’économie québécoise soit le cancre de l’Amérique du Nord. J'aimais aussi qu'il se démarque de bon nombre de ses opposants politiques en s'adressant à l'intelligence des citoyens plutôt qu'à leurs peurs et à leur intérêt matériel. C’est de cet appel vers le haut que je suis le plus reconnaissant à Bernard Landry et c'est ce pour quoi je le regretterai le plus.

7 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 27 novembre 2018 00 h 58

    La compétence du PQ en matière economique

    Lorsque le Québec était dirigé par Bernard Landry, le budget de l’État était équilibré, la balance commerciale du Québec était excédentaire et le Québec était au 4e rang canadien quant au revenu disponible par personne.

    Après que Jean Charest ait brisé l’equilibre budgétaire, le budget de l’État n’est redevenu équilibré que tout récemment. Malheureusement, la balance commerciale du Québec est devenue déficitaire et s’est creusée de manière dramatique après seize ans de laisser-faire économique sous Charest et Couillard.

    Pensez que sous Charest, la stratégie industrielle du Québec, c'était le Plan Nord, soit le plus vaste projet de gaspillage des fonds publics (60 milliards$) de l’histoire du Québec. Heureusement, ce fut un flop.

    Et nous sommes tombés au 10e rang quant au revenu disponible par personne.

    Voilà notre punition pour avoir eu la stupidité de voter pour des gens qui ne méritaient pas notre confiance.

    Le Parti libéral a même réussi à faire croire que ce n’est pas Jean Charest qui a ouvert Anticosti à la prospection pétrolière; c’était Mme Marois. Un mensonge qu’on répète ici même dans ces pages.

    • Gilles Bousquet - Abonné 28 novembre 2018 06 h 58

      M. Landry a montréa ainsi, que le Québec peut prospérer DANS LECANADA, ce qui a conforté les Qubécois DANS LE CANADA. Visa le noir, tua le blanc ou obtenir le contraire de son désir.

  • Raynald Rouette - Abonné 27 novembre 2018 11 h 53

    L’économie du Québec est en lambeaux


    Dans un 1er temps, la perte de Jacques Parizeau, aujourd’hui Bernard Landry, nous permet de voir et d’évaluer toute l’importance que ces deux hommes ont eu pour le Quebec.

    Par deux fois, les Québécois ont refusé la social-démocratie du PQ.

    Personne ne veut l’admettre, nous sommes en très mauvaise posture financière.

    Les revenus de l’état ne son plus là pour répondre aux besoins de la population. Sans compter la dette étouffante qui paralyse le gouvernement qui est plus que limité dans ses actions.

    Y’a pas à se tromper, après le référendum de 1995, Jean Charest a été envoyé en mission au Quebec. Il est permis de penser et dire « mission accomplie » pour sa part. Le Québec Inc n’est plus l’ombre de lui-même.

    Aujourd’hui, les Québécois doivent assumer leurs responsabilités pour les choix politiques qu’ils ont fait depuis 1995 et vivre avec les conséquences.

  • Bernard Terreault - Abonné 27 novembre 2018 13 h 04

    Pourquoi...

    ... l'avons-nous ''dompé'' en 2003 ?? (L'anglicisme est justifié du fait que c'est Charest, frais arrivé d'Ottawa, qui l'a fait ; si c'eût été Claude Ryan, j'aurais écrit ''évincé'' et dans le cas de Couillard, ''charcuté'').

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 27 novembre 2018 21 h 30

      On l’a ‘dompé’ parce que le reporter mandaté pour couvrir la campagne péquiste était un pit-bull dont le mandat secret était de faire déraper sa campagne électorale. Ce pit-bull est un ‘journaliste’ dont on n’avait jamais entendu parler et qui est disparu dans la brune après avoir fait sa sale job.

      Tout cela est parfaitement illustré par le film ‘À hauteur d’homme’ de Jean-Claude Labrecque.

  • Noel Pellerin - Abonné 27 novembre 2018 20 h 56

    Monsieur Landry

    Bernard Landry mérite autant pour moi le titre de Monsieur que Jacques Parizeau. Lorsque j’ai commencé à occuper mon poste d’économiste-conseil au ministère du conseil exécutif en 1999, monsieur Landry était le ministre de loin le plus influent du gouvernement de Lucien Bouchard. Comme on sait, il occupa ensuite le poste de premier ministre entre 2001 et 2003. Ces années furent pour moi les plus intéressantes et valorisantes. Cela bougeait, tant en matière économique que sociale ou même environnementale. Mais, bien franchement, je trouvais monsieur Landry trop interventionniste en matière économique. Question de formation. Avec le recul, et considérant l’affligeant portrait des dirigeants politiques subséquents et surtout actuels, je partage dans une large mesure l’opinion de monsieur Cloutier. Respect et regret pour monsieur Landry.

  • Gilles Bousquet - Abonné 28 novembre 2018 07 h 00

    Tous les bons coups du PQ

    De Lévesque à Marois ont servi la fédération canadienne en confortant les Québécois DANS LE CANADA. La gouvernance provinciale du PQ est contre-productive pour le QUÉBEC UN PAYS,, Parizeau l'avait bien compris en 1 994.