Les défis de la couverture des femmes en politique

Lorsque le premier ministre Legault a fait l’annonce de la composition de son Conseil des ministres, il n’a pas manqué de souligner que celui-ci est paritaire.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Lorsque le premier ministre Legault a fait l’annonce de la composition de son Conseil des ministres, il n’a pas manqué de souligner que celui-ci est paritaire.

Les femmes occupent une place de plus en plus significative dans notre paysage politique… mais peut-on en dire autant de leur présence sur le plan médiatique ? Certains défis persistent concernant l’image des politiciennes dans les médias.

L’engagement de plus en plus marqué des femmes en politique ne fait plus de doute. Le 18 octobre dernier, le premier ministre Legault a fait l’annonce de la composition de son Conseil des ministres et n’a pas manqué de souligner que celui-ci est paritaire. À Montréal, le comité exécutif de la Ville est de son côté composé de 6 femmes (y compris la mairesse Plante) sur 13 membres. Nous saluons cet équilibre et sommes heureuses de constater la présence croissante des femmes dans ce domaine.

Comment cette implication politique se reflète-t-elle dans la sphère médiatique ? En septembre dernier, nous avons dévoilé les résultats d’une étude portant sur les représentations médiatiques des femmes aux élections municipales de 2017. Nos résultats montrent que certains partis pris sexistes persistent dans les médias écrits québécois. À titre d’exemple, les candidates aux élections de 2017 ont été représentées dans seulement 29 % des articles de notre corpus, les hommes candidats étaient le sujet central d’un article trois fois plus souvent que les femmes et les prises de paroles des candidats y apparaissent bien plus souvent (70 %) que ceux des candidates (30 %).

Au-delà des chiffres, que dire de la façon dont les médias représentent les femmes politiques au Québec ? Nous soulignons que les journaux écrits en transmettent souvent une image juste et nuancée en mettant en avant leurs qualités et leurs compétences professionnelles.

Des stéréotypes persistent

Toutefois que certains stéréotypes persistent et caractérisent toujours les représentations médiatiques de ces femmes. À titre d’exemple, l’accent mis sur le « charme » de certaines candidates (pourquoi ne pas plutôt choisir les termes neutres de « charisme » ou de « personnalité ») et l’attention soutenue portée aux qualités relationnelles (écoute, ouverture, etc.) des candidates met en lumière que certains partis pris sexistes sont toujours présents et relayés dans les médias.

Certains diront : « Et alors, est-ce un problème que ces dimensions relationnelles soient mises en avant lorsque l’on parle de politique dans les médias ? » Non. Nous pensons fermement que nous bénéficions tous et toutes, individuellement et collectivement, de l’éclatement des vieux standards associés à la survalorisation de la directivité, de la fermeté et de l’intransigeance en politique. C’est une avancée que les femmes (et les hommes !) puissent aujourd’hui remettre en question et redéfinir les façons de faire et de penser la politique. Ce qui importe, toutefois, c’est que les femmes politiciennes aient le choix d’incarner (ou non !) ces aspects plus « relationnels » de la politique.

Or, nous observons que les femmes politiques sont soumises à une double contrainte : elles doivent répondre aux qualités traditionnellement féminines d’ouverture et de compréhension et aux qualités de leader habituellement associées à la politique. Quel défi ! Elles sont ainsi appelées à répondre à la fois aux attentes stéréotypées liées à leur genre et à leur profession ! Cette complexité liée à nos représentations de la « femme politique » est fort bien illustrée dans une chronique parue lors des élections de 2017 où l’on présente Valérie Plante, alors candidate à la mairie de Montréal, comme celle « […] qui représente le meilleur des deux mondes : une assurance d’homme dans un corps de femme qui transpire la candeur et l’absence d’artifice. » (Le Devoir, 1er novembre 2017).

Avec un Conseil des ministres paritaire, espérons que les femmes du Québec de tous âges seront inspirées par ces nouveaux modèles et souhaiteront s’engager en politique. Une couverture médiatique équilibrée et nuancée ne pourra que les y inciter !