Pour l’Université de l’Ontario français

Le premier ministre ontarien, Doug Ford
Photo: Christopher Katsarov La Presse canadienne Le premier ministre ontarien, Doug Ford

Avec deux lignes de son énoncé budgétaire, le gouvernement de Doug Ford a annoncé le 15 novembre dernier l’abolition de l’Université de l’Ontario français. Joint à la fermeture du Commissariat aux services en français, ce geste atteint les droits acquis des francophones de l’Ontario à l’éducation postsecondaire exclusivement dans leur langue, des droits qu’ils ont obtenus de haute lutte avec la création de l’Université le 1er juillet dernier. À notre connaissance, il s’agit d’un précédent dans le monde contemporain : pour la première fois, un État abolit une université pour des considérations budgétaires. Ce précédent remet en cause le rôle accordé au haut savoir et le maintien d’une communauté, principes au coeur même de notre vie en société.

Au-delà de la simple préparation à l’emploi, une université est une institution cruciale dans toute communauté. C’est encore plus le cas si celle-ci est minoritaire. L’université est un lieu d’émancipation et de responsabilisation. Grâce à la formation des personnes et au développement des connaissances, elle habilite les citoyens et les citoyennes à l’exercice de leurs droits. En étant en contact avec le haut savoir, il est possible de faire des choix éclairés et de contribuer pleinement à son épanouissement individuel comme collectif.

De plus, en produisant et en diffusant une culture et une langue, une université permet à toute communauté d’assurer sa permanence dans le temps et sa pertinence au monde. Les bienfaits de l’institution universitaire ne se limitent pas aux seuls individus qui la fréquentent : ils rayonnent vers l’ensemble de la communauté en cherchant à répondre à ses multiples besoins et attentes.

Pour ces raisons, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies stipule par son article 13. 2-c. que l’« enseignement supérieur doit être rendu accessible à tous en pleine égalité, en fonction des capacités de chacun, par tous les moyens appropriés et notamment par l’instauration progressive de la gratuité ». Dans son article 24, la Déclaration universelle des droits linguistiques précise que toute communauté linguistique « a le droit de décider quel doit être le degré de présence de sa langue, en tant que langue véhiculaire et objet d’étude, et cela, à tous les niveaux de l’enseignement au sein de son territoire : préscolaire, primaire, secondaire, technique et professionnel, universitaire et formation des adultes ».

Un geste intolérable

Abolir une université, c’est attenter directement à ces principes. C’est nuire à l’émancipation des citoyens et des citoyennes en empêchant leur accès au haut savoir et en brimant l’exercice plein et entier de leurs droits. C’est aussi entraver la constitution du lien social et le maintien du bien commun. Lorsqu’il s’agit d’une communauté comme celle de l’Ontario français, une communauté confrontée depuis longtemps au défi quotidien de sa permanence, le geste est encore plus préjudiciable et, à ce titre, intolérable.

Nous, historiens et historiennes de l’Institut d’histoire de l’Amérique française, du Québec, de l’Ontario français et d’ailleurs sommes particulièrement sensibles à l’enjeu de la vitalité des communautés francophones. Par notre mission institutionnelle et par notre engagement citoyen, nous partageons un devoir de solidarité avec les francophones de partout au Canada.

Profondément attachés aux principes de l’université et à l’exercice des droits des membres de toute une communauté, nous exigeons le rétablissement complet du financement originel de l’Université de l’Ontario français afin que cette institution puisse réaliser sa mission fondamentale, offrir des services d’éducation postsecondaire en français, et ce, au bénéfice premier des membres de sa communauté. Nous affirmons également notre pleine et entière solidarité envers les membres de la communauté franco-ontarienne dont les droits aux services exclusifs en français viennent d’être bafoués. Nous saluons particulièrement l’engagement de la jeunesse franco-ontarienne à l’endroit de l’éducation postsecondaire en français, une langue internationale assurant la circulation des savoirs, une langue qui leur appartient.

6 commentaires
  • Daniel Gagnon - Abonné 21 novembre 2018 07 h 16

    Message au Premier ministre ontarien Doug Ford

    Message au Premier ministre ontarien Doug Ford
    Impossible que de croire, Monsieur le Premier ministre Doug Ford, que vous ne soyez pas conscient de cet état de chose inique que vous causez par votre budget partisan et par les coupures imméritées et injustifiées dans le monde franco-ontarois.
    Impossible de penser que, vous Monsieur Doug Ford, ne soyez pas conscient de cette inégalité qu’il aggrave, de cette condamnation injuste qu’il prononce, de ce détournement et du déséquilibre des forces linguistiques qu’il accentue gravement, en connivence avec la majorité anglophone de sa base électorale.
    Impossible que de penser que vous ne soyez pas conscient que votre geste n’aggrave pas l’oppression de la minorité francophone en Ontario.
    Impossible de penser que vous ne soyez ne pas conscient que votre gouvernement, Monsieur le Premier ministre Doug Ford, renforce la persistance des vexations et des humiliations des Franco-Ontariens.
    Impossible de penser que vous ne sachiez pas que, vous, Monsieur Doug Ford, que vous donnez un coup de mort aux faibles progrès ontariens du français dans les services publics. Impossible que vous ne sachiez pas que, Monsieur Doug Ford, que vous accroissez la prolifération des préjugés anti-francophones au Canada.
    Impossible que, Monsieur Ford, que vous ne soyez pas conscient que vous creusez l’écart et aggravez la dégradation des équilibres des langues officielles, que votre geste populiste, supposément motivé par le « business », est tout simplement une déclaration de guerre et une confiscation de la parole francophone, avec d’énormes répercussions et des déprédations malheureuses sur la vie quotidienne, sur les lieux de vie des Franco-ontariens et une gifle aussi pour le Québec.

