Pour un développement cohérent au Massif de Charlevoix

Devant la dégradation continue de la biodiversité, pourrions-nous envisager des projets de développement qui n’impliquent pas la destruction des écosystèmes? s'interrogent les auteurs.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Devant la dégradation continue de la biodiversité, pourrions-nous envisager des projets de développement qui n’impliquent pas la destruction des écosystèmes? s'interrogent les auteurs.

Nous sollicitons les représentants de la population pour leur faire part des préoccupations que portent de nombreux citoyens relativement au développement du projet de Club Med Québec Charlevoix (en complexe hôtelier de plus de 300 chambres sur 7 étages sur des terres du domaine de l’État). Nous trouvons notre légitimité dans le fait d’investissements massifs de fonds publics dans ce projet et dans les potentiels impacts sociaux et environnementaux sur notre territoire, particulièrement dans un contexte de changements climatiques. Nous souhaitons ardemment un dialogue ouvert pour que la population puisse discuter de ces impacts, qu’ils soient économiques, sociaux ou environnementaux, et ainsi mieux agir dans l’intérêt de tous.

Nous savons que la région de Charlevoix jouit d’une réputation touristique qui n’est plus à faire et qu’elle s’est notamment construite sur la qualité de l’accueil qu’a offert la population locale aux croisiéristes à l’époque des « bateaux blancs ». L’affluence touristique qui s’est poursuivie depuis a certes contribué au développement économique du territoire, mais les retombées de ce type de développement ne sont pas que positives en matière de bien-être de la population locale et de développement du territoire dans son ensemble. En effet, dans les dernières années, plusieurs événements, notamment l’essor important des activités immobilières partout sur le territoire et particulièrement dans le secteur de Petite-Rivière-Saint-François (PRSF), découlant principalement des investissements effectués par Groupe Le Massif, ont contribué à la transformation du paysage socio-économique, favorisant l’émergence du phénomène d’embourgeoisement rural. Tout porte à croire que ce phénomène préoccupant accentue les écarts de richesse qui se manifestent en écarts de bien-être dans la population locale.

Une littérature abondante démontre les effets néfastes du tourisme de masse sur les populations locales. Le tourisme durable — ou écotourisme — s’est développé en réponse aux conséquences du tourisme de masse. D’ailleurs, le projet initial proposé par le promoteur Daniel Gauthier se targuait d’être un « un projet écotouristique, vert et responsable », comme en témoigne cet extrait de son allocution à la Chambre de commerce de Québec en octobre 2005 : « L’unicité de notre projet est certainement liée à la vision de développement durable qui est au coeur de celui-ci et au fait qu’il ne soit aucunement basé sur de l’immobilier […] Notre projet est un lieu ouvert c’est-à-dire sans clôture, avec accès public presque partout : c’est l’antithèse même d’un resort. »

Les différents échecs de Groupe Le Massif ont fait en sorte que ce projet de départ, auquel la population avait adhéré, a été transformé du tout au tout afin de sauver la mise. Qui plus est, des fonds publics supplémentaires ont été nécessaires (36 millions de dollars consentis par Québec et Ottawa) pour mettre en branle le projet de Club Med Québec Charlevoix du géant chinois Fosun International du milliardaire Guo Guangchang.

Quelques questions

Sommes-nous prêts en tant que collectivité à céder nos richesses (paysages, forêts, etc.) à des capitaux étrangers (Fosun International) ?

Pourrions-nous plutôt envisager un projet écoresponsable qui mettrait en valeur la beauté et la richesse de nos ressources sans les altérer ?

Serait-ce possible d’ouvrir le dialogue avec la population pour que ce projet obtienne une réelle acceptabilité sociale ?

Le ministère des Transports a-t-il réfléchi à la demande du maire de PRSF en ce qui concerne l’éventuelle nécessité d’un deuxième lien routier ?

Est-il raisonnable dans un contexte de changements climatiques d’encourager le tourisme international de masse ?

Devant la dégradation continue de la biodiversité, à l’échelle mondiale, pourrions-nous envisager des projets de développement qui n’impliquent pas la destruction des écosystèmes ?

Est-il sensé de faire un tel développement dans une région touristique vantée pour la beauté de ses paysages et dont le statut international octroyé par l’UNESCO est celui de Réserve de la biosphère ?

Dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre, comment ce projet ne déstabilisera-t-il pas les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration, notamment les établissements les plus petits ?

Au-delà de ce projet de Club Med, nous pensons qu’il est nécessaire de travailler collectivement à l’élaboration d’un projet qui porte une vision du développement de la région de Charlevoix davantage en cohérence avec les défis sociaux et environnementaux qui caractérisent notre territoire et notre époque.

3 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 2 novembre 2018 00 h 59

    Ai l'impression

    que cela va être encore une grosse boulette qui ne se réalisera jamais ou coûtera très cher au contribuable... pour mourir quelques années après. Si c'était si extraordianire, il y a longtemps qu'on ferait la file pour le développer. Mais bon, au Québec, les régions développent ainsi ici ou là des projets qui, s'ils voient le jour, ont tendance à vite vivoter sous perfusion de subventions publiques. Souvent nos régions, malheureusement, n'ont ni la population, ni les attraits, ni les infrastructures, ni l'histoire pour développer vraiment une originalité, des produits attractifs qui attirent. Le temps, bien sûr et l'encrage d'une population de plus en plus importante en sauveront quelques-unes - du moins c'est à espérer.

  • Gilles Delisle - Abonné 2 novembre 2018 08 h 24

    Article très pertinent des gens de Charlevoix!

    Moi qui suit un amoureux de Charlevoix depuis mon jeune âge, initié par mes parents qui m'ont fait découvrir ce bel endroit, qu'est la région de Charlevoix. J'ai constaté depuis quelques étés qu'on a voulu mettre, cette belle région, en "mini-jupe", comme disait Félix, au détriment de sa beauté naturelle. Depuis quelques années, les projets domiciliaires de toutes sortes sont sortis de terre, à l'image des banlieues de Montréal et de Québec, de telle facon que Charlevoix est devenu méconnaissable. Que ce soient Petite-Rivière (qui n'a pas fini de changer), Les Eboulements, St-Irénée , les hauteurs de Baie St-Paul et autres, ont subi des transformations qui ont altéré cette belle région ,ces décors et ces paysages. Je soupconne que plusieurs de ces " quartiers" sont occupés que très partiellement durant l'année, par des gens qui viennent des grandes villes commes Québec. Il est évident que le développement de Petite-Rivière St-Francois sonnera le glas de ce beau village qui faisait les beaux étés de Gabrielle Roy, et de tant d'autres villégiateurs de notre pays.

  • Bernard Terreault - Abonné 2 novembre 2018 08 h 40

    Fonds publics

    Ce qui est aberrant c'est de mettre l'argent de MES IMPÔTS dans tout ça. Subventionner des financiers étrangers pour créer des jobines au salaire minimum et détruire en peu plus la Nature. J'aimerais mieux voir mon argent dépensé pour améliorer l'éducation, faire en sorte que 98% des jeunes finissent le secondaire, que 75% finissent au moins le cégep.