Front commun pour la pérennité des communautés de langues officielles

«L’abandon du financement du projet de l’Université de l’Ontario français marque aussi un recul important pour la francophonie canadienne et tout le pays», estiment les auteurs. 
Photo: Marc Bruxelle Getty Images «L’abandon du financement du projet de l’Université de l’Ontario français marque aussi un recul important pour la francophonie canadienne et tout le pays», estiment les auteurs. 

Chères concitoyennes et chers concitoyens,

Nous nous adressons à vous d’une seule voix afin de susciter un dialogue ouvert, honnête et respectueux sur la place du bilinguisme et de la dualité linguistique au Canada. Une succession d’événements récents dans nos provinces respectives du Nouveau-Brunswick, de l’Ontario et du Manitoba témoigne d’une tendance fort inquiétante pour l’avenir du français et de nos communautés de langues officielles. La résurgence du questionnement de la place du bilinguisme, de la dualité linguistique et des communautés de langue officielle en situation minoritaire soulève de vifs questionnements sur la santé de notre vie démocratique.

Le 15 novembre dernier, nous apprenions l’élimination du poste de commissaire aux services en français de l’Ontario et le retrait du financement au projet de l’Université de l’Ontario français dans l’énoncé économique du gouvernement de l’Ontario. Loin de constituer une dépense inutile, le Commissariat aux services en français (CSF) de cette province joue un rôle crucial dans l’avancement de dossiers clés tels que l’accès aux services de santé en français, à la justice et à l’immigration francophone. En plus, le CSF a cosigné des rapports percutants avec le Commissariat aux langues officielles du Canada et le Commissariat aux langues officielles du Nouveau-Brunswick et a développé une expertise dans l’offre active de services dans les deux langues officielles.

Par ailleurs, l’abandon du financement du projet de l’Université de l’Ontario français marque aussi un recul important pour la francophonie canadienne et tout le pays. Ce projet investissait dans le développement économique de l’Ontario par la création d’emplois et la formation de travailleurs bilingues hautement qualifiés. Il répondait également au besoin criant des francophones de la région de Toronto, où seulement 27 % des élèves font leurs études postsecondaires en français dû au nombre restreint de programmes universitaires offerts en français (gouvernement de l’Ontario, 2012). En décembre 2017, c’est l’ensemble de la francophonie canadienne qui applaudissait l’adoption de la loi créant cette université.

Le recul des droits linguistiques trouve aussi preneur ailleurs au pays. Par exemple, depuis la récente campagne électorale au Nouveau-Brunswick, des considérations économiques ont été mises en avant afin de justifier l’élimination potentielle de certaines institutions clés ayant comme mandat la mise en valeur du bilinguisme et de la dualité linguistique, dont le bureau du Commissariat aux langues officielles du Nouveau-Brunswick. Au Manitoba, l’élimination récente du poste de sous-ministre adjoint du ministère de l’Éducation, aussi justifiée pour des raisons économiques, fragilise l’accès des francophones à l’éducation dans leur langue.

Il faut se rappeler que les droits linguistiques au Canada sont des droits constitutionnels, enchâssés dans la Charte canadienne des droits et libertés, et que l’égalité des deux langues officielles est inscrite dans la législation fédérale ainsi que dans plusieurs lois provinciales. La dualité linguistique et le bilinguisme sont les fondements mêmes de notre pays et ensemble, nous avons su enraciner ces principes au coeur de notre histoire commune. Le gouvernement du Canada s’est engagé à moderniser la Loi sur les langues officielles et il aura la responsabilité de voir à sa mise en oeuvre et d’en assurer la promotion dans l’ensemble des provinces et territoires.

Nous unissons ainsi nos voix à celles de 84 % des Canadiennes et des Canadiens qui appuyaient le bilinguisme et les langues officielles dans le sondage commandé par le Commissaire aux langues officielles en 2016. Le bilinguisme, la dualité linguistique et les communautés de langue officielle au Canada sont des richesses exceptionnelles pour notre pays. Nous vous invitons tous et toutes à contribuer à ce dialogue et à embrasser avec force et conviction ces valeurs fondamentales qui façonnent notre avenir collectif.

