La souveraineté des Premières Nations au programme du prochain gouvernement

Le Chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, a répondu aux questions des journalistes devant le palais de justice de Val-d'Or. 
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le Chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, a répondu aux questions des journalistes devant le palais de justice de Val-d'Or. 

À moins d’une semaine du vote qui verra l’arrivée possible d’un nouveau gouvernement provincial, je dois dire que je suis peu impressionné par ce que j’ai entendu des partis en présence jusqu’à maintenant. Même lorsqu’ils prétendent reconnaître les intérêts des Premières Nations, les chefs des principaux partis politiques minimisent notre réalité et nos droits. La désinvolture des chefs sur les enjeux qui importent aux Premières Nations ne nous donne d’autre choix que de signifier au prochain gouvernement qu’ils auront la souveraineté à leur programme politique : celle des Premières Nations.

Un seul parti politique reconnaît l’évidence des droits de nos nations. Questionnée sur les frontières d’un Québec souverain, la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, a dit : « On va partir avec les délimitations actuelles du Québec, puis on va discuter avec nos frères et soeurs autochtones. » L’ex-ministre péquiste Joseph Facal a dénoncé cette déclaration dans le Journal de Montréal, affirmant que « quant aux Autochtones, leurs droits actuels, qu’ils soient territoriaux ou liés à leur statut de nations ou de minorités, n’incluent aucun “droit” à la sécession ». Il oublie toutefois de mentionner que les peuples autochtones possèdent le droit à l’autodétermination et qu’en vertu de ce droit et du statut de gouvernement, nos peuples ont le droit de décider de leur statut politique et, s’ils le désirent, de choisir de demeurer au sein du Canada si le Québec décidait de s’en séparer. C’est Manon Massé qui a raison : le territoire d’un futur Québec souverain devra être négocié avec les gouvernements des Premières Nations.

Dans une récente sortie publique, j’ai mentionné que le prochain gouvernement devra revoir en profondeur la relation politique entre l’État québécois et les gouvernements des Premières Nations. À voir la réaction des chefs de parti, force est de constater que l’establishment politique n’a rien compris, ou, pis encore, se moque complètement des fondements qui devraient servir de guides dans l’établissement d’un dialogue durable, mais surtout productif, avec les Premiers Peuples.

Territoire non cédé

Les faits sont éloquents : le Québec est un territoire autochtone non cédé ; les Premières Nations possèdent un titre aborigène et des droits ancestraux et issus de traités protégés par la Constitution, le même document qui reconnaît notre droit à l’autonomie gouvernementale. Maintes fois, la Cour suprême du Canada a rappelé les gouvernements à leurs obligations, notamment à leur devoir de concilier les responsabilités de la Couronne avec la « souveraineté préexistante » des Premières Nations.

Non seulement nos peuples étaient souverains avant l’immigration des colons européens, mais cette souveraineté n’a jamais été abandonnée. Il est maintenant temps de la reconnaître.

D’ailleurs, une analyse rapide des quatre dernières semaines me permet d’affirmer sans hésitation que, n’eût été le dossier d’immigration qui nous a permis de nous immiscer dans la campagne (puisque nos populations largement sans emploi représentent une belle solution à l’enjeu de pénurie de main-d’oeuvre), nous aurions une fois de plus été invisibles. Les enjeux qui intéressent les Premières Nations sont totalement absents du radar politique, comme si les questions que pose cette relation pourtant fondamentale entre l’État et nos peuples étaient accessoires, voire négligeables.

Ça suffit ! Nous n’accepterons plus de jouer aux spectateurs alors que l’État québécois continue de nier nos droits fondamentaux, surtout à l’égard de nos territoires et de nos ressources. Combien de fois faudra-t-il le répéter ? Le territoire que tout le monde s’approprie, tous partis confondus, est un territoire dont le sol et le sous-sol sont encore grevés d’un titre ancestral. Oubliez vos découvertes et vos conquêtes. Ces réflexes coloniaux sont révolus et contribuent à isoler le Québec dans son passé. À partir du 1er octobre, la souveraineté des Premières Nations sera bel et bien à l’ordre du jour.

13 commentaires
  • Paul Toutant - Abonné 26 septembre 2018 06 h 09

    Ouais,bon...

    Cher Monsieur Picard, votre fougue est belle à voir, mais vos propos, une fois de plus, n'iront pas très loin. La campagne électorale ne s'intéresse pas aux Premières Nations pour une simple raison: les Premières Nations ne s'intéressent pas à la campagne électorale. Où sont les candidats amérindiens? Où sont les Amérindiens dans les débats? Il n'y a personne derrière vous, malheureusement. Alors, une fois de plus, vous criez dans le désert et très peu de gens des Communautés se déplaceront pour voter, comme d'habitude. Ce n'est pas joyeux, mais c'est comme ça.

