Quelle politique pour les régions?

L’expérience des cinq dernières décennies a démontré que plutôt de les irriguer, les grandes villes ont asséché les régions, déplore l'auteur. 
Photo: Olivier Zuida Le Devoir L’expérience des cinq dernières décennies a démontré que plutôt de les irriguer, les grandes villes ont asséché les régions, déplore l'auteur. 

Sous-estimant le rôle que peuvent jouer les régions dans les transitions numérique, énergétique et écologique qui constituent les grands enjeux du XXIe siècle, le gouvernement Couillard a accentué, par ses politiques à incidences territoriales, la concentration démographique et économique sur Montréal et Québec. Un modèle de développement qui vampirise les régions.

Il faut aujourd’hui gérer les dysfonctionnements de ces villes, notamment la congestion routière. Pour ce faire, on a opté pour le REM, de nouvelles stations de métro, le prolongement de l’autoroute 30, etc. à Montréal ; le tramway, le 3e lien, l’élargissement des boulevards Henri IV et Duplessis, etc. à Québec. Autant de solutions qui auront pour effet d’attirer davantage de population et d’entreprises, aggravant du coup les dysfonctionnements, obligeant dans 15 ou 20 ans à penser de nouvelles infrastructures de transport et autres investissements publics coûteux pour rendre le quotidien viable ici.

Sous le gouvernement Couillard, on a poursuivi sans critique la vision du rapport Higgins, Martin, Raynaud de 1971 sur le développement du Québec, faisant de Montréal et de Québec les locomotives économiques de l’ensemble du territoire. Selon la théorie invoquée, les espaces intermédiaires et éloignés allaient se développer par effet d’entraînement.

Faisant ainsi le choix de la concentration sur deux pôles de croissance, le gouvernement a négligé puis abandonné les régions, espérant toujours la réalisation des prophéties du rapport HRM. Or, l’expérience des cinq dernières décennies a démontré que plutôt de les irriguer, les grandes villes ont asséché les régions.

C’est la fuite en avant d’un modèle de développement territorial devenu obsolète depuis la dématérialisation de l’économie, la révolution numérique et leurs applications dans le télétravail, le coworking et la flexibilité du temps de travail, la quête d’une meilleure qualité de vie, etc. Des réalités nouvelles qui « autorisent » désormais l’installation d’entreprises et de familles hors de la Cité. Les régions, avec leurs villes petites et moyennes et leurs villages, redeviennent des lieux de vie, de travail et de production enviables.

Un modèle polycentrique

Les théories actuelles d’aménagement du territoire préconisent une approche qui tend à l’équilibre entre métropoles et territoires, entre centre et périphérie. Les pôles secondaires dans chacune des régions reçoivent une attention particulière.

Misant sur la capacité de reconquête et de recomposition des territoires hors les grands centres, les nouvelles politiques de développement territorial font appel à des stratégies vigoureuses d’investissement en région, faisant contrepoids à celles des pôles centraux. Des investissements publics en infrastructures, équipements et services, ainsi que l’accompagnement à l’installation d’entreprises et à l’accueil de nouveaux arrivants sont mis en avant. Ceci dans le but d’accroître l’attractivité et la compétitivité des territoires régionaux afin d’obtenir une meilleure répartition de la population, de la production, des emplois et des possibilités d’épanouissement pour tous.

Une telle approche fait appel à la solidarité territoriale et à la coopération intermunicipale.

Les MRC

Dans une décision audacieuse du gouvernement, une véritable décentralisation des pouvoirs serait entreprise, confiant aux MRC les compétences et les ressources à la hauteur de leur mandat pour en faire les maîtres d’oeuvre du développement territorial.

Cette responsabilité serait exercée de façon partagée entre les MRC et les municipalités locales, certaines missions d’ordre régional étant confiées à des organismes de concertation et d’intervention réunissant les préfets de chaque région administrative, en conformité avec une Politique nationale de développement territorial précisant les objectifs et les grandes orientations de développement. Cette PNDT aurait comme pendant organisationnel la Politique nationale d’aménagement du territoire chapeautant la Loi sur l’aménagement durable et l’urbanisme, ainsi que la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles. La réunion de ces deux lois majeures sous la PNAT favoriserait une plus grande cohérence dans les actions.

Dans une telle perspective, les MRC constitueraient des bassins de vie et d’activité dynamiques, des lieux attractifs et viables pour les entreprises et les familles dans toutes les régions du Québec.

En plus de lutter contre les disparités régionales par un meilleur équilibre dans la répartition spatiale de la population et de la capacité productive, le développement territorial polycentrique servirait les objectifs du développement durable. La consolidation et la promotion d’un réseau de villes moyennes en régions, complété par un maillage intégré de petites villes et de villages dotés des infrastructures de mobilité et des services publics modernes, viendraient accompagner et renforcer des évolutions en cours mises au service d’un projet territorial déconcentré et durable.

Un tel modèle de développement régional suppose un niveau élevé d’autonomie économique et social des villes et villages en région pour limiter la dépendance aux grands centres et les mouvements pendulaires quotidiens sur de fortes distances entre lieux de vie, lieux de travail et lieux de services.

2 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 19 octobre 2018 07 h 25

    Dynamiser les villes régionales

    Les pays scandinaves, notamment la Suède, ont su favoriser le dynamisme et le développement de plusieurs petites et moyennes villes plutôt que de laisser grossir une ville/région qui, comme Montréal, rassemble la moitié de la population de la nation.

    Sous cet aspect et tant d'autres, la Scandinavie a bien meilleur goût. Les États scandinaves dominent le marché au lieu de s'y soumettre.

  • Laval Gagnon - Abonné 19 octobre 2018 09 h 45

    Un nécessaire palier de gouvernance régionale

    D'accord avec l'analyse de M. Vachon. Par contre je crois que sa proposition, qui correspond à l'approche traditionnelle des théoriciens du développement régional, de faire des MRC le palier de concertation et d'action est désormais incomplète et obsolète. . Pour faire court, sans exclure les paliers municipal et la MRC, je crois qu'il faut se concentrer dans un premier temps sur l'approche de décentralisation démocratique en créant un instance de gouvernance régionale qui imbrique les deux paliers, le local et le national. Une instance composée des élus locaux (municipalités, MRC) et des députés de la région (administrative) vouée à la cohésion et la cohérence des dépenses publiques et du développement du territoire. Pour à la fois réaliser une véritable décentralisation de l'action publique et imbriquer régionalement les pouvoirs démocratiques locaux et québécois. Cela pour que les députés soient imputables du développement de leur région et d'autre part pour responsabiliser les élus locaux dans la gestion de l'occupation du territoire et le développement régional. Au total, 17 chambres régionales, en cohésion sans doute avec une Chambre nationale des régions, dans le cadre d'une vaste opération pour rapprocher le plus possible le pouvoir vers les populations locales et la gouvernance régionale. Qu'ils habitent Montréal (l'île) ou Sept-Iles.