Réformer la démocratie pour la rendre plus vivante

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Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Selon l'auteur, l’action sociale et politique apparaît comme la principale façon de faire bouger les choses et de prendre l’avenir du Québec en main.

La démocratisation de la société a été le fer de lance du Québec moderne. Cette aspiration d’être « maîtres chez nous », qui est au coeur de la Révolution tranquille, rend compte de la volonté des Québécoises et des Québécois à tenir les rênes de leur destin et à s’approprier les institutions sociales, économiques et politiques qui les entourent.

L’action sociale et politique apparaît alors comme la principale façon de faire bouger les choses et de prendre l’avenir du Québec en main. Cette effervescence sociale et politique se traduit par un taux de participation électorale élevé, dépassant fréquemment la barre des 80 % au cours de la période, et par la création de centaines d’associations et de groupes populaires ou communautaires permettant aux citoyennes et aux citoyens de s’exprimer et d’agir sur différentes problématiques sociales qui les concernent.

À partir des années 1980, ce processus de démocratisation a été mis à mal par les technocrates et les apôtres du néolibéralisme qui ont amené l’appareil gouvernemental à se désengager de sa mission sociale. Ainsi, au nom de l’efficience économique, la démocratie vivante et participative qui a été le moteur de la modernisation du Québec a été progressivement sacrifiée : on a supprimé les mécanismes électifs en santé et en services sociaux ; on a aboli plusieurs structures de concertation locales et régionales ; on n’hésite pas, aujourd’hui, à remettre en question les référendums municipaux ou les élections scolaires.

Consultations technocratiques

Au lieu de travailler à renforcer ces mécanismes de participation sociale qui, c’est vrai, n’étaient pas optimaux, on les a abandonnés pour les remplacer par des mécanismes de consultations technocratiques. De fait, le rôle des citoyennes et des citoyens se voit réduit à celui d’un intrant, c’est-à-dire une source d’information à prendre en compte dans un processus de décision sur lequel ils ont techniquement très peu de pouvoir. Il en résulte une démocratie affaiblie et désincarnée à laquelle de moins en moins de gens s’intéressent et à laquelle de moins en moins de gens accordent de la légitimité. À preuve, moins de 25 % des gens font confiance aux politiciens. Pas surprenant, dans ce contexte, que le taux de participation électorale peine à dépasser les 70 % aux élections provinciales, et les 45 % aux élections municipales depuis le début des années 2000.

Pour lutter contre cette crise de légitimité, il importe de renouer avec cette démocratie vivante et participative qui a fait du Québec « quelque chose comme un grand peuple ». Ainsi, on invite tous les partis, et surtout le prochain gouvernement, à s’engager dans la mise en place d’un scrutin mixte compensatoire comprenant une forme de représentativité proportionnelle qui reflète plus fidèlement le vote de chacun des électeurs. Sans cette réforme fondamentale du mode de scrutin, on craint fort qu’ils soient de plus en plus nombreux à chanter : « Élection, piège à cons. »

Cela dit, la démocratie ne saurait se résumer à des élections tous les quatre ans. Il faut qu’elle s’enracine dans la vie quotidienne des citoyennes et des citoyens grâce à des structures de gouvernance locale et régionale qui permettent à la population de participer activement aux décisions qui touchent les différents enjeux qui les préoccupent. Ainsi, on invite tous les partis à réinvestir dans des structures et des mécanismes de participation citoyenne et à se doter d’une vision de la gouvernance locale et régionale qui favorise la représentation de tous, notamment les segments de population qui sont systématiquement sous-représentés (femmes, jeunes, personnes en situation de pauvreté, Autochtones, personnes racisées, etc.). Dans cette optique, il importe d’encourager le développement des organisations que l’on retrouve dans les secteurs de l’action communautaire autonome, de l’économie sociale et du réseau public qui permettent aux citoyennes et aux citoyens d’exercer un certain pouvoir sur les services auxquels ils ont accès.

Finalement, on invite l’ensemble des partis et le prochain gouvernement à redonner le pouvoir aux citoyennes et aux citoyens afin qu’ils puissent reprendre leur place en tant qu’acteurs de changement social et faire de la démocratie le projet de société du Québec de demain.

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4 commentaires
  • Jean Lapointe - Abonné 27 septembre 2018 08 h 41

    Je ne saurais mieux dire. Merci monsieur Paquin.