    • Cyril Dionne - Abonné 26 septembre 2018 10 h 30

      M. Picard profiterait d'une grande ferveur populaire s'il nous disait qu'il est contre le principe des réserves et les milliards qui s’ensuivent, reviennent et sont contrôlés, sans droit de regard des généreux contribuables, aux chefs autochtones. Au lieu de s’époumoner contre les « méchants blancs », il devrait penser plutôt à faire instruire son peuple à la lumière de la 4e révolution industrielle de l’automation, de la robotique et de l’intelligence artificielle, eux qui n’ont pas encore accédé à la 1ère révolution industrielle. On imagine que les élections qui élisent les politiciens qui distribuent les cadeaux aux Autochtones, ne sont pas importantes.

  • Gilles Bousquet - Abonné 26 septembre 2018 06 h 36

    Quelques milliards, hier, à M. Picard et aux autres Premières Nations ? !

    M. Legault vient de promettre des milliards à nos Premières Nations, si elles s'appellent encore ainsi, sans trop savoir ce qu'elles veulent vraiment, à première vue. On pelte des milliards en périodes électorales de tous côtés. Allô les finances du Québec contre les besoins mal évalués de ce qui était jadis, les Indiens et les Esquimaux. !

  • Jean-François Trottier - Abonné 26 septembre 2018 08 h 19

    Se tromper d'adresse

    Pour avoir réellement un espace de palabres/discussions, il faudra que les autochtones prennent position en faveur de la prise du contrôle du sol.

    Pour le moment les autochtones dépendent du fédéral. Leur simple présence dans une campagne povinciale est une bizarreté.
    La bizarreté ne vient pas des autochtones mais du Canada, qui a été bâti sur une structure coloniale et en conserve encore les principales caractéristiques. Hé! Le ROC croit réellement qu'il civilise quelque chose!!

    Ce que je veux dire c'est que, quelles que soient les demandes des autochtones, je ne réussis pas du tout à me sentir concerné. même en tant que Métis.
    Parce que je ne ressens aucun pouvoir ni le moindre lien dans d'éventuelles dicussions ou négociations.
    Le gouvernement fédéral est désespérément borné à tout point de vue, et se préoccupe bien plus du pétrole de l'ouest que de ce qui peut se passer ici. Quand ce n'est pas le pétrole, ce sont les banques de Toronto.
    Le gouvernement provincial ne peut pas grand-chose sauf scrapper le territoire, et en ceci je vote pour le contrer.

    Mais pour tout ce qui s'ensuit, ce n'est pas que je m'en lave les mains mais mes mains n'y sont pas du tout, et je ne vois pas comment elles y changeraient quoi que ce soit.

    Depuis toujours je dis que dès l'indépendance du Québec nous pourrons enfin nous assoir pour donner un réel pouvoir aux Nations, Innus, Cris, Wendats, Abénaquis, Algonquins, Inuit (j'en oublie certainement) et une réelle responsabilité sur les territoires, en une fédération décisionnelle.

    Mais d'ici là je me sens totalement démuni, et je suis persuadé que c'est le cas de l'immense majorité des Québécois.

    Ce mouvement de fédération est nécessaire entre les Québécois et les Premières Nations, avec son but réel est la prise de contrôle du territoire, de nation à nation, ainsi qu''un partage intelligent et humain des responsabilités.

    Mais, bon, quand ce sera possible, hé!

    • Claude Bariteau - Abonné 26 septembre 2018 11 h 27

      Des précisions s'imposent.

      1. Pour céder un territoire, il faut être propriétaire. L’occuper en fait un usager. Si M. Picard évoque que les Premières Nations n’ont rien cédé, il ne peut pas négliger que les traités avec la France et le Royaume-Uni concernent l’usage d’un territoire français et britannique, aujourd‘hui canadien.

      2. Le Royaume-Uni est devenu gestionnaire des Premières Nations après les Accords d’Oswegatchie de 1760, renouvelés en 1769, redéfinis en 1774 et modifiés en 1791. Par la suite, la gestion s’est faite via le Canada-Uni, le Dominion of Canada, le Canada de 1931 et celui de 1982.

      3. Province, le Québec fut invité par le Canada à desservir les Premières Nations sur son territoire comme tous les habitants du Québec. C’est dans ce contexte que furent négociées des ententes avec des Premières Nations pour les projets d’Hydro-Québec, qu’ont signées les gouvernements du Canada, du Québec, des Nations et les Inuits. Depuis d’autres nations négocient pour obtenir des usages analogues.