7 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 22 novembre 2018 00 h 48

    Les sénateurs, les courtisans et les plantes vertes rampantes

    Chères sénatrices et chers sénateurs,

    Bon. Nos courtisans du pouvoir, les sénatrices et les sénateurs, qui n’ont jamais eu le culot de se faire élire ou de passer le test de l’électorat, viennent nous livrer leur pensée et se faisant nos défendeurs sans qu’on leur demande. Ben coudonc. Ne croyez-vous pas que vous faites partis du problème et non pas de la solution? Vous n’avez aucune crédibilité.

    Créer des emplois artificiels dans une université qu’aucun Franco-Ontarien digne de ce nom n’aurait revendiqué parce qu’il n’y a personne qui parle français dans la région métropolitaine de Toronto tient du délire. Le 27% de supposés élèves potentiels voulant faire des études postsecondaires à Toronto tient tout simplement de la pensée magique. Bon, c’est vrai qu’on peut en fumer du bon légalement ces temps-ci. Mais là où on décroche complètement, c’est dans la « création d’emplois et la formation de travailleurs bilingues ». Des travailleurs bilingues? Cela veut dire qu’un travailleur bilingue travaille 100% en anglais tout le temps en Ontario et dans le ROC. Alors pourquoi un francophone hors Québec devrait se casser la tête à suivre une formation en français alors que ce sera le dernier instant qu’il utilisera sa langue maternelle puisque dans le milieu professionnel, c’est la langue de Don Cherry qui est de mise partout et en tout temps?

    Le bilinguisme, c’est l’antichambre de l’assimilation. Chères sénatrices et chers sénateurs, vous nous rappelez ces plantes rampantes qui s’accrochent à tout ce qu’elles trouvent afin de légitimer votre position. Mais c’est dans les paroles écrites qu’on trouvera le courage de dire la vérité linguistique qui sévit dans ce Canada qui ne parle pas français et non pas avec des courtisans qui s’accrochent à un pouvoir illégitime. Vous faites pitié.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 22 novembre 2018 06 h 06

    L’antichambre de la dissolution du Canada

    Il n’y a qu’un seul endroit en Amérique du Nord où un Francophone est chez lui. Et cet endroit s’appelle le Québec.

    Partout ailleurs, il est en milieu hostile.

    Je vous remercie pour les efforts que vous accomplissez pour qu’il en soit autrement. Mais votre combat contre-nature, aussi noble soit-il, ne pourra jamais me faire oublier que l’ethnie dominante du pays nous ait imposé une camisole de force constitutionnelle en 1982.

    On voit mal l’Angleterre doter la Grande-Bretagne d’une constitution sans l’Écosse, sans le pays de Galles ou sans l’Ulster. On voit mal les États du nord des États-Unis imposer une nouvelle constitution américaine sur le dos des États du sud.

    Au Canada, un seul député autochtone _anglophone_ peut faire dérailler un processus de révision constitutionnelle. Mais pas des millions de Francophones.

    Cela dit tout sur notre sort de colonisés dans ce pays de merde que vous défendez. Un pays dont la ‘post-nationalite’ est l’antichambre de sa dissolution dans l’empire américain.

    Cette nouvelle crisette dans l’histoire canadienne rend encore plus criante la nécessité de l'indépendance du Québec.

    Vous, honorables sénatrice et sénateurs, y serez toujours les bienvenus.

  • Paul Gagnon - Inscrit 22 novembre 2018 08 h 41

    50 ans en retard...

    50 ans en retard, ou 151 ans, etc.

  • Raynald Goudreau - Abonné 22 novembre 2018 09 h 43

    Non mais...

    ...Qui peut croire encore a la loi sur les langues officielles . Le bilinguisme au Canada n'existe pas , il ne sert qu'aux francophones pour travailler.

  • Bernard Dupuis - Abonné 22 novembre 2018 11 h 15

    Les novelangue canadienne

    Pour montrer que le rêve de la mise en œuvre du bilinguisme au Canada est très ambigu et très aventureux. J’examine certaines expressions comme « des communautés de langue officielle en situation minoritaire » et comme « la dualité linguistique et les communautés de langue officielle au Canada ».