  • Gilles Bonin - Abonné 21 novembre 2018 07 h 48

    Petite correction

    l'université en question n'existait pas... le projet (depuis 40 ans en gestation????) était peut-être en bonne voie, mais...

    • Gilbert Troutet - Abonné 21 novembre 2018 11 h 52

      Me semble que la loi créant cette université était passée à la législature de l'Ontario.

  • Cyril Dionne - Abonné 21 novembre 2018 08 h 20

    L’Ontario français?

    Premièrement, le gouvernement de Doug Ford n’a pas abolit une université pour des considérations budgétaires, elle n’a jamais existé. Et après les litanies sur la définition des Nations unies, on n’est pas sorti du bois. Franchement, une université francophone à Toronto. Personne ne parle français dans la ville reine.

    C’est bien beau d’avoir des écoles françaises en Ontario mais la période de la vie d’un individu qui fréquente ces dites institutions est très courte. Que fait-il après avoir reçu une formation en français dans un pays qui ne parle aucun mot de la langue de Miron? Vous avez votre diplôme d’ingénieur et vous voulez travailler en Ontario. Dans quelle langue allez-vous communiquer et écrire vos rapports? Et cela, si vous passez votre entrevue parce que vous avez déjà deux prises contre vous parce que vous êtes français et que vous venez d’une programme de la même langue. On pourrait continuer pour toutes les professions dans ce Canada multiculturaliste qui ne parle pas français. Et ici, on ne parlera même pas des mariages exogames.

    Et ne pensez-vous que dire l’Ontario français n’est pas une contradiction? Il n’y a rien de francophone en Ontario à part des offrandes aux gens dans les tours d’ivoire et aux subventionnés. Mais le pire, ceux qui ont écrit cette lettre, personne n’est de l’Ontario. Ce sont des universitaires québécois qui déchirent maintenant leur chemise. Au lieu de verser des larmes et d’écrire des lettres dans les journaux québécois, il aurait fallu voter oui au dernier référendum pour que le Québec devienne un pays. Alors, il aurait eu un véritable contrepoids politique au Canada anglais. Le traitement de ses minorités aurait fait la manchette aux Nations unies. Encore une fois, vous êtes trois générations en retard parce que les supposés francophones en Ontario sont tous assimilés. Sur les prétendus 620 000 Franco-Ontariens, peut-être qu’ils réussiront à mobiliser seulement 10 000 d’entre eux. Misère.

  • Geneviève Souligny - Inscrite 21 novembre 2018 10 h 10

    L'Ontario français plus fort que jamais

    Le projet de l'université de l'Ontario français était plus qu'un projet, sous les Libéraux un projet de loi créant officiellement l’Université de l’Ontario français avait été adopté. En élection, Doug Ford l'avait promis et une fois élu il nous a repromis sa création pour accueillir la première cohorte d'étudiants en 2020. L'affaire était faite, certes il n'avait pas d'édifice, mais c'est tout comme. Cette nouvelle fut une véritable claque en pleine face pour nous!

    Comment je sais tout ça? Parce que je suis tout sauf assimilée!! Je suis une fière Franco-ontarienne! Merci d'avoir écrit cette lettre, votre appui compte beaucoup pour notre communauté. Depuis les 10 dernières années, plus de 40 écoles primaires et secondaires francophones ont ouvertes dans la région du Centre-Sud-Ouest (Grand grand Toronto). L'Université de l'Ontario français allait donner à ses élèves une institution bien à eux ou ils allaient pouvoir continuer d'étudier/vivre dans leur langue.

    Je ferais partie des prochaines étapes, la résistance s'installe! Merci au Devoir de publier sur cet enjeu qui, dans mon opinion, touche tous les Canadiens français.

    • Cyril Dionne - Abonné 21 novembre 2018 14 h 14

      On pourrait vous faire remarquer Mme Souligny qu’il existe déjà deux universités bilingues (Ottawa et Sudbury) et une 100% francophone (Hearst) en Ontario. Pour les claques en pleine face, il faut s’y habituer, nous vivons dans un système d’apartheid linguistique anglo-saxon en Ontario.

      Bon. Cela dit, les 40 écoles primaires et secondaires francophones qui ont ouvertes dans la région du Centre-Sud-Ouest sont des écoles d’immersion et je suis poli. La grande majorité des élèves sont des anglophones et c’est pourquoi on procède à des cours de refrancisation en maternelle et jardin. La seule chose qui est francophone avec ces écoles, ce sont les noms écrits en grosses lettres sur les bâtiments. Chère madame, j’ai enseigné dans les écoles françaises en Ontario pendant plusieurs années et je connais la situation dans ce bout de l’Ontario.

      En ce qui concerne les argents nécessaires, si on fermait les écoles catholiques qui sont subventionnées à 100% par les contribuables pour regrouper les élèves avec les écoles publiques, on dégagerait facilement des sommes astronomiques dans un budget qui est maintenant de l’ordre de 25 milliards en Ontario pour l’éducation. Vous savez chère madame que plus de 90% des élèves francophones fréquentent les écoles catholiques et qu’il y a plus de 29 conseils catholiques anglophones en province sur 60. Vous avez souvent dans les villages quatre écoles primaires qui représentent les quatre entités scolaires différentes et que la plupart sont à moitié vide. Je connais une école française qui est vide (0 étudiant) et on la maintient ouverte.

      Ma langue et ma culture française sont importantes pour moi. Pas mal « tanné » de vivre en anglais en Ontario même si je suis parfaitement bilingue. En passant, le terme Canadien français est une contradiction. Le premier mot est la négation du 2e. Je ne suis pas Canadien, je suis français d’Amérique et je ne tiens pas spécialement aux Rocheuses comme certains Franco-Ontariens.