Souveraineté: la victoire de la CAQ ouvre la porte à quatre années de reconstruction

Pour l’heure, le mouvement indépendantiste, bien que devant une nouvelle donne, n’est pas nécessairement plus mal pris qu’au soir du 30 septembre, selon l'auteur.
Photo: Jacques Grenier Le Devoir Pour l’heure, le mouvement indépendantiste, bien que devant une nouvelle donne, n’est pas nécessairement plus mal pris qu’au soir du 30 septembre, selon l'auteur.

Les théoriciens de l’impasse souverainiste, qui cautionnaient la mise en veilleuse par le PQ de son option fondatrice en affirmant qu’il s’agissait là du seul choix raisonnable possible, ont aujourd’hui, plus que jamais, le résultat de leurs enseignements sous les yeux. Le Parti québécois, s’étant enlevé sa raison d’être, s’est confiné presque à la marge électorale ; il a cassé l’opposition PQ-PLQ, puis ouvert le chemin pour un François Legault qui ne pouvait que le battre à plates coutures dans une stratégie d’acceptation du statu quo constitutionnel qui soit électoralement payante. En effet, pendant que le PQ se vidait de ses appuis indépendantistes sans gagner d’autres électeurs par ailleurs puisqu’il demeurait souverainiste sur papier, la CAQ, elle, a pu recueillir beaucoup de votes d’indépendantistes désormais démobilisés, aussi bien que de non-indépendantistes rassurés par sa position assumée en faveur du maintien du Québec dans le Canada.

Quant à l’option de l’indépendance, elle s’est retrouvée entre les seules mains de Québec solidaire qui, devant l’effondrement péquiste, l’émergence d’une nouvelle génération politique et une grande soif de changement, a connu la meilleure soirée électorale de son histoire, mais demeure pour l’instant un parti logé à l’enseigne de l’utopie pour de nombreux Québécois. QS, depuis l’entrée en scène de Gabriel Nadeau-Dubois, a adopté une position indépendantiste concrète et claire ; toutefois, si on a aussi senti, de la part du député de Gouin, une volonté de tirer QS vers quelque chose de plus rassembleur, les résultats à cet égard sont encore peu mesurables. QS demeure un parti très niché dont les propositions souvent hyper idéologiques sont un repoussoir important ; les solidaires arriveront-ils à se recentrer et à adopter une politique plus mature et minimalement pragmatique ? C’est bien possible à moyen et long termes, bien qu’on ne puisse en être certain. Une telle chose supposerait la disparition du PQ — un processus déjà bien entamé — et constituerait un pas important vers le retour d’un grand parti indépendantiste au Québec, tel que le souhaitaient les fondateurs d’Option nationale, fin 2011.

Une révolution des esprits

Les péquistes, toutefois, peuvent encore, théoriquement, espérer reprendre un tel rôle. Cependant, Il faut admettre qu’à ce moment-ci, l’élan favorable est du côté de QS, qui impressionne désormais par la jeunesse de sa base. Il faut également noter que le PQ est très solidement ancré dans la théorie de l’impasse souverainiste et donc, profondément convaincu que la position adoptée par Pauline Marois, puis poussée un cran plus loin par Jean-François Lisée, est la seule possible. Il faudrait une véritable révolution des esprits pour arracher cette vision défaitiste des instances, de la députation et de l’électorat dur de ce parti.

Pour l’heure, le mouvement indépendantiste, bien que devant une nouvelle donne, n’est pas nécessairement plus mal pris qu’au soir du 30 septembre. Si une victoire du PQ avait toutes les chances de mener à quatre années de dure gouvernance et d’immobilisme coûteux, la victoire de la CAQ ouvre désormais la porte sur quatre années de reconstruction, et ce, alors que l’appui à l’indépendance se maintient toujours à un niveau plus qu’appréciable, qui supplante largement les résultats électoraux tant du PQ que de QS et même du PLQ. Bref, tout est encore possible, mais la patience et le travail sont de mise.

18 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 9 octobre 2018 00 h 28

    Le pouvoir ou ‘la cause’

    Au sein du PQ, décider l’ordre des priorités entre prendre le pouvoir ou promouvoir ‘la cause’, c’est comme décider de ce qui est arrivé en premier : la poule ou l’œuf.

    En faisant du porte-à-porte au cours de la campagne électorale, j’ai rencontré de nombreux indépendantistes désabusés.

    Lorsqu’on s’attarde à discuter avec eux, on réalise que lorsqu’ils disent ne plus croire à ‘la cause’ indépendantiste, ce qu’ils veulent réellement dire c’est qu’ils ont cessé de croire que l’indépendance du Québec puisse être réalisée par le PQ.

    La source de cette désespérance (et non de ce désespoir), c’est qu’ils jugent que le PQ a souvent oublié sa raison d’être une fois arrivé au pouvoir, alors qu’il était accaparé par les tâches reliées à la gestion de l’État.

    Dans le quartier populaire d’Hochelaga-Maisonneuve, le PQ puise sa force dans les familles ouvrières, dans les petits salariés d’âge mûr et dans les assistés sociaux.

    Ce n’est qu’une question de temps pour que l’idéologie anticapitaliste de QS vienne gruger l’électorat du PQ, ce que QS n’a pas fait réellement jusqu’ici.

