Le démembrement nuira au développement de nos arrondissements

Les discussions entourant le démembrement de la Ville de Montréal ont un air de déjà vu. Ceux et celles qui multiplient les apparitions sur les tribunes pour encourager un retour en arrière, reprennent des arguments du passé qui n'ont plus rien à voir avec la réalité actuelle. J'étais de ceux qui, à l'automne 2000, se sont opposés au caractère «forcé» des fusions et, pour comprendre la position que je défends aujourd'hui à Montréal, il est essentiel de se rappeler les raisons qui ont soulevé mon inquiétude et ma réticence, il y plus de deux ans.

D'abord, il faut préciser que j'ai toujours été convaincu qu'il fallait contribuer à résoudre les nombreux problèmes auxquels la métropole était confrontée depuis plusieurs années. Les difficultés étaient d'ailleurs suffisamment sérieuses pour que Montréal soit recalée à répétition à la queue du palmarès des plus grandes villes du monde. Leurs effets négatifs commençaient à nuire à l'essor de la région métropolitaine et empêchaient une réflexion consensuelle et globale sur ses perspectives d'avenir. Il apparaissait donc inadmissible de conserver un modèle qui hypothéquait le développement de Montréal, encourageait une vaine rivalité entre villes voisines et empêchait la répartition équitable de la richesse collective.

Avec plusieurs collègues de l'époque, j'ai d'ailleurs présenté d'autres pistes de solutions que les fusions «forcées» au gouvernement du Québec qui a néanmoins préféré maintenir une ligne plus musclée en imposant le regroupement de toutes les villes sur l'Île de Montréal. Dans un tel contexte, il y avait deux possibilités: assurer une présence forte et influente à Montréal afin de pouvoir tirer le maximum de bénéfices de la situation ou me retirer en abandonnant mon arrondissement aux risques de devenir une coquille vide. Il faut se rappeler qu'à l'époque, le danger de la centralisation guettait Montréal. Plus encore, je craignais, comme beaucoup d'autres, que les problèmes qui grugeaient la santé de la métropole n'en viennent à contaminer nos banlieues. Le choix était évident, aussi bien pour moi que pour de nombreux élus des anciennes villes de banlieue. Ensemble, nous avons donc créé un nouveau parti qui garantirait la décentralisation et les services de proximité.

Nul autre parti politique que le nôtre dans l'histoire municipale n'aura contribué à changer les modèles et les façons de faire de manière aussi rapide et efficace. Le défi était grand puisqu'il s'agissait de proposer un fonctionnement qui favorisait le plein essor de Montréal tout en offrant aux arrondissements la latitude nécessaire qui leur permettrait de réaliser leur projet de société locale. Avec la nouvelle Charte, les services de proximité sont décentralisés et nous avons des pouvoirs importants, notamment en matière budgétaire, d'emprunt et d'embauche. Il est évident que Verdun a tout avantage à continuer de prospérer au sein d'une Ville qui lui laisse l'entière liberté de décider de son avenir plutôt que de vivoter dans un conseil d'agglomération qui aura un droit de regard décisionnel sur ses grands projets.

Il ne faut pas se leurrer. En offrant la possibilité de démembrer Montréal, monsieur Jean-Marc Fournier, ministre des Affaires municipales, du Sport et du Loisir, ne fait pas de cadeau aux arrondissements qui souhaitent faire marche arrière. Il est catégorique : les anciennes villes ne retrouveront jamais leurs pouvoirs originaux. Pis encore, elles devront laisser au conseil d'agglomération le soin de gérer une grande partie de leur budget. Pour Verdun, cela signifie que nous n'exercerons pas de contrôle sur 55 % de nos taxes. Les élus municipaux qui vous représentent actuellement à Verdun sont tous membres d'un parti qui prend les décisions quant à la façon dont sera géré votre argent.

Il y a eu une grande évolution entre la perception que nous avions tous de Montréal avant la fusion et celle que nous bâtissons ensemble depuis plus deux ans. Plus rien ne justifie les craintes d'hier. De larges pouvoirs sont dévolus aux arrondissements, dorénavant dirigés par un maire d'arrondissement élu au suffrage universel. J'estime que nous avons trouvé des solutions très acceptables aux inquiétudes exprimées par la population lors des fusions forcées. Les citoyens sont d'ores et déjà assurés d'un bel avenir au sein de l'arrondissement Verdun.