    «À partir des années 1980, ce processus de démocratisation a été mis à mal par les technocrates et les apôtres du néolibéralisme qui ont amené l’appareil gouvernemental à se désengager de sa mission sociale.» (Steven Hill Paquin)


    Je ne saurais mieux dire. Mais j'ajouterais que ce n' est qu'avec le Parti québécois au pouvoir que nous pourrions renouer avec ce processu de démocratisation si souhaitable pour le bien de l'humanité.


    Le PLQ et la CAQ ne veulent malheureusement pas de cette démocratisation parce que ça ne va pas dans le sens des intérêts qu'ils défendent. QS est encore pire. Ils sont carrément contre la démocratie les QS.Au contraire ils privilégient l'autoritarisme parce que c'est plus efficace à leurs yeux. A preuve la structure qu'ils se sont donnée. Contrairement à ce qu'ils prétendent elle n'a rien de démocratique à mon avis.

    Le Québec est à la croisée des chemins. Celle élection qui vient est des plus importante. J'ose espérer pour le mieux.Mais je suis terriblement inquiet.

  • Jean-François Trottier - Abonné 27 septembre 2018 11 h 12

    Je suis un peu tanné....

    ...de lire le mot "néolibéral".

    Je suis contre le néolibéralisme. Mais est-ce une raison pour l'accuser à tout propos en se créant un genre de paradis d'autrefois, comme quoi "c'était bien mieux avant" ?

    "De fait, le rôle des citoyennes et des citoyens se voit réduit à celui d’un intrant,...Il en résulte une démocratie affaiblie et désincarnée".
    Difficile de faire pire comme raccourci. Jer me demande par quel bout prendre une telle ânerie.

    La démocratie est malade depuis sa création en Grèce, quand les hommes ont voté que les femmes n'avaient pas le droit de vote. Néolibéralisme ??
    Les bourgs pourris en Angleterre, c'était un relent du féodalisme. Néolibéralisme ?
    Alors le "se réduit" et le "résulte", qui signifient "c'était mieux avant", on les biffe et on respire un peu.

    La démocratie est toujours tout-croche partout, pour des raisons structurelles et humaines. Les votes, ça s'achète partout et de mille façons différentes.

    Mais ça c'est rien! Faut dire que, quand on part sur des prémisses pareilles...
    LA solution... ayoye!

    " Il faut qu’elle (la démocratie) s’enracine dans la vie quotidienne des citoyennes et des citoyens grâce à des structures de gouvernance locale et régionale qui permettent à la population de participer activement aux décisions qui touchent les différents enjeux qui les préoccupent."

    Que c'est bôôô sur papier!

    L'une des pires démocraties a été l'URSS, qui avait l'organisation par quartier dont vous parlez, point pour point. Délation, contrôle...

    L'organisation de quartier doit être organique, jamais décidée ni même aidée par le haut (sauf via un budget), sinon la balance du pouvoir entre UN quartier et le gouvernement provoque par lui-même l'inversion du courant : le gouvernement prend le contrôle sur chaque quartier, à coup de bonnes intentions et de "vision éclairée"!! Ça, jamais!

    Je résume : votre paradis perdu n'a jamais existé. Votre solution est pire que tout.

    Mais merci pour les bonnes intentions.

  • Pierre Raymond - Abonné 27 septembre 2018 12 h 14

    Les gouvernement ne font pas la " job ".

    « À partir des années 1980, ce processus de démocratisation a été mis à mal par les technocrates et les apôtres du néolibéralisme qui ont amené l’appareil gouvernemental à se désengager de sa mission sociale. » Steven Hill Paquin

    Il suffit de voir le NOMBRE d'organismes communautaires, citoyens ou autres pour comprendre que les gouvernements NE FONT PAS LA JOB.

    Il est évident que le Gouvernement ne pourra jamais couvrir tous les angles mais présentement, une trop grande partie de la société civile québécoise est en mode MOBILISATION pour surveiller, interpeller, contester et dénoncer les agissements de nos gouvernements.

    Il faut que ça change et le PREMIER PAS consiste à modifier le mode de scrutin ; puis, il restera encore beaucoup à faire.

    • Pierre Fortin - Abonné 27 septembre 2018 18 h 28

      Vous affirmez justement « Il faut que ça change et le PREMIER PAS consiste à modifier le mode de scrutin ; puis, il restera encore beaucoup à faire. »

      Je me permets d'ajouter que ce n'est pas en faisant dos au vent qu'on sortira de la tempête.