    Le plus grave péril qui guette le PQ, c’est que QS pille le programme du PQ en matière d’immigration, de défense du français et de transport collectif. Trois domaines où le programme de QS est faible et où les propositions du PQ, très supérieures, peuvent facilement s’intégrer au programme politique de QS.

    Chassé de ses terres, le PQ doit partir à la conquête des fédéralistes mous tout en affermissant la virulence de sa critique à l’égard du régime colonial canadian. Cela aura pour effet de d’attire au PQ de nouveaux adeptes tout en ramenant au bercail ceux qui l’ont abandonné.

  • Robert Bernier - Abonné 9 octobre 2018 06 h 07

    Vous auriez voulu quoi?

    Vous écrivez: "Les théoriciens de l’impasse souverainiste, qui cautionnaient la mise en veilleuse par le PQ de son option fondatrice en affirmant qu’il s’agissait là du seul choix raisonnable possible, ont aujourd’hui, plus que jamais, le résultat de leurs enseignements sous les yeux."

    Et si le PQ était arrivé, comme à l'habitude, avec l'offre d'un référendum, et qu'il avait perdu l'élection avec le même pour centage qu'il a eu, ce qui est fort vraisemblable, convenez-vous que ça aurait été, pour l'indépendantisme, envoyer au monde entier le signal de sa mort imminente? Et convenez-vous aussi que perdre un troisième référendum serait pire encore pour ce qui concerne la cause souverainiste, de même que pour la vitalité de ce qu'il resterait au Québec à l'intérieur du Canada? Voudriez-vous, vous personnellement, associer votre nom à la perte du troisième référendum?

    Je pense qu'il faut que la question de l'indépendance soit retirée des mains des partis politiques et qu'elle revienne toute entière à cet organisme hors-parti que sont les OUI. J'ai quant à moi été plutôt content que l'on parle de gouvernance -au moins un peu- dans cette campagne électorale plutôt que de laisser le PLQ dire "référendum" et partir avec la puck sans que l'on ait le temps de le questionner sur son bilan. On fera mieux la prochaine fois, question discussion sur la gouvernance, l'évasion fiscale et l'environnement. Mais il faut bien qu'il y ait un commencement.

  • Raynald Rouette - Abonné 9 octobre 2018 06 h 59

    Ne pavoisez pas trop vite M. Payne


    Je vous invite à lire un texte de Pierre Vadeboncoeur intitulé « Dérapages » paru en mai 2006 dans L’Action nationale. Ce texte est aussi parmi d’autres regroupés dans « Les grands imbéciles » du même auteur, aux éditions Lux.

    Il a prédit, la situation qui prévaut aujourd’hui. Sa conclusion, est que jamais QS, ayant participé à sa disparition, ne remplacera le PQ. Le temps lui donnera raison, j’en suis convaincu!

  • Gilles Bousquet - Abonné 9 octobre 2018 07 h 12

    TENTER d'améliorer le Québec DANS LE CANADA

    Le Bloc québécois, sauf sous Martine, priorisait et préconise encore, la défense du Québec DANS LE CANADA, en améliorant ainsi la place du Québec DANS LE CANADA, pendant que le PQ-Lisée voulait améliorer le Québec DANS LE CANADA, pendant au moins 4 ans, à la place de démontrer qu'il est impossible de le faire..,Misère. 2 affaires fédéralistes...canadiennes.

  • Claude Bariteau - Abonné 9 octobre 2018 08 h 14

    L’indépendance n’adviendra pas si les indépendantistes et leurs partis ne conçoivent le Québec en pays.

    Au PQ, l’indépendance fut l’issue possible d'une négociation sans succès d’une association nouvelle avec le Canada pour un contrôle des impôts, des lois et des accords avec d’autres pays. À QS, elle fut initialement pensée un choix possible après un rapport de membres élus qui élaborent un projet d’avenir, puis, avec la fusion d’ON, elle est devenue le tremplin à définir par la constitutante pour réaliser les vues environnementales, sociales et économiques de ce parti.

    Pour chacun d'eux, l’indépendance est soit l'aaboutissement de l’affirmation d’une majorité ethnoculturelle et ses associés, soit un projet issu d’une constituante. Dans les deux cas, ces partis veulent un mandat par référendum, l’acte fondateur, pour se transformer en régisseurs sans avoir à préciser ce que sera le régime politique au pays du Québec.

    Il y a là une faille, car l’indépendance consiste à s’extraire d’un régime pour en créer un autre, ce qui implique de concevoir les contours du régime à instituer. Tous les promoteurs de l’indépendance ont identifié le territoire qui serait leur, envisagé les liens entre ses habitants, présumé un système politique défini par les habitants, pensé une économie modelée qui, aujourd’hui, ne peut pas faire abstraction de l’environnement, des axes d’échange de biens et d’ententes avec d’autres pays.

    Boucher cette faille implique de penser le Québec en pays à construire plutôt qu’en parlant d’indépendance de façon désincarnée. Un édifice nécessite un plan, un devis, des permis, surtout un accord entre promoteurs. Si les indépendantistes et leurs partis n’arrivent pas à boucher cette faille, ils feront du surplace ad vitam aeternam. S’ils la bouchent, la démarche s’imposera : un référendum avec accord négocié sur ses suites ou une élection plébiscitaire.