Ne laissons pas le champ libre à Mohammed ben Salmane

Le prince Mohammed ben Salmane tente de convaincre le monde qu’il est le réformateur attendu.
Photo: Obandar Al-Jaloud/Palais royal saoudien/Agence France-Presse Le prince Mohammed ben Salmane tente de convaincre le monde qu’il est le réformateur attendu.

S’il y a bien un futur dirigeant mondial pressenti qui a été accueilli dans les pays occidentaux avec tous les honneurs depuis quelques années, de Paris à Washington, c’est bien le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Grâce à une campagne massive de communication, le royaume a tenté de vendre au monde le produit « MBS » comme le grand réformateur qui amènerait le royaume saoudien au XXIe siècle vers la modernité et qui serait plus conforme aux intérêts et aux valeurs des Occidentaux. Peu de gens ont regardé qui était ce nouveau venu et d’où il venait.

Il est arrivé au centre du jeu politique du royaume en 2015, lorsque son père est devenu roi. Mal préparé aux responsabilités politiques, le jeune prince héritier a été mis dans la lumière pour la première fois de sa vie, surveillant constamment par-dessus son épaule ses cousins et ses oncles plus puissants et plus influents que lui. Sa prise de décision est vite devenue impulsive, irrationnelle et souvent motivée par le besoin impérieux de reconnaissance. Dans le même temps, son excès de confiance dans ses capacités en faisait un micro-manager toxique, ne tolérant aucune voix critique et réprimant durement ceux qui osaient s’opposer à lui. Avec des responsabilités, une puissance et une influence croissantes depuis qu’il est devenu prince héritier en 2017, les dérapages se sont multipliés. Sa stratégie au Yémen, son isolement du Qatar, l’enlèvement du premier ministre libanais Hariri, son boycottage du Canada à la suite des commentaires d’Ottawa sur le bilan du royaume en matière de droits de l’homme, montrent que la personnalité de MBS est devenue un obstacle à la stabilité régionale.

L’affaire de trop

L’affaire Khashoggi, qui n’est que la partie émergée de l’iceberg, est l’affaire de trop, peut-être celle qui verra la fin des rêves de Mohammed ben Salmane avant même que son règne ne soit effectivement survenu.

La guerre au Yémen a fait plus de 10 000 morts et a produit l’une des plus graves crises humanitaires du XXIe siècle. Le projet avorté de MBS d’envahir le Qatar aurait pu conduire à une montée des tensions irréversible alors que la crise de 2017 et le blocus contre le Doha ont déjà conduit à la quasi-disparition du Conseil de Coopération du Golfe, outil politique majeur de stabilité de la région. L’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi et tous les détails glauques qui jour après jour révèlent la personnalité diabolique et cynique de MBS devraient pousser les chancelleries occidentales à réagir enfin. Avec des amis et alliés comme l’Arabie saoudite, nous n’avons plus besoin d’ennemis.

Fan de jeux vidéo, MBS est déconnecté du monde qu’il prétend vouloir gérer : il provoque crise sur crise et nous fait courir à tous un grand danger, celui de la déstabilisation de tout le Moyen-Orient, qui conduira inévitablement à celle de l’Europe et de l’Occident. Il est temps de mettre un terme au mélange effrayant pour le monde de sauvagerie, d’ignorance et d’indifférence à toutes les règles de MBS, encouragé par le gouvernement Trump et par son mentor de l’ombre, Mohammed ben Zayed, prince héritier des Émirats arabes unis.

12 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 23 octobre 2018 03 h 54

    Une fatma contre MBS ?

    En mars 2015, un regroupement de 38 imams et dirigeants musulmans canadiens émettaient une fatwa (un avis juridique) condamnant l’État islamique.

    Les raisons qui justifiaient cette condamnation étaient que l’ÉI utilisait des modes d’exécution (défenestration et immolation par le feu) qui ne prévalaient pas à l’époque du Prophète ni dans les siècles qui sont suivis.

    Dernièrement, un dissident saoudien a été dépecé vivant à la scie électrique — un instrument qui n’existait pas à l’époque du Prophète — par des agents de l’entourage du prince héritier Mohammed ben Salmane, surnommé MBS (ou Mr. Bone Saw).

    D’autre part, les organisations musulmanes militant pour le droit constitutionnel de porter voile islamique _intégral_ sont soupçonnées de financement saoudien direct ou indirect.

    Afin de dissiper ces soupçons, pourrais-je suggérer aux imams qui militent au sein de ces organismes d’émettre une fatwa qui condamnerait ces meurtriers et leur(s) commanditaire(s) pour les mêmes motifs qui justifiaient la condamnation de l’ÉI?

  • Samuel Prévert - Inscrit 23 octobre 2018 05 h 37

    La déconnexion

    Trudeau est lui aussi déconnecté du monde qu’il prétend vouloir gérer puisqu'il vend des blindés à l'Arabie saoudite laquelle livre une guerre au Yémen.

    Pour ce qui est des leçons en matière de droits humains, les Saoudiens ont réagi en faisant valoir qu'en interférant dans le référendum sur l'indépendance des Québécois, le Canada ne donnait pas sa place d'autant plus qu'il a provoqué le génocide des francophones du Canada (et continue son travail auprès des Québécois) ainsi que celui des Autochtones...

    Il serait temps de mettre un terme aux relations avec Ryad mais aussi, de dénoncer le mépris, l'arrogance et l'agenda de Trudeau à l'endroit des francophones de plus en plus minoritaires, isolés, appauvris...

  • Gilles Bonin - Abonné 23 octobre 2018 06 h 24

    «Ne laissons pas le champ libre»

    Mais voyons, son royaume est un désert (et pétrolier)... Qui peut penser à un meilleur champ libre? Pas d'illusion, svp.

  • Raynald Rouette - Abonné 23 octobre 2018 07 h 40

    Cessons de faire l’autruche!


    À qui profite ce meurtre gratuit parmi tant d’autres?

    Cette affaire est le point de bascule entre l’Occident supposément démocrate et les dictatures internationales. Nous ne devons plus fermer les yeux ou regarder ailleurs!

    Continuez à vendre des armes à grandes échelles à ces pays pour soi-disant préserver des emplois, c’est se rendre complice et participer aux exactions de tous ces dictateurs.

    Il faut mettre fin à cette hypocrisie collective!

  • Cyril Dionne - Abonné 23 octobre 2018 09 h 17

    Mohammed Ben Salmane, Justin Trudeau et l’incompétence

    Pas besoin de personne pour détruire Mohammed ben Salmane, il le fait lui-même. Voilà la grandeur des régimes monarchiques/théocratiques et la qualité de ses représentants qui n’ont qu’à être né pour aspirer au plus haut sommet politique. Il est impulsif, irrationnel et en amour avec lui-même.

    Il fait parti de la grande lignée des incompétents de la région qui ont pour seul réussite d’avoir été né sur une des plus grande réserve de produits fossiles de la planète. De toute façon, l’ère du pétrole tire à sa fin et que feront-ils plus tard? Ils retourneront dans le jarret des nations pauvres à se demander pourquoi les méchants pays du Nord ont toute la richesse. Ils se diront que c’est pourtant eux, qui ont le vrai dieu de leur côté.

    Pour notre prince héritier, la violence est le refuge de l’inaptitude. Mais de toute façon, lorsque vous accédez au plus haut poste par filiation, vous êtes déjà au royaume de l’incompétence. Et entre fond et forme, comme pour notre Justin, l’adolescent devenu chef, la forme est la capacité de l’incompétence.