Leçons et perspectives pour indépendantistes

Selon la présidente de OUI Québec, Claudette Carbonneau, 33% des Québécois ayant voté ont donné leur vote à un parti indépendantiste.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon la présidente de OUI Québec, Claudette Carbonneau, 33% des Québécois ayant voté ont donné leur vote à un parti indépendantiste.

La soirée électorale du 1er octobre en a sûrement décoiffé plus d’un. La CAQ a, à l’évidence, été elle-même surprise par l’ampleur de sa majorité, alors qu’elle ne récolte qu’un peu plus de 37 % des votes exprimés. Elle devient ainsi le premier gouvernement de l’histoire du Québec à obtenir un gouvernement majoritaire avec si peu d’appui populaire ! Dans ce contexte, saluons le premier discours de François Legault, où il s’efforce de se faire rassembleur et ouvert.

Mais la surprise va bien au-delà. Le PLQ et le PQ goûtent sévèrement à la médecine administrée à peu près partout en Occident à l’égard des partis de gouvernement. Mirage ou réalité, le désir de changement a soufflé fort sur l’élection. Ces deux partis, dont les programmes sont très différents (question nationale, austérité, urgence d’une transition écologique et identité), ont chacun une sérieuse introspection à faire.

QS a connu un succès qu’il n’espérait probablement pas. En plus d’avoir triplé ses sièges, il est sorti de Montréal de façon assez convaincante. Il faut certainement y voir les fruits de l’excellente campagne que ce parti et sa chef ont menée et de la réussite de sa fusion avec Option nationale, qui lui a valu deux circonscriptions dans la région de Québec. Enfin, la façon dont les solidaires ont mobilisé les jeunes, notamment dans les villes universitaires de Sherbrooke et de Rouyn-Noranda, est digne de mention. La relance du projet indépendantiste passe sans conteste par l’implication et l’adhésion de la jeunesse.

Une certaine marginalité

Sans inviter QS à bouder son plaisir, une réalité implacable demeure toutefois. Dans 57 des 125 circonscriptions, ni QS ni le PQ n’apparaissent dans la liste des deux principaux partis politiques inscrits dans la course. Si ces derniers ne trouvent pas une façon originale de conjuguer leurs efforts autour de quelques essentiels, ils se condamneront à une certaine marginalité. Ils laisseront orphelin le tiers des Québécois qui a voté pour eux, espérant une action rapide et vigoureuse quant aux changements climatiques, à l’urgence de réinvestir massivement dans nos services publics, sans oublier la responsabilité qu’ils ont de faire advenir le projet d’indépendance, indissociable de ces objectifs.

Les quelques luttes victorieuses à trois ou à quatre auxquelles nous avons assisté sont loin de faire le poids devant les objectifs évoqués plus haut. Voilà qui préoccupe au plus haut point les Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec), dans un contexte où un Québécois sur trois ayant voté pour le PQ ou pour QS doit se contenter d’un maigre 19 sièges sur 125 pour se faire entendre. C’est dire l’urgence d’une réforme du mode de scrutin. En 2018, la volonté populaire en prend pour son rhume. La CAQ règne sans partage, alors que, cynisme aidant, seulement un Québécois sur quatre s’est déplacé pour lui donner son vote, ce qui nuance grandement l’impression de « raz-de-marée caquiste » qui court depuis quelques jours. C’est dire aussi l’importance de revoir le partage des budgets dévolus aux partis politiques pour assurer la représentation des électeurs. Le PQ et QS doivent y avoir accès, au nom du tiers de la population qu’ils représentent. C’est une question de démocratie.

Les faits sont têtus. Des Québécois ayant voté, 33 % ont donné leur vote à un parti indépendantiste. D’autres se sont sentis libres de voter ailleurs ou sont restés chez eux. Voilà qui devrait inciter à la prudence avant de sonner le glas de l’option indépendantiste ! On nous objectera que ce qui motive un vote peut varier d’une personne à l’autre. C’est vrai. Cependant, la question nationale n’est pas un enjeu comme un autre, elle les traverse tous. Réussir la nécessaire transition écologique est certainement plus à portée de main au Québec que dans le pétro-État qu’est devenu le Canada. Assurer notre sécurité culturelle et linguistique, tout comme disposer de tous les leviers nécessaires à notre développement économique et social, passe aussi par la récupération des pouvoirs et des impôts que nous versons à Ottawa. Cessons donc de jouer à l’autruche et de raisonner en vase clos !

