Ne répétons pas le naufrage du FFM

«Pendant que l’offre de studios au Québec fait du surplace, le reste du Canada et le monde entier mettent les bouchées doubles», affirme Pierre Karl Péladeau.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Pendant que l’offre de studios au Québec fait du surplace, le reste du Canada et le monde entier mettent les bouchées doubles», affirme Pierre Karl Péladeau.

Grâce à la présence de studios comme ceux de MELS et à des artisans et techniciens de grand talent, l’industrie du tournage cinématographique a pris une importance économique significative pour Montréal et le Québec depuis plus d’une décennie.

Au cours de cette période, la multiplication des plateformes de diffusion a également retenu l’attention de nombreux gouvernements soucieux de convertir cette effervescence en retombées économiques.

Pour sa part, le Québec a l’an dernier accueilli 23 tournages étrangers ayant entraîné des dépenses directes de 383 millions. C’est une hausse de 28,5 % par rapport à 2016 et de 440 % par rapport à 2009, ce qui est impressionnant. Cela ne représente toutefois que 11 % des tournages étrangers réalisés au Canada. Avec respectivement 62 % et 23 % des tournages, la Colombie-Britannique et l’Ontario accaparent toujours la part congrue de cette industrie.

Si le Québec veut faire mieux, il doit impérativement faire deux choses : investir dans la construction de nouveaux studios pour accueillir davantage de productions et offrir un environnement fiscal prévisible pour les producteurs étrangers qui souhaitent venir tourner ici.

Mais l’un ne va pas sans l’autre.

C’est pourquoi, au cours de la dernière année, Québecor a multiplié les rencontres et les communications avec le gouvernement en place afin d’obtenir la prévisibilité nécessaire pour investir quelque 40 millions dans la construction de nouveaux studios chez MELS. Sans obtenir la garantie que le principal outil d’attraction des tournages étrangers, le crédit d’impôt pour services de production cinématographiques ou télévisuels, sera maintenu dans les années à venir, les studios comme MELS sont à la merci de changements d’orientations gouvernementales — comme les coupes dans les crédits d’impôt aux entreprises effectuées en 2014 — qui viendraient réduire l’attractivité du Québec dans le marché extrêmement concurrentiel des tournages.

Malheureusement, nos démarches auprès du gouvernement de Philippe Couillard n’ont jusqu’ici pas porté leurs fruits, nous forçant à mettre notre projet d’investissement sur la glace, et avec lui, la création de centaines de nouveaux emplois.

Pourtant, si nos gouvernements ont pu conclure des ententes écrites garantissant la pérennité de leurs crédits d’impôt à des entreprises étrangères dans le secteur du jeu vidéo, comme Ubisoft et Warner, pourquoi ne pourraient-ils pas en faire autant pour des entreprises d’ici évoluant dans une industrie qui génère des centaines de millions de dollars en retombées économiques et qui contribue de façon significative à la balance commerciale du Québec ?

Ailleurs dans le monde

Or, ne nous méprenons pas, pendant que l’offre de studios au Québec fait du surplace, le reste du Canada et le monde entier mettent les bouchées doubles. Suivant son acquisition des studios Pinewood de Toronto en mars dernier, Bell a annoncé des projets d’expansion de plus 170 000 pieds carrés sur ce site. Puis, ce mois-ci, deux autres projets d’importance ont été annoncés dans la Ville Reine : First Studios City, un projet de 100 millions à Markham devant contenir le plus grand studio au Canada et la création d’un nouveau studio du diffuseur américain CBS à Mississauga.

C’est sans parler des nombreux investissements majeurs effectués ailleurs en Amérique du Nord, dont notamment ceux de l’État de la Géorgie qui, grâce à des installations comptant des millions de pieds carrés, attire maintenant des dizaines de productions importantes chaque année.

Et l’Europe n’est pas en reste. En France, les dépenses des productions étrangères ont triplé en 2016 à la suite de la bonification de 10 % du crédit d’impôt destiné aux tournages, tandis qu’au Royaume-Uni, ce secteur d’activités a connu une croissance de 72 % depuis 2014 grâce aux incitatifs mis en place par le gouvernement britannique.

Bref, l’urgence d’agir est évidente. On ne peut rester assis sur nos mains et laisser nos concurrents canadiens et étrangers nous damer le pion. C’est pourquoi, à la veille de cette élection, nous invitons tous les partis à fournir à l’industrie du tournage, comme elle l’a fait pour celle du jeu vidéo, la prévisibilité qu’elle demande en prenant l’engagement formel de maintenir le crédit d’impôt pour services de production cinématographiques pour la durée de leur prochain mandat.

Québecor est prête à contribuer au développement continu de cette industrie en investissant des dizaines de millions dans la construction de nouveaux studios capables de répondre aux besoins des producteurs étrangers. C’est maintenant au prochain gouvernement, peu importe sa couleur, d’en faire autant en assurant la pérennité du crédit d’impôt qui soutient la place du Québec dans cette industrie. Des milliers d’acteurs, de techniciens, d’artisans, de restaurateurs et d’hôteliers leur en seront reconnaissants.

Il nous faut éviter que notre industrie suive la même trajectoire que le FFM et qu’elle se déplace à Toronto comme cela s’est produit avec le grand succès qu’est devenu le TIFF.

2 commentaires
  • Carmen Langlois - Inscrite 28 septembre 2018 14 h 06

    Un investissement sûr

    Bon projet à soutenir. Que de l'argent neuf investi au Québec, pour faire travailler nos artisans et artistes de l'image si talentueux et reconnus des producteurs canadiens, américains aussi bien qu'européens! Voilà ce qu'apportent les tournages de films, vidéos, ou séries web tournés au Québec. Nous avons perdu du terrain, à nous de le reprendre.

  • Geneviève Laplante - Inscrite 28 septembre 2018 17 h 28

    Le sens des mots

    Il y a maldonne ici. Au troisième paragraphe, on peut lire que le Québec obtient 11% seulement des tournages étrangers, comparativement à 62% pour la Colombie-Britannique et à 23% pour l’Ontario. Or, M. Péladeau prétend que ces deux dernières provinces accaparent « la portion congrue ». L’adjectif « congru » signifiant « à peine suffisant », j’en déduis que l’auteur de l’article utilise un terme dont il ignore le sens. C’est dommage, parce que l’objectif de cet écrit s’en trouve faussé.