    Quel est le sens de « des communautés de langue officielle en situation minoritaire »? Je suppose qu’on veut dire que la communauté anglophone du Québec et les nombreuses communautés francophones hors Québec sont en quelque sorte des équivalents. Il me semble qu’il y a dans cette expression une erreur conceptuelle.

    En effet, le statut de ces deux genres de communautés est loin d’être équivalent. Car, la communauté minoritaire du Québec est plus qu’une communauté minoritaire. En même temps, elle appartient à l’immense majorité anglophone canadienne. En fait, mettre sur le même pied toutes les communautés de langues officielles au Canada porte à confusion.

    Le silence radio de la communauté anglophone du Québec relativement au sort des minorités francophones dans les deux provinces voisines démontre éloquemment qu’effectivement les deux sortes de minorités ne sont pas équivalentes. Au contraire, la sensibilité des Québécois pour cette cause tient au fait que les francophones du Québec sont eux-mêmes en situation minoritaire au Canada.

    Les conséquences de cette ambigüité sont très dangereuses pour l’avenir du français au Québec. On se souvient de la brillante sortie de Manon Massé affirmant que l’anglais était l’une des langues officielles du Québec. Deuxièmement, plusieurs Montréalais considèrent leur ville comme une ville bilingue. Par conséquent, beaucoup de communautés immigrantes trouvent tous les moyens pour éviter les cours de français et pour ne pas respecter la loi 101. Il suffit de fréquenter des communautés comme les communautés iraniennes ou yéménites pour ne trouver personne qui y parle le français ne serait-ce qu’imparfaitement.

    Les anglophones de

    • Bernard Dupuis - Abonné 22 novembre 2018 11 h 17

      La novelangue canadienne (suite)

      Les anglophones de Montréal considèrent souvent le bilinguisme montréalais comme une « immense richesse ». Toutefois, le journaliste culturel du journal The Gazette constatait que si de nombreux francophones fréquentent les salles de spectacles anglophones, les salles de spectacles francophones ne sont jamais fréquentées par des anglophones. On y voit la pente glissante de l’assimilation. C’est Leonard Cohen qui récolte tous les honneurs dédiés aux poètes montréalais. Qui sont Gaston Miron, Claude Léveillée, Beau Dommage, etc.? Montréal les a déjà oubliés.

      En somme, l’expression « communautés de langue officielle en situation minoritaire » inclut indistinctement les vraies minorités et la minorité à double face.

      Bernard Dupuis, 22/11/2018

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 22 novembre 2018 12 h 28

      Vous avez raison pour le comportement des immigrants envers la langue française. Beaucoup de communautés immigrantes trouvent tous les moyens pour éviter les cours de français et pour ne pas respecter la loi 101.

      Plus de 50% des allophones vont au cégep et à l’université en anglais, et commencent ainsi leur vie sociale et adulte en anglais : la meilleure recette pour qu’ils restent anglophones le reste de leurs jours ! Alors, avec 55 000 nouveaux immigrants par année, proportionnellement plus que tout autre pays qui n’est même pas menacé de survie, et dont la moitié ne veut rien savoir du français, la tendance est très inquiétante pour le peuple québécois.

      Avec une immigration galopante dont une trop grande proportion n’arrive pas à s’intégrer à la majorité francophone du Québec, on assiste actuellement à un ethnocide, à un génocide culturel.

      Si, et seulement si on a besoin d’immigrants, ce qui n’est pas prouvé, on devrait aller les chercher dans des pays aux cultures et traditions plus près des nôtres, comme par exemple les Européens de souche latine ou encore de Sud-Américains. Et commencer par attirer ici les francophones hors-Québec. Quand on voit le fiasco de l’immigration non-intégrée en Europe, on est en droit d’être très sélectifs et circonspects ici au Québec.

      OUI à un moratoire immédiat de l’immigration, jusqu’à ce qu’on se soit assuré de l’intégration et de la francisation des immigrants qui sont déjà ici.