Au-delà du mode de scrutin

Ce sont ces débats que les OUI Québec voudront conduire à terme lors des Assises nationales de concertation qu’elles se sont engagées à convoquer quant à l’avenir du projet d’indépendance. Il faudra certes laisser la poussière retomber. Il faudra aussi voir comment évolue l’engagement de la CAQ sur la réforme du mode de scrutin. Tout importante soit-elle, cette réforme ne réglera pas tout. Nous donner une feuille de route commune pour aller vers l’indépendance, renouveler le discours, les façons de faire et les objectifs qui sous-tendent le pays demeurent des incontournables. Enfin, sans préjuger de la forme que cela pourra prendre, nous devrons sortir de ces assises convaincus d’avoir placé sur ses rails une véritable force politique qui nous sorte des divisions paralysantes et qui nous permette, enfin, d’avancer avec plus de cohésion.

22 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 6 octobre 2018 06 h 18

    On a beau vouloir

    que l'idée ne meurt pas... et c'est vrai que 33% d'électeurs ont choisi des partis qui prônent la souveraineté (ou l'indépendance: on ne chipotera pas, c'est du pareil au même au fond)... Mais voilà: le PQ a fait de la souveraineté son objectif capital en regroupant à l'origine une coalition de diverses sensibilités et en terme de gouvernement a opté pour la social-démocratie - il n'a pas réussi à atteindre son but, mais a pu gouverner quelques 19 ans sur les 50 ans de son existence; par ses virevoltes et acrobaties sur la question référendaire (adoption du principe du référendum, report de son échéancier, référendum sur référendum, questions alembquées... etc.), il a disloqué cette coalition essentielle. Saura-t-il se reconstruire?

    Pour l'autre, Québec solidaire, il nage dans l'ambiguité quant à la souveraineté quand vient le temps d'aborder la question et surtout, surtout, il n'en fait pas le point central et principal de son action: il en fait un éventuel objectif QUAND ET SEULEMENT QUAND son projet de société de gauche mirobolante et d'inspiration anti-capitaliste et de nostalgie du communisme de l'homme (et aujourd'hui ajoutons de la femme et de toute la gamme de l'entre-deux) nouveau. On voit où cela a mené de si nombreuses sociétés au cours des 100 dernières années. Saura-t-il devenir réellement d'inspiration démocrate et prendre le chemin du réalisme et SURTOUT, SURTOUT de faire de la souveraineté son but premier? On peut en douter...

    Alors, dans ces conditions, on peut touours espérer quant à faire du Québec un pays «comme les autres»; mais ce ne sera pas demain la veille et peut-être sera-t-il (est-il) trop tard pour envisager une telle chose.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 6 octobre 2018 07 h 03

    Et combien de sérieux(ses) indépendantistes

    se sont sacrifiés en votant CAQ pour etre sur d'éliminer Couillard et le PLQ toxique ?J'en connais quelques uns
    que je ne blame pas.Ils ont tenté de me convertir en vain ancré que je suis au pays ,sa langue,son histoire,sa culture et à tous ceux qui l'habitent.

  • François Beaulé - Abonné 6 octobre 2018 07 h 52

    Rassembler les progressistes

    Le projet indépendantiste divise les Québécois depuis des décennies. Il y a 50 ans, le PQ a formé une coalition gauche-droite pour faire avancer son projet de souveraineté-association. Il a réussi à prendre le pouvoir en 1976 avec 41 % des votes, soit pas beaucoup plus que les 37 % de la CAQ cette année. Le mode de scrutin avait donc permis au PQ de tenir un référendum dont la majorité ne voulait pas. Le résultat du référendum a été très semblable : 40 % de OUI.

    Le projet d'indépendance continue de diviser les Québécois en 2018. Il empêche de réunir tous les progressistes dans un même parti. Or c'est par la prise de pouvoir d'un parti progressiste que le Québec pourrait affirmer son caractère distinct. Voilà tout le paradoxe du projet indépendantiste. Rappelons que Québec solidaire n'est pas d'abord un parti indépendantiste. Une minorité importante de militants de QS n'est pas indépendantiste. QS est un parti socialiste ouvert à l'indépendance.

    Il faut donc mettre de côté le projet indépendantiste et mettre de l'avant un projet social et environnemental pour rassembler les progressistes. La priorité est l'élection d'un gouvernement progressiste et la réalisation de son projet social et environnemental. C'est uniquement par la suite, dans le cheminement vers un Québec différent, que la question de l'indépendance pourra être soulevée de nouveau. Il est erroné et contre-productif de vouloir répondre à l'avance à cette éventuelle question.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 6 octobre 2018 11 h 36

      François Beaulé écrit : « Il faut donc mettre de côté le projet indépendantiste et mettre de l'avant un projet social et environnemental pour rassembler les progressistes. »

      Malheureusement, cela ne tient pas debout. On ne peut pas être environnementaliste sans être indépendantiste.

