Santé et services sociaux: se redonner une vision

«Les établissements doivent maintenant se rapprocher de leur communauté et associer plus étroitement les citoyens et citoyennes à l’organisation des services», estime l'auteure.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Les établissements doivent maintenant se rapprocher de leur communauté et associer plus étroitement les citoyens et citoyennes à l’organisation des services», estime l'auteure.

D’abord, s’occuper des personnes. S’occuper des personnes, c’est d’abord s’occuper des patients. Le nouveau gouvernement a la responsabilité énorme de réussir à garantir l’accès aux services dans des temps raisonnables, que ce soit pour un médecin de famille, un rendez-vous avec un spécialiste, la visite aux urgences, le diagnostic d’un enfant autiste, l’obtention de services professionnels psychosociaux, etc.

S’occuper des personnes, c’est aussi s’occuper des professionnels, des gestionnaires, de tout le personnel du milieu de la santé. Le réseau a vécu des changements drastiques depuis plus de quatre ans. Le taux d’absentéisme dans le réseau est très élevé et témoigne d’une perte de sens, d’une démotivation. Il est grand temps qu’on se préoccupe de la mobilisation du personnel.

La gouverne du réseau doit changer radicalement. Le fameux mode de gestion top down doit cesser. Cette période a été marquée par les normes et l’approbation de tout par le ministère. Le rôle du ministère est pourtant d’orienter, de planifier, d’évaluer et de contrôler, mais la gestion doit être laissée aux établissements qui donnent les services.

Les établissements doivent maintenant se rapprocher de leur communauté et associer plus étroitement les citoyens et citoyennes à l’organisation des services. Une démocratisation de la santé s’impose. C’est à cette condition qu’il sera possible d’introduire des innovations, de réaliser et de tester de nouveaux projets, de nouvelles approches modernes.

Préparer l’avenir

Pour réussir à bien s’occuper des personnes, il faut se redonner une vision et préparer l’avenir. Il faut redéfinir une vision basée sur les services et non sur les structures. Faute d’une telle vision, on intervient à la pièce, problème par problème. Il y a un vaste chantier à mettre en place pour évaluer où nous en sommes quant à l’accès, à l’intégration des services, à la continuité et à la fluidité.

Ce chantier doit se pencher sur les besoins futurs des Québécois en matière de santé d’ici 10 ans. La réalité des besoins évolue avec le vieillissement et de nouveaux problèmes de santé et de bien-être émergent. Les personnes bénéficient de nouveaux traitements, vivent plus vieilles. Les besoins changent. La façon de traiter, de soigner évoluera de plus en plus rapidement. Pensons aux nouvelles technologies, aux nouveaux médicaments, à la télémédecine, à l’intelligence artificielle, etc. Des procédures aujourd’hui spécialisées deviendront demain des services de proximité qui seront accessibles en clinique ou à domicile.

Il faut prendre le temps de définir les services de demain. Une approche globale et interdisciplinaire s’imposera de plus en plus et les différents types de professionnels devront partager le service auprès des clients. Les usagers seront de plus en plus informés et exigeants quant au traitement de l’information les concernant. Nous assisterons à un virage et à une approche plus ancrés dans le milieu de vie des individus. Les professionnels seront appelés à aller plus souvent à domicile. Ce sera la nouvelle norme.

Comment relever le défi ? En réunissant des experts, des gestionnaires, des citoyens, des usagers, des intervenants, et en prenant le temps de regarder l’avenir de façon pragmatique, de se donner des objectifs et de faire un plan de match. Cela peut se faire dans un temps relativement court, tout en nous inspirant de ce qui se passe ailleurs.

Ce n’est qu’avec une telle vision que le contrat social avec les différents professionnels, dont les médecins, et avec leurs syndicats, pourra être revu pour notamment décloisonner des tâches professionnelles, déléguer des actes et faciliter le travail interprofessionnel.

Cette vision devrait aussi promouvoir la contribution pleine et entière des citoyens et citoyennes à leur santé et au système de santé et de services sociaux.

3 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 22 novembre 2018 11 h 14

    Pour un Soigner plus ensemble

    En partant et en investissant +++ d'abord et avant tout dans les CLSC 24/7.

    +++ dans La 1e ligne !

    Il y a des jeunes adultes professionnels qui y croient. Lisez RÉTABLIR LA SANTÉ / Éditions Somme toute / Parce que demain / Bureau/Douville/Gingras.

    MERCI pour cet excellent texte. Gratitude pour votre implication passée.

  • Marguerite Paradis - Inscrite 22 novembre 2018 11 h 25

    COMMENCER PAR INVERSER LA PYRAMIDE

    « Comment relever le défi ? En réunissant des experts, des gestionnaires, des citoyens, des usagers, des intervenants... ».
    Comme gestionnaire vous n'avez pas assez assisté à des réunions... avec les résultats que nous « assumons » collectivement.
    Inversons la pyramide : place aux intervenantEs et aux usagers.
    Je sais cela demande un peu d'humilité et une solide écoute... Est-ce une compétence recherchée lors du processus de sélection des décideurEs, etc.? J'ai des doutes.
    Il faudrait aussi revoir la rémunération, à inverser elle aussi ;)

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 22 novembre 2018 20 h 49

    Loi SE

    Bonjour . Dans la vision, je vois une loi santé-environnement, puisque l'envrionnement dégradé cause une épidémie de maladies chroniques, selon le livre Toxique Planète. Dans cette crise sanitaire, il yh aurait une démocratie sanitaire aussi. Voici un modèle du réseau Français Environnement-santé que nous aurions avantage à adapter pour ici, puisque,ici aussi, l'épidémie en question gonfle le budget du Ministère de la santé.http://www.reseau-environnement-sante.fr/loi-sante