      4. Les revendications évoquées par M. Picard concernent le droit à leur souveraineté interne au Canada et non le droit à la souveraineté externe, qui est de créer un État indépendant reconnu sur la scène internationale. Le Canada a récemment reconnu la souveraineté interne des Premières Nations parce qu’il est un pays, ce que n’est pas le Québec. Cette reconnaissance, en droit international, n’implique pas que les Premières nations peuvent choisir, comme un pays, de demeurer au Canada sans l’aval du Québec devenu pays.

      5. Par ailleurs, le Québec devenu pays, puisqu’il a reconnu les Premières Nations et leur souveraineté interne, aura la responsabilité de s’entendre avec elles. Mme Massé ne dit rien de nouveau sur ce point. S’entendre implique toutefois des usages, des partages de revenus des activités sur les territoires reconnus et des transferts de gestion aux Premières nations pour l’exercice de leur souveraineté interne.

  • François Beaulé - Abonné 26 septembre 2018 08 h 31

    Ghislain Picard déterre la hache de guerre

    S'appuyant sur une déclaration d'une des deux porte-parole de Québec solidaire, le parti qui récoltera au maximum les votes de 15% de l'électorat, à propos d'une très hypothétique accession du Québec à la souveraineté, M. Picard, sans mandat précis, déclare la guerre au prochain gouvernement du Québec. Il revendique rien de moins que la souveraineté des « Premières Nations ».

    Avant le déclenchement des hostilités, il serait peut-être utile de mieux définir les termes « souveraineté » et « Premières Nations ». D'abord quel sens faut-il accorder au mot « nation » ici. Est-ce le vieux sens du mot nation synonyme de tribu ? Comment pourrait-il en être autrement puisque le concept moderne de nation n'existait pas avant l'arrivée des Blancs en Amérique ? L'emploi du terme « Premières Nations », avec les majuscules, n'est-il pas un moyen de revaloriser de simples tribus ?

    Ensuite, combien de « Nations » ( tribus ) existent-ils ? Enfin, que signifie « la » souveraineté d'un grand nombre de « Nations » ? Parle-t-on alors de plusieurs souverainetés ou d'une seule ? Quels seraient le ou les territoires du ou des nouveaux États souverains suite à la proclamation de l'indépendance des « Premières Nations » ?

  • Bernard Terreault - Abonné 26 septembre 2018 09 h 35

    Ambiguité

    La situation désolante d'un grand nombre de descendants des premiers occupants de ce continent, incluant le Canada et le Québec, résulte initialement du fait que les colons européns avaient des armes à feu et d'autres technologies qui leur donnaient des avantages miltaires et économiques certains, mais il résulte aussi du fait que le statut politque des autochtones est ambigu. Totalement indépendants avec un territoire précis, ils auraient pu, comme d'autres peuples, rapidement absorber les techniques et les pratiques économiques modernes et devenir des pays développés. Mais dispersés sur un immense territoire, divisés entre des dizaines de nations dont aucune n'est assez grande pour, par exemple, se payer une université complète avec facultés de médecine, de génie, de gestion et autres? Impossible. L'autre solution aurait été de renoncer aux réserves, de s'assimiler au plus grand nombre, à ce flot gigantesque d'immigrants venus de France, d'Angleterre, d'Écosse, d'Irlande, puis d'Italie, d'Europe de l'Est, d'Asie, d'Afrique. Là ils auraient fréquenté les mêmes écoles publiques et auraient eu les mêmes chances de réussir les Desmarais, Pearson, Di Iorio et Nguyen.

    • Serge Pelletier - Abonné 26 septembre 2018 22 h 09

      Monsieur, que cela Hernán Cortés, ou autres conquistadors, dans les Amériques centrales ou du sud, ce ne sont pas les "armes à feu" ou "les chevaux" qui ont mené à la disparition des empires de ces territoires... Mais l'alliance des conquistadors avec les ethnies qui étaient sous l'emprise des rois et prêtres des "empires". Cela a permis plusieurs de se libérer de la barbarie de l'ethnie qui était "l'empire".

      Pour le continent Nord Américain, sauf pour l'expansion américaine à l'Ouest du Mississipi, il n'y a pas eu de massacre généralisé. Pour ce qui était alors ce qui allait devenir le Canada d'aujourd'hui, il n'y a pas eu de guerre généralisée d'extermination entre les diffétentes ethnies indiennes (plusieurs étaient aussi alliées avec les "Canadiens français" d'alors, ou par la suite des "English") et l'expansion vers l'ouest. Il y bien eu l'histoire du Manitoba et de Riel... Mais rien de comparable avec ce qui s'est passé au Sud.