      En d’autres mots, un parti politique ne peut pas se dire environnementaliste et du même souffle, encourager les Québécois à continuer de payer des taxes à l’État pétrolier canadien. Veut, veut pas, on paie un milliard$ des 4,5 milliards$ du coût d’acquisition du pipeline rouillé Trans-Mountain.

      De plus, à titre d’exemple, si la traversée du Québec par un pipeline devient rentable, le gouvernement québécois n’a aucun pouvoir constitutionnel pour s’y opposer.

      La seule chose qui pourrait empêcher cela, c’est l’accession du Québec à l’indépendance.

      À preuve : si le Québec était déjà indépendant, le Canada exporterait son pétrole vers l’Est par la baie d’Hudson où en contournant le Québec par les États-Unis.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 6 octobre 2018 17 h 42

      @ FB «QS est un parti socialiste ouvert à l'indépendance.» Ah...oui?
      Dans la théorie politique marxiste qui prévaut à QS, le socialisme est... la période de transition entre l'abolition du capitalisme et l'avènement du communisme avec la disparition de l'État ...suivi d'une dictature révolutionnaire et... prolétarienne. Un danger pour la démocratie-sociale... parlementaire /représentative

    • Raymond Labelle - Abonné 7 octobre 2018 13 h 21

      "On ne peut pas être environnementaliste sans être indépendantiste."

      La question environnementale ne peut pas se limiter à une approche "pas dans ma cour". Elle se pose de façon globale. Par exemple, il serait un gros sacrifice pour l'Alberta de diminuer, stopper, voire maintenir sans l'augmenter, sa production pétrolière - pour l'en convaincre, tout le Canada devrait participer au sacrifice.

      De plus, ce n'est pas le fait par lui-même que le Québec devienne indépendant qui ferait en sorte que le Canada soit ou ne soit pas un État pétrolier. Le Canada est une démocratie et, ailleurs qu'au Québec, il y a aussi des gens préoccupés par la question environnementale. Un regroupement de ces forces plus puissants à l'échelle canadienne aurait plus d'impact qu'un regroupement dont le champ d'action est limité à l'échelle québécoise (ce qui n'interdit pas d'agir à l'échelle québécoise, bien entendu).

      Incidemment, c'est en Colombie-Britannique, où le pourcentage de votes pour le parti vert est le plus élevé dans le monde, en tout cas quand on le compare à l'appui au niveau des États-nations.

      Enfin, il n'est pas sûr que la Colombie-Britannique va perdre son recours constitutionnel dans l'affaire Trans-Mountain. Le gouvernement a peut-être acheter l'entreprise en raison de ses craintes de perdre ce recours (la question devient plus d'"intérêt national" si le gouvernement fédéral achète l'entreprise), mais ceci ne veut pas dire que les juges vont nécessairement mordre à l'hameçon.

      Et même si la C.-B. perd, le Québec ne perdrait peut-être pas dans une cause hypothétique "Énergie-Est" (qui, par exemple, menacerait l'approvisionnement en eau potable de la moitié de la population).

      Enfin, il n'y a aucune garantie qu'un gouvernement d'un Québec indépendant sera nécessairement plus environnementaliste qu'un gouvernement fédéral pendant l'éternité.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 6 octobre 2018 08 h 14

    OUI-Québec est un organisme qui cherche sa raison d’être

    Les résultats du dernier scrutin prouvent ce qu’on anticipait déjà lorsque se sont amorcées les pourparler en vue d’une convergence souverainiste.

    Mais cela a échoué et les chemins empruntés par le PQ et QS sont aussi divergents que ceux empruntés par les frères ennemis fédéralistes que sont le PLQ et la CAQ.

    On a dit et répété ad nauséam que les jeunes adultes québécois étaient fédéralistes. Pourtant, grâce à un programme électoral qui rejoint les préoccupations environnementales des Millénariaux, QS a fait croître sa popularité de 10% à 16% depuis 2016.

    Si le PQ veut prendre le pouvoir, il doit faire comme QS; partir à la conquête des deux tiers de l’électorat passifs devant le régime colonial canadien.

    À trop entendre la propagande fédéraliste répéter que la cause indépendantiste est perdue, OUI-Québec en est venu à croire que le PQ et QS doivent cesser de se battre pour séduire les rares Indépendantistes encore en vie.

    À mon avis, l’attitude de OUI-Québec est une attitude de perdants au-delà de laquelle il faut penser.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 6 octobre 2018 10 h 09

      M.Martel,branchez-vous ,préférez -vous le NON-Québec de la propagande fédéraliste
      ou le OUI-Québec entre nous les habitants du territoire discutant du pays.
      Votre attitude de perdant est contre-productive et nocive.
      Ces rencontres seront lentes et les résultats ne se feront pas en criant-lapin mais elles viendront
      aux femmes et hommes de bonne volonté.Peut-on souffrir l'inaptitude et la malveillance du Canada
      envers nous ? Enough is enough.

