Les défis économiques du gouvernement du Québec

Il importe que l’environnement fiscal demeure compétitif, ce qui devrait se traduire, entre autres, par une réduction des cotisations sur la masse salariale pour nos entreprises, soutient l'auteur.
Photo: iStock Il importe que l’environnement fiscal demeure compétitif, ce qui devrait se traduire, entre autres, par une réduction des cotisations sur la masse salariale pour nos entreprises, soutient l'auteur.

Le nouveau gouvernement du Québec aura du pain sur la planche afin de maintenir la vitalité économique actuelle, alors que le vieillissement démographique, les évolutions technologiques, les incertitudes du marché mondial, la réforme fiscale américaine et la transition énergétique demeurent les balises à l’intérieur desquelles va devoir évoluer notre économie au cours des prochaines années.

La grande priorité économique demeure la disponibilité et le développement de la main-d’oeuvre. Du travail, il y en a : manqueront de plus en plus de travailleurs ! Voici le message que martèlent les employeurs québécois depuis des mois, car plusieurs secteurs et régions enregistrent une préoccupante rareté qui se traduira forcément par un ralentissement économique si on ne trouve pas de solutions à court terme.

Les pistes sont variées, mais l’éducation, la formation, l’immigration et l’intégration joueront un rôle clef dans cette équation. C’est sur les bancs d’école qu’est en train de se former aujourd’hui la main-d’oeuvre de demain : un système d’éducation de grande qualité et capable de s’ajuster aux besoins des employeurs est la clef de voûte pour permettre une prospérité durable au Québec, et il en va de même pour la formation des travailleurs en emploi. Parallèlement, il faut faciliter l’intégration des nouveaux arrivants au marché du travail et à notre société, et des bassins de travailleurs demeurent sous-utilisés — pensons aux personnes en situation de handicap ou aux Autochtones, par exemple.

Rappelons que notre province est un des endroits en Amérique du Nord où le fardeau réglementaire et législatif, notamment en matière de normes du travail, est le plus lourd et représente une entrave majeure à la compétitivité de nos entreprises par rapport à leurs concurrents canadiens ou étrangers. Or, la nouvelle Loi sur les normes du travail, tout en voulant améliorer les conditions des travailleurs, nécessitera une amélioration marquée au cours des prochains mois afin de tenir compte davantage des réalités des employeurs. À tout le moins, ce fardeau ne devrait pas être augmenté.

En matière de finances publiques, la prospérité du Québec va dépendre aussi du maintien d’un équilibre budgétaire adéquat pour l’avenir et d’une provision en cas de cycle baissier qui permette de garder une certaine capacité d’investissement de l’État sans augmenter le fardeau fiscal des entreprises et des particuliers. De plus, le portrait de la fiscalité en Amérique du Nord a changé radicalement au cours des derniers mois : il importe que l’environnement fiscal demeure compétitif, ce qui devrait se traduire, entre autres, par une réduction des cotisations sur la masse salariale pour nos entreprises. (...)

Puisque l’efficacité de l’État a été le mot d’ordre du nouveau gouvernement pendant la campagne électorale, la modernisation de l’appareil étatique doit lui permettre d’accroître son agilité tout en conférant la vigueur nécessaire aux institutions publiques. Le gouvernement doit se concentrer particulièrement sur des mesures d’amélioration de la productivité de la fonction publique et doit encourager des investissements ciblés, prévisibles et suffisants en infrastructures de transport. Il doit également continuer de reconnaître l’autonomie et le dynamisme économique des municipalités tout en garantissant des initiatives adaptées aux besoins de développement local et régional.

De plus, les préoccupations liées à la lutte contre les changements climatiques font désormais partie intégrante du développement économique. La nécessaire transition vers une économie plus verte passe par des stratégies d’investissement judicieuses dans la conversion énergétique ou la création de nouvelles filières industrielles à valeur ajoutée, ainsi que des projets structurants en mobilité durable au bénéfice des personnes et des marchandises. Et, pour ce faire, il est nécessaire d’adopter une approche stratégique qui maximise à la fois les retombées et la rentabilité des investissements publics et privés. Oui : les entreprises font partie de la solution.

Enfin, la compétitivité et la prospérité de notre économie sont tributaires de la capacité des entreprises à innover et à diversifier leurs marchés extérieurs. Le gouvernement devra traduire en soutiens concrets sa volonté de permettre aux entreprises de croître dans un environnement concurrentiel en constant changement, en promouvant des mesures favorables à l’entrepreneuriat, à l’innovation et à l’accompagnement.

7 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 19 octobre 2018 01 h 27

    L'enfer québécois

    Ben oui, le cadre réglementaire supposément plus imposant au Québec et le niveau d'imposition plus élevé doivent expliquer que le taux de chômage au Québec est rendu plus bas que celui du reste du Canada! L'économie pour M. Dorval doit viser le bien-être des actionnaires, pas celui de la population.

