Christine Blasey a raison d’être politiquement motivée

Le témoignage de Christine Blasey vient mettre le feu aux poudres dans une campagne politique hautement partisane.
Photo: Andrew Harnik Agence France-Presse Le témoignage de Christine Blasey vient mettre le feu aux poudres dans une campagne politique hautement partisane.

Depuis que son accusation d’agression sexuelle à l’endroit de Brett Kavanaugh a été rendue publique, Christine Blasey fait l’objet d’une campagne massive de décrédibilisation de la part de la droite républicaine et du président Trump, accusant à maintes reprises sa sortie d’être politiquement motivée : « Totally political. »

Il faut le dire, le projet de Trump de placer Kavanaugh à la Cour suprême des États-Unis fait l’objet d’une vaste mobilisation partisane chez les républicains, mais également chez les démocrates, qui dépensent chacun de leur côté argent et énergie sans compter depuis l’annonce en juillet dernier de la nomination présidentielle de Brett Kavanaugh à la Cour suprême. Alors que les républicains veulent saisir une occasion en or d’installer un cinquième juge conservateur à ce poste stratégique, les démocrates auraient beaucoup à gagner à retarder le moment du vote devant la Chambre haute.

Donc chose certaine, le témoignage de Christine Blasey vient mettre le feu aux poudres dans une campagne politique hautement partisane. Par contre, les accusations voulant que la docteure en psychologie soit motivée par des intérêts politiques sont pour le moins ridicules, puisque Blasey est de toute évidence portée par des intentions politiques claires… comme elle l’explique elle-même dans sa lettre adressée au sénateur Grassley, à la tête de la commission du Sénat chargée d’évaluer la candidature de Kavanaugh.

La trêve de silence de Blasey est intimement politique dans la mesure où celle-ci sentait une responsabilité citoyenne à l’égard de ses consoeurs et confrères quant à la nomination d’une personne qui aura, pour toute la durée de sa vie, le devoir de trancher sur des enjeux sociaux épineux, dont les questions touchant les droits des minorités, le droit à l’avortement et la régulation des armes à feu aux États-Unis. Elle précise avoir ressenti une impression d’urgence quant à la divulgation d’une information qui peut s’avérer centrale au processus de décision de la commission sénatoriale. Sa sortie est politique, parce qu’elle souhaite faire de son expérience personnelle une revendication collective, comme l’ont massivement fait les femmes dans les dernières années. Il s’agit de rendre public ce qui est historiquement relégué à une sphère dite « privée » de la vie.

Campagne de décrédibilisation

Dès que l’annonce fut rendue publique, les républicains s’en sont donné à coeur joie dans une campagne de décrédibilisation contre Blasey. Le sénateur Hatch a prétendu qu’elle serait tout simplement « confuse », et une série de publications sur les réseaux sociaux (maintenant retirées) proposaient qu’elle se soit carrément trompée d’agresseur, alors que Trump y est allé d’un classique en matière de responsabilisation des survivantes d’agressions sexuelles : cette attaque ne devait pas être aussi grave qu’on le prétend, puisqu’aucune plainte n’a été déposée à la police immédiatement après les événements. Il convient donc peut-être de rappeler à ces messieurs que les violences sexuelles ne sont que très rarement rapportées justement parce qu’elles sont systématiquement remises en question et niées par les institutions que sont les forces de l’ordre, les tribunaux et les médias, pour ne nommer que celles-ci.

Ceci étant dit, tout porte à croire que les événements allégués par Blasey sont assez significatifs pour que celle-ci persiste dans des démarches qui sont lourdes de conséquences pour elle et pour ses proches, comme elles le sont souvent pour les survivantes qui sortent du silence. Effectivement, des menaces de mort lui ont été adressées quelque temps seulement après son entrevue au Washington Post, et elle a eu, cette semaine, à livrer son témoignage devant la nation entière, avant d’être interrogée par Rachel Mitchell, procureure spécialisée dans la défense d’accusés d’agression sexuelle. C’est à se demander si Mme Blasey n’a pas eu à subir un procès sur la scène publique.

Quoi qu’il en soit, de minimiser des actes de violence sexuelle sous prétexte que l’accusé n’avait que 15 ans au moment des faits allégués reviendrait carrément à lancer le message aux jeunes hommes d’aujourd’hui que le harcèlement, les agressions sexuelles, l’objectification et l’exhibitionnisme ne les empêcheront pas de siéger à la Cour suprême et qu’ils sont encore assez jeunes pour agresser sans conséquence.

La sortie de Christine Blasey est hautement politique et elle a toutes les raisons de l’être, tout particulièrement dans un contexte où un président lui-même accusé d’agression sexuelle par de nombreuses femmes travaille à installer aux plus hautes fonctions du pays des hommes dans lesquels il se reconnaît.

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2 commentaires
  • Gilbert Talbot - Abonné 29 septembre 2018 11 h 51

    Félicitations madame Blaisey

    J'admire votre courage madame Blaisey, d'avoir affronté ainsi seule ce parterre de mononcles (et même grand mononcles) qui ne voyaient en vous qu'un obstacle à tasser sur le chemin glorieux du chevalier Kavanaugh. Mais ce preu chevalier n'est pas à la hauteur de Don Quichotte, peu s'en faut. Il était colérique, agressif et empli de lui-même. En fait, oui il ressemble à DonaldTrump pour qui l'important c'est le pouvoir et écraser quiconque et par quelque moyen que ce soit se mettrait sur sa route. Malheureusement, il a rencontré une femme droite, claire et honnête. Et d'autres femmes se sont joints à elle pour faire plier M. Flake, l'un des rares sénateurs républicains avec un coeur humain.
    On verra cette semaine jusqu'où ira l'enquête du FBI, mais je peux vous dire tout de suite: pour moi, vous avez gagner la partie.

  • Claude Gélinas - Abonné 29 septembre 2018 12 h 28

    Ce candidat discrédite la Cour suprême.

    Courageuse est cette femme victime de ce candidat à la Cour suprême qui sous les effets de l'alcool a perdu la mémoire de devoir rappeler cet évènement traumatisant devant un aéropage composé à majorité de vieux messieurs qui continuent, malgré ses frasques, ses mensonges et ses tweets menteurs, à soutenir l'auteur libidineux de cette nominaiton.

    Il fallait entendre le ton hargeux et vengeur de ce candidat débordé dans le champ politique alors que sa candidature aurait exigé le respect de l'obligation de réserve