    • Claude Bariteau - Abonné 6 octobre 2018 11 h 37

      Vous dites que OUI-Québec doit avoir une attitude de gagants. Il y est presque et penser associer le PQ et QS dans une démarche indépendantiste n'est pas une erreur. Ne l'est pas aussi de faire porter les liens entre ces partis sur l'indépendance et l'environnement.

      L'est cependant de concevoir l'indépendance pour « (a)ssurer notre sécurité culturelle et linguistique » en ayant « tous les leviers nécessaires à notre développement économique et social », grâce à la « récupération des pouvoirs et des impôts que nous versons à Ottawa ».

      Un pays ne se crée pas pour la sécurité d'une culture et sa langue, non plus pour récupérer des impôts. Ce discours renvoie à celui qui a mené à la Révolution tranquille.

      Il importe -c'est le défi de OUI Québec- de penser le pays du Québec, qui implique son indépendance, comme 1) le contrôle d'un territoire du Québec, 2) la mise en place d'un système politique d'inspiration républicaine, 3) une économie et son déploiement selon les axes nord-sud et vers l'est avec les pays de l'UE en accordant la priorité à la protection de l'environnement, 4) mais surtout en concevant un régime québécois fondé sur les liens entre ses habitants qui ont fait du Québec leur patrie, en fait des liens que renforcent la citoyenneté et l'exercice du pourvoir.

      Une telle attitude sera gagnante à court terme.

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 6 octobre 2018 14 h 10

      Peut-on me donner une seule chose tangible qu’on doit à OUI-Québec ? Une défaite référendaire ? Une autre au sujet de la convergence souverainiste ? Une démarche prématurée destinée à doter le pays québécois d’une constitution ?

      OUI-Québec n’est qu’une tour d’ivoire indépendantiste qui n’a jamais abouti à rien. Voir la rubrique à son sujet par Wikipédia : que du blablabla.

      En 2014, au colloque destiNation, plus précisément au comité sur la langue, on rejetait une résolution parce qu’elle contenait le mot ‘peuple’, jugé ambigu. On ne savait pas ce que cela voulait dire. Vingt minutes d’avocasseries à soupeser le sens du mot.

      Si tous les indépendantistes de OUI-Québec cessaient leurs discussions byzantines pour rencontrer le ‘peuple’ et le convaincre de l’opportunité de faire l’indépendance, ce serait déjà ça.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 7 octobre 2018 09 h 53

      Votre derniere phrase ou paragraphe répond à votre question en parlant des femmes et des hommes
      de bonne volonté ce qui élimine les fédéralistes à la Couillard.
      La coalition de Legault assi entre deux chaises devra choisir ; donc la présence d'un
      groupe comme OUI-Québec se doit d'exister.

    • Raymond Labelle - Abonné 7 octobre 2018 13 h 23

      "Peut-on me donner une seule chose tangible qu’on doit à OUI-Québec ?"

      L'accord QS-PQ-ON sur la feuille de route menant à l'indépendance. Mais on connaît la suite, pour laquelle on ne peut blâmer OUI-Q toutefois.

  • Claude Saint-Jarre - Inscrit 6 octobre 2018 10 h 30

    ?

    Vous dites que la CAQ récolte 37% des votes exprimés. Le Devoir dit ( dans l'article du 3 octobe, " L'adhésion d,un quart des électeurs a suffi à la CAQ" ) et ici dans son courrier électoral: "
    LE CHIFFRE




    24,87%



    C'est le pourcentage d'électeurs inscrits au Québec qui ont voté pour la Coalition avenir Québec, qui a obtenu un mandat majoritaire hier soir. Autrement dit, un électeur inscrit sur quatre a voté pour le parti qui a remporté les élections — ce qui veut dire, en toute logique, que trois personnes sur quatre n'ont pas voté pour la Coalition avenir Québec.

    Quel est le sens de cette autre manière de voir, sur votre conclusion?

    • Raymond Labelle - Abonné 7 octobre 2018 21 h 18

      S'il est vrai que les abstentionnistes n'ont pas voté pour la CAQ, il est également vrai qu'ils n'ont pas voté contre - ni pour ni contre qui que ce soit d'ailleurs.

      Puisqu'on ne peut rien présumer des personnes qui n'ont pas voté, mieux vaut ne tenir compte que des voix exprimées.

      Les abstentionnistes avaient le droit de vote et ne l'ont pas exercé - respectons leur choix de ne pas s'être exprimé.