La francophonie, notre combat pour la diversité du monde

Une performance célébrant la tenue prochaine des Jeux de la Francophonie à Abidjan, en Côte d’Ivoire, en 2016
Photo: Sia-Kambou Agence France-Presse Une performance célébrant la tenue prochaine des Jeux de la Francophonie à Abidjan, en Côte d’Ivoire, en 2016

La francophonie est pour moi, et pour beaucoup d’entre nous, un combat pour le rayonnement de notre langue et la diversité du monde.

À l’orée de ma retraite du service public, ayant eu le privilège d’être délégué général du Québec en France (2000-2005) et administrateur de l’Organisation internationale de la Francophonie (2006-2015), j’aurai consacré près de 30 ans à contribuer à l’approfondissement des liens franco-québécois et au développement d’une francophonie concrète et utile. Dans une rare complicité avec le secrétaire général de la Francophonie, le président Abdou Diouf, j’aurai poursuivi cet engagement pendant 10 ans en tant que numéro 2 de l’OIF. J’aurai inscrit mes pas dans ceux d’illustres prédécesseurs (Jean-Marc Léger, Jean-Louis Roy…) qui ont apporté leur énergie et leur militantisme à cette organisation atypique du système international.

Sur la scène québécoise

Aujourd’hui, je constate que les Québécoises et les Québécois méconnaissent souvent ce que nous avons construit. En tant qu’ancien administrateur de l’OIF, j’ai longtemps hésité à sortir de ma réserve, choqué de lire et d’entendre ces dernières années tant de faussetés sur la francophonie. Nous avons laissé ces contre-vérités se répandre sans dire haut et fort l’importance, pour l’humanisation de la mondialisation, des grandes organisations linguistiques et culturelles comme la Francophonie.

Au Québec, malgré notre devise, il semblerait que nous ayons oublié ce que la francophonie nous a apporté en fait d’ouverture au monde et de solidarité. Et ce que nous avons apporté en retour en accueillant deux Sommets des chefs d’État et de gouvernement, les Jeux de la Francophonie, mais aussi le siège de l’Agence universitaire de la Francophonie, l’Institut de la Francophonie pour le développement durable, TV5, le premier Forum mondial de la langue française, l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone à l’Université Laval, l’Observatoire de la Francophonie économique à l’Université de Montréal, le Centre FrancoPaix de l’UQAM, le Centre de la francophonie des Amériques, et c’est sans compter le foisonnement de réseaux militants de la société civile.

Pour soutenir l’élan de notre langue, promouvoir la diversité des expressions culturelles, le développement durable, l’éducation et la formation professionnelle, la Francophonie a toujours été notre alliée, notre démultiplicatrice. Elle l’a été, par exemple, pour généraliser le modèle des Centres de lecture et d’animation culturelle, ces « bibliothèques de l’espoir » conçues par les Québécois Philippe Sauvageau et Lucie Alexandre. Ce fut une réussite internationale : plus de 300 de ces centres permettent à 5 millions de jeunes dans une vingtaine de pays d’avoir accès à la lecture, à la culture, au numérique et à l’éducation citoyenne.

Forum de solidarité

Il faut prendre conscience de l’importance de la Francophonie internationale comme forum de solidarité majeur quant aux défis climatiques, démocratiques, sécuritaires, migratoires. Ces défis concernent au premier chef la jeunesse, si nombreuse, si volontaire, mais hélas si entravée dans la plupart des pays francophones du Sud. Pour corriger ces inégalités, nous devons mettre l’expertise des Offices jeunesse internationaux du Québec dirigés avec dynamisme par Michel Robitaille au service de la jeunesse francophone. C’est le sens de la proposition d’un Office francophone de la jeunesse que Louise Beaudoin, Benjamin Boutin et moi-même appelons de nos voeux.

L’Afrique est le continent de tous les espoirs et de toutes les convoitises. Nous avons développé, avec cette région du monde, des relations de confiance et de respect. C’est sur cette base qu’il nous faut intensifier nos échanges avec ce continent, dans tous les domaines.

En éducation, santé, infrastructures, électrification, environnement, numérique, économie sociale, culture, les besoins sont immenses. Un Sommet Québec-Afrique ne manquerait pas de sujets d’intérêt ! De même qu’un Davos de la Francophonie, qui ferait la promotion d’une vision plus équilibrée des relations économiques internationales.

Les perspectives démographiques de l’Afrique francophone (700 millions de francophones en 2050) peuvent faire rêver, mais elles mettent en relief le défi urgent de l’éducation. Dans un contexte de diversité linguistique, l’enseignement des langues française et nationales constitue l’enjeu prioritaire de la francophonie africaine. Certes, la mobilisation d’enseignants, l’ouverture de l’Institut francophone pour l’éducation et la formation (IFEF) à Dakar et le programme École et langues nationales en Afrique (ELAN) vont dans le bon sens, mais ils sont sous-proportionnés par rapport aux besoins. L’éducation est la mère de toutes les batailles !

Les résultats du combat que nous avons remporté à l’UNESCO en 2005 pour la sauvegarde de la diversité culturelle dans la mondialisation sont mis en péril par le développement d’entreprises du numérique oligopolistiques et la montée des populismes destructeurs d’un certain ordre international.

Dialogue interculturel

Dans un monde où le « village planétaire » est en passe de se transformer en une planète de villages, plus encore de communautés balkanisées, la Francophonie doit se recentrer et être aux avant-postes du dialogue interculturel pour porter une vision du monde plus solidaire, plus équitable et plus démocratique. C’est pour cela que son véhicule institutionnel principal, l’OIF, a vocation à demeurer un acteur clé des relations internationales. Elle doit fédérer, rassembler, mobiliser les bâtisseurs d’un monde plus juste. Notre langue en partage est un outil fédérateur et facilitateur du vivre-ensemble.

Pour autant, l’OIF, cette jeune organisation qui aura 50 ans en 2020, doit avoir le souci permanent de servir ses États membres et leurs populations, mais aussi de s’adapter aux nouvelles réalités du monde. Rien n’est joué d’avance. Le travail, la passion et le dévouement de milliers de militants et de centaines de fonctionnaires internationaux qui font vivre les idéaux de la francophonie valent que nous, Québécois, continuions à nous y investir avec nos partenaires. L’ambitieuse politique pour le français d’Emmanuel Macron et les perspectives du Sommet d’Erevan (où la première stratégie pour l’égalité femme-homme, après 25 ans d’actions dans ce domaine, devrait être entérinée) doivent nous encourager à aller de l’avant.

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 6 octobre 2018 11 h 34

    Québec-Afrique

    Liens évidents, de tout type. Il y en a pour les ''idéalistes'' comme pour les ''réalistes''. Comme pays développé, nous pouvons les aider à se moderniser. Pour les entrepreneurs francophones un marché évident. Avec leur démographie galopante et notre grand territoire vide, une source d'immigration francophone.