La parité une fois pour toutes

«Regardons les choses en face, écrivent les auteures. Nous avons atteint le palier inférieur de la zone paritaire. Le prochain 10% sera tout un défi!»
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Regardons les choses en face, écrivent les auteures. Nous avons atteint le palier inférieur de la zone paritaire. Le prochain 10% sera tout un défi!»

Un résultat de 42,4 % de femmes élues à l’Assemblée nationale du Québec, le 1er octobre dernier, c’est sans conteste une victoire. Un Conseil des ministres paritaire, comme vient de l’annoncer le premier ministre, c’est un motif de réjouissance. Il faut le reconnaître et le célébrer. Mais ne nous y trompons pas. Cela ne s’est pas fait tout seul. La société québécoise était mûre pour ce changement, et les nombreux partenaires de la parité l’ont rendue possible. À force de mobilisations, de prise de parole, de pressions, de revendications, de détermination. L’année qui a précédé l’élection a été particulièrement riche en actions de toute nature qui ont préparé le terrain pour une avancée aussi concluante.

Il fallait s’y attendre. Des voix s’élèvent déjà pour saluer le progrès et, du même souffle, clamer que des mesures contraignantes ne sont pas nécessaires. Pourquoi contraindre quand on a obtenu un si bon résultat naturellement ? Pourquoi une loi si le progrès est arrivé de lui-même ? Parce que nous ne sommes pas en terrain solide. Les avancées en matière d’égalité des femmes dans une société comme la nôtre ne sont pas à l’abri des reculs. La partie n’est pas gagnée à tout jamais. Sans l’adoption d’une loi sur la parité, on risque de laisser le champ libre au bon vieux principe de la discrimination systémique. Sans bruit, avec des allures de normalité, ce type de discrimination s’installe dans les moeurs, les processus, les esprits. Elle conduit au renouvellement des tendances habituelles, aux règles du jeu qui favorisent la reproduction des modèles classiques. Comme le pouvoir fut exercé par les hommes depuis des millénaires, c’est de ce côté-là que sont les acquis. Pas du côté des femmes. La récente percée n’est pas un changement de modèle en profondeur. Cela nous dit que c’est possible — et c’est déjà magnifique —, mais non que c’est acquis.

Regardons les choses en face. Nous avons atteint le palier inférieur de la zone paritaire. Le prochain 10 % sera tout un défi ! Il y a fort à parier que chaque pourcentage additionnel sera gagné de haute lutte. C’est pourquoi nous continuerons de demander l’adoption d’une mesure législative pour pérenniser la parité à l’Assemblée nationale. Car qu’est-ce qu’une loi, sinon la mise en forme d’une conception du bien commun ? Les règles qui nous gouvernent dans leur ensemble définissent le bien et le mal, consignent le permis et l’interdit, tracent les contours de notre idéal de société. Elles sont un puissant signal de ce que nous désirons être collectivement, elles sont l’expression de la volonté d’un peuple. En ce sens, une loi sur la parité ajouterait au progrès du moment la détermination d’ancrer une fois pour toutes la présence des femmes au Parlement dans notre histoire politique. Pour celles qui sont déjà là, ce serait une reconnaissance majeure. Pour celles qui hésitent encore, cela indiquerait qu’on les souhaite et les attend. Pour l’ensemble de la société, on inscrirait la parité à l’encre indélébile, signifiant le désir d’être gouverné à égalité par les hommes et les femmes qui la composent.