Libre opinion: L'intégration des personnes immigrantes ne se limite pas à l'apprentissage de la langue

C'est avec une stupéfaction mêlée d'indignation que nous apprenions l'imposante compression financière de 21 % (34 millions de dollars) subie par le ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration. Cette décision prise au nom de l'équilibre budgétaire des finances publiques vient briser un autre équilibre tout aussi important dans la société québécoise, celui de l'intégration des personnes immigrantes à la société d'accueil.

Malgré les efforts considérables apportés pour augmenter le niveau de l'immigration francophone, 37,5 % des personnes immigrantes arrivées au Québec entre 1998 et 2002 ne connaissaient ni le français ni l'anglais. La proportion de celles qui ne connaissent pas le français s'élève à 55 %.

Vous avez répété à plusieurs reprises: «Je veux redonner à ce ministère sa mission essentielle, qui n'est pas le soutien social, mais l'accueil et l'intégration.» Croyez-vous soutenir l'intégration en diminuant les allocations de formation à des cours de français, les faisant passer de 150 $ à 30 $? Croyez-vous soutenir l'intégration en abolissant l'allocation allouée aux étudiants à temps partiel et le remboursement des frais de transport pour suivre les cours dans les centres où il y a des systèmes de transport en commun (autrement dit, dans les centres urbains à forte concentration d'immigration)?

Vous défendez les choix de votre gouvernement en indiquant que les personnes immigrantes seront admissibles à la prime de travail annoncée dans le plan de lutte contre la pauvreté. Vous proposez aux personnes immigrantes d'effectuer une demande d'aide sociale si elles ont épuisé toutes les ressources financières dont elles disposaient au moment d'arriver au Québec.

Depuis des mois, le chef du gouvernement, M. Charest, répète sur toutes les tribunes que le Québec compte sur l'immigration pour atténuer les pénuries appréhendées de main-d'oeuvre qualifiée. Que leur offrez-vous pour faciliter leur intégration à la société québécoise francophone? Une «francisation fonctionnelle», celle qui doit les rendre aptes le plus rapidement possible au marché du travail. La connaissance de la langue que vous leur proposez est celle exigée en fonction des besoins de l'entreprise.

Est-ce cela la stratégie d'intégration à la société d'accueil du Parti libéral du Québec? Faut-il rappeler que, l'intégration des personnes immigrantes ne se limite pas à l'apprentissage de la langue, mais intègre aussi la culture, l'environnement québécois, bref, l'apprentissage des codes et des valeurs qui fondent cette société. Limiter l'intégration à la seule acquisition des notions linguistiques nécessaires à une insertion réussie sur le marché du travail nous semble réducteur et contraire aux objectifs d'intégration et d'ouverture sur le monde.

Vous interpellez les entreprises pour qu'elles s'engagent davantage dans l'intégration linguistique de leur personnel. Selon l'Office de la langue française, les entreprises à fort taux d'utilisation de la technologie ont tendance à se franciser moins rapidement que celles qui en font une utilisation moyenne, et ces dernières moins que celles à faible utilisation. Par ailleurs, les entreprises vouées à l'exportation ou encore sous-traitantes d'entreprises américaines font face à des difficultés supplémentaires devant les exigences de leurs clients ou de leurs fournisseurs. «On observe que des entreprises ne réalisent pas pleinement le processus de francisation parce qu'elles sont tributaires des technologies de l'information qui assurent le contrôle de la gestion des stocks ou de la gestion des ventes à distance, de la réalisation des transactions financières à partir ou vers d'autres pays [c'est le cas du secteur financier].»

La francisation des entreprises deviendra encore plus difficile dans le contexte des changements apportés au Règlement sur la détermination de la masse salariale (loi du 1 %). Cette loi avait pour objectif d'améliorer la formation de la main-d'oeuvre, de répondre aux besoins des travailleuses et des travailleurs, notamment par des cours de français. Au cours des six années de son application graduelle, cette loi, malgré les irritants soulevés, a eu des effets structurants, notamment la consolidation du comité d'adaptation de la main-d'oeuvre pour les personnes immigrantes, facilitant ainsi leur intégration et leur maintien en emploi. Aujourd'hui, l'avenir de ce comité est compromis.

Votre gouvernement rêve que le Québec «brille parmi les meilleurs». Mais ces compressions à l'intégration des personnes immigrantes empêcheront ces dernières d'avoir accès aux mêmes chances que les autres. Privées du droit d'apprendre le français, limitées dans leur communication avec la majorité, vous les condamnez à l'exclusion. Certes, elles seront employables, mais à quel prix?

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) rêve d'un autre Québec que celui que vous proposez. Nous avons toujours soutenu que la politique québécoise d'immigration devait s'inscrire dans un projet collectif engageant et englobant: celui de développer au Québec une société originale, pluriethnique et de langue française, démocratique, laïque et ouverte sur le monde. C'est pourquoi, Madame la Ministre, nous vous demandons de surseoir aux compressions annoncées et de maintenir le niveau des allocations aux personnes immigrantes étudiant le français.