Le Canada devrait prendre l’initiative au G20

Le gouvernement canadien est aux prises avec des dépenses croissantes dans l’Arctique à cause du dégel du pergélisol et de l’érosion des côtes, souligne l'auteur.
Photo: Clément Sabourin Agence France-Presse Le gouvernement canadien est aux prises avec des dépenses croissantes dans l’Arctique à cause du dégel du pergélisol et de l’érosion des côtes, souligne l'auteur.

À la suite du rapport du Groupe intergouvernemental sur l’étude du climat (GIEC), les gouvernements doivent accélérer les mesures pour réduire l’impact des changements climatiques. Malgré l’attention reçue par l’Accord de Paris où les signataires se sont engagés à réduire volontairement leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), les négociations internationales sous l’égide de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) n’aboutiront jamais à un accord contraignant pour limiter le réchauffement climatique à 2 °C, encore moins à 1,5 °C. Quelle est la solution, alors ? Il faut que les principaux pays émetteurs acceptent de réduire considérablement leurs émissions.

Le Canada accueillit à Toronto en 1988 l’une des premières conférences internationales sur le climat, « L’atmosphère en évolution, implications pour la sécurité du globe », qui appela à une réduction des émissions de GES de 20 % des niveaux de 1988 avant 2005. Le processus qui y fut lancé mena à l’adoption de la CCNUCC au Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992. Les négociations sous l’égide de la Convention commencèrent du bon pied avec la conclusion du Protocole de Kyoto en 1997, qui exigeait un effort des pays industrialisés (le Canada s’en est retiré fin 2011).

Avec le temps, la CCNUCC est cependant devenue un forum belliqueux avec des différences irréconciliables entre le Nord et le Sud. Il y a des groupes régionaux très revendicateurs, dont celui du G77, qui regroupe les pays en voie de développement habilement coordonnés par la Chine, qui invoque encore un statut de pays en voie de développement malgré ses progrès économiques et malgré le fait qu’elle soit le plus grand émetteur de GES au monde.

Les négociateurs répètent chaque année le même scénario frustrant : réunions régionales au début de l’année, session de dix jours à Bonn en mai aux quartiers généraux de la CCNUCC avec des débats qui tournent en rond jusque tard dans la nuit, session additionnelle à l’automne, autres initiatives pour essayer de débloquer les négociations, pour aboutir finalement à la conférence annuelle des parties (COP) en décembre où les deux semaines de négociations vont résulter au mieux en un communiqué plein de bonnes intentions appelant à la poursuite des négociations, mais sans véritable progrès.

Pourquoi est-ce le cas ? Malheureusement, le processus suivi par la CCNUCC n’a d’autre règle que de prendre des décisions sur la base d’un consensus ; n’importe quel pays peut donc bloquer une décision. En 2010, la COP de Cancún adopta un communiqué assez ambitieux seulement après que la ministre des Affaires étrangères du Mexique, Mme Patricia Espinosa, qui présidait la réunion (elle est maintenant secrétaire générale de la CCNUCC), eut rejeté l’opposition de la Bolivie en précisant que son objection serait dûment notée au procès-verbal.

Bien sûr, il faut reconnaître l’avenir difficile qui attend les pays pauvres de même que les états insulaires bas regroupés dans l’Alliance pour les petits états insulaires. Plutôt que de demander des transferts annuels de 100 milliards de dollars, ceux-ci devraient appuyer une solution qui combinerait l’aide gouvernementale à celle du secteur privé, avec des mesures incitatives appropriées.

Réchauffement planétaire

Les épisodes météorologiques inhabituels sont de plus en plus fréquents et similaires à ce que prédisaient les modèles utilisés à la fin des années 1980. Le gouvernement canadien est lui-même aux prises avec des dépenses croissantes dans l’Arctique à cause du dégel du pergélisol et de l’érosion des côtes, sans parler de l’impact sur le mode de vie traditionnel des Inuits et la perte d’habitats d’espèces emblématiques comme l’ours polaire.

De plus, nous commençons à assister à des migrations massives d’individus à la suite de la perte d’habitat dans les régions fragilisées. Ceci testera notre sens de l’humanité et notre générosité ; le Canada ne sera pas à l’abri pour longtemps, car des entrepreneurs peu scrupuleux voudront faciliter ces mouvements et nos partenaires européens feront pression pour que nous accueillions plus de gens.

Comme 80 % des émissions de GES proviennent des pays membres du G20 et pour nous sortir du bourbier qu’est devenue la CCNUCC, le Canada devrait profiter du sommet de Buenos Aires pour promouvoir la conclusion d’un accord qui s’appliquerait à tous ses membres et qui établirait un prix significatif pour le carbone. Afin d’éviter les distorsions économiques et commerciales, il pourrait inclure des pénalités à l’endroit des pays récalcitrants. Le G20 pourrait par la suite s’occuper des pays en voie de développement les plus touchés et des migrations de population.

J’ose espérer que le président Trump se rallierait à une entente qui créerait des obligations contraignantes pour tous les pays industrialisés et la Chine, qui doit en faire davantage, ne serait-ce que pour l’impact de la pollution sur la santé de ses citoyens et la désertification croissante des parties nord et ouest du pays.

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1 commentaire
  • François Beaulé - Abonné 3 novembre 2018 07 h 56

    Belle proposition mais...

    Le Canada risque de ne pas être convaincant. Puisqu'il n'a pas fait d'effort substantiel pour réduire ses émissions de GES. Et qu'il favorise l'augmentation de sa production de pétrole, notamment en dépensant des milliards pour construire un plus gros pipeline Trans-Mountain.

    Si un pays riche comme le Canada, dont les émissions par habitant sont parmi les plus élevées au monde, n'est pas arrivé au cours des 20 dernières années à réduire de manière importante ses émissions, alors comment pourrait-il convaincre des pays pauvres ou en développement de le faire ?