    • Marcel Vachon - Abonné 19 octobre 2018 09 h 35

      J'ai eu l'occasion de croiser des immigrants ingénieurs qui doivent travailler dans des domaines tellement loin de leurs compétances. Pourquoi? Les règlements des corporations. Pourquoi plusieurs quittent pour aller chez nos voisins et se trouver rapidement un emploi correspondant à leurs qualifications? Notre insécurité genre: 'Ils viennent voler nos jobs". Pourquoi opposer actionnaires et population? Par vos placement et investissements (fonds de pension, REER, FERR, etc) vous êtes actionnaires monsieur Jodoin. Vous n'aimez pas avoir de bons rendements?

  • Marc Davignon - Abonné 19 octobre 2018 07 h 51

    Avez-vous entendu?

    Des phrases creuses, un discourt éculé. Des incohérences aussi tel que «[...] les changements climatiques font désormais partie intégrante du développement économique.»

    En effet, c'est ce dernier qui en est la cause, donc, elle en fait partie ... intégralement.

    Il y a encore le sempiternel rappel du changement ... c'est toujours pareil; on demande une réduction de la charge fiscale.

  • Jean-François Trottier - Abonné 19 octobre 2018 09 h 07

    Un mea culpa serait de mise

    Si le Conseil du patronat avait fait sa job, il aurait réclamé depuis longtemps une forte amélioration de l'enseignement depuis le primaire jusqu'à l'universitaire. pour plusieurs raisons tant sociales qu'économiques, quitte à payer un peu plus.

    Mais non! Toujours la loi du moindre effort! Demander aux autres pour mieux les accuser ensuite!

    Depuis 60 ans il est évident que le Québec s'est enrichi au rythme de son éducation.
    Depuis 1980 le Conseil du Patronat clame pour une réduction des dépenses sans le moindre discernement... sauf les subventions bien sûr!

    Vous n'avez pas l'impresson d'être une caricature de vous-même parfois, clamant de "beaux défis" sans trop se mouiller? Doutez-vous tenir un rôle majeur dans l'économique québécoise?

    La stabilité économique passe forcément par une classe de travailleurs spécialisés enracinée ici, ce qui n'est pas impossible avec des immigrants mais demande un investissement bien plus grand que celui de l'éducation. Vous n'en soufflez mot...parce que c'est pas vous qui payez! Demandez donc à vos membres de payer pour voir.
    La survie des entreprises québécoises passe forcément par la recherche, et pas toujours celle dirigée par l'entreprise. Celle-ci est importante mais une plus grande liberté est nécessaire pour arriver aux belles surprises qui créent des millions et plus.
    Ce qu'on sait, c'est que le marché change complètement tous les deux ans. Former uniquement des techniciens, c'est beau mais... ce sont des... techniciens! Faut des penseurs, hé oui!
    Quel effet a le Conseil du Patronat sur l'éducation depuis au moins 30 ans ? Transformer les universités en laboratoires au service du privé, couper dans la recherche spéculative, ne pas trop s'occuper de langue...

    Hé! La langue est le vecteur de la pensée! En posséder trois mais mal, c'est survivre, pas plus.

    Le Conseil du Patronat doit être plus qu'un syndicat du profit. Un effort d'introspection peut-être ?

  • Marcel Vachon - Abonné 19 octobre 2018 09 h 24

    Je partage votre opinion, monsieur Dorval et espère que certains québequois vont cesser de se considérer comme des porteur d'eau, mais des créateurs de richesses.

  • Hermel Cyr - Inscrit 19 octobre 2018 10 h 16

    Les cancres veulent toujours plus de sous !

    Eh oui. Il faut se diriger encore plus vers le modèle étatsunien et canadian pour ... être compétitif affirme le milieu des affaires. Pourtant, ce modèle est en train de se faire chauffer par les pays émergents d'Asie, qui tous ont un modèle basé sur la participation active de l'État dans l'établissement des orientations et la direction de leurs économies.

    Presque tous les budgets, sous tous les gouvernements québécois, depuis plus de vingt ans, comptent des mesures de décharges fiscales pour les entreprises, des ajouts d’abris fiscaux aux investisseurs etc... Pourtant, nos entreprises prennent du retard dans leurs investissements pour augmenter leur productivité. En clair, elles sont les cancres de notre économie. Sans vision, elles mettent l'argent dans leurs poches sans innover. Et elles demandent toujours plus d'allègements d'impôts, plus d'abris fiscaux et plus de subventions sous prétexte de compétitivité... et certaines, qui font affaire avec l’État, s'empiffrent de contrats gonflés quand elles ne planifient pas les classiques "dépassements de coûts".

    Les vraies entreprises compétitives sont celles qui peuvent dégager des profits tout étant de bons citoyens corporatifs, c’est-à-dire, payer leurs impôts comme tous les particuliers.