Et si le Québec rêvait de «factocratie»?

La désinformation est une industrie sans scrupules qui intoxique la sphère publique. Elle inspire aux gens sensés les croyances les plus farfelues.
Photo: Pixhere La désinformation est une industrie sans scrupules qui intoxique la sphère publique. Elle inspire aux gens sensés les croyances les plus farfelues.

Démêler le vrai du faux est un besoin criant pour tout le monde.

La propagation des fausses informations est un fléau social qui affecte 100 % de l’électorat, mais dont personne ne parle en campagne électorale.

Question aux partis politiques : avez-vous des idées pour combattre la désinformation ?

En 2018, des recherches ont soutenu que :

En moyenne, les vraies informations prennent six fois plus de temps que les fausses pour atteindre 1500 personnes sur Twitter (MIT).

97 % des personnes connectées consultent l’Internet concernant leur santé, mais environ 50 % des réponses qu’elles y trouvent sont fausses ou incomplètes (Québec Science).

Près de 70 % des 33 000 personnes sondées sur ce sujet dans 28 pays considèrent les « fake news » comme une arme dangereuse (Edelman).

Si les termes « fake news » et « faits alternatifs » étaient inconnus du grand public lors de l’élection précédente, l’idée que nous vivons tous à « l’ère post-factuelle » fait aujourd’hui l’unanimité.

La désinformation est une industrie sans scrupules qui intoxique la sphère publique. Elle inspire aux gens sensés les croyances les plus farfelues. Elle fertilise au quotidien l’ignorance, la confusion, la peur, les préjugés et l’extrême insignifiance. Et elle tue.

La viralité des fausses informations s’attaque à l’essence même de la démocratie. Chaque personne honnête qui se présente aux élections (et il y en a plus qu’on pense !) est systématiquement perçue comme une personne indigne de confiance.

Données récentes des firmes Léger et Ipsos :

Seulement 10 % de l’électorat québécois fait confiance aux promesses électorales.

Seulement 18 % des gens font confiance à l’information provenant des politiciens (contre 85 % des gens lorsqu’elle provient des scientifiques).

Nous avons tous besoin d’une démocratie où l’électorat a le pouvoir de « voter vrai ». Au même titre que la lutte contre le racisme et le sexisme, la lutte contre la dictature du faux mérite d’obtenir un appui ferme de tous les partis politiques.

Notre société doit se mobiliser pour « l’intelligence factuelle ». Il y a urgence de torpiller la désinformation. Tout le monde aura toujours besoin des faits exacts pour faire des choix éclairés dans chaque sphère de sa vie, incluant les jours de vote.

Le meilleur antidote à la désinformation est la vérification des faits. La recherche de solutions logiques aux problèmes de notre époque nécessite d’encourager la science, le journalisme factuel et le « fact-checking ». Il faut vite passer à « l’ère post-post-factuelle ».

Le premier État de droit qui choisira d’investir adéquatement dans « l’intelligence factuelle » agira sans conteste au bénéfice de toute la population, présente et future. Et si notre petite société distincte donnait l’exemple à travers le monde ?

Et si le Québec offrait à la démocratie une nouvelle meilleure amie ?

Quant à la factocratie, je propose la définition suivante : idéal de société dans laquelle les prises de décisions sont appuyées sur des faits vérifiés et facilement accessibles.

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