Un appel non partisan des jeunes aux partis politiques

Selon les auteures, les jeunes contribuent à leur façon à faire avancer leur vison d’un Québec durable, équitable, inclusif et moderne.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Selon les auteures, les jeunes contribuent à leur façon à faire avancer leur vison d’un Québec durable, équitable, inclusif et moderne.

Le sondage sur les intentions de vote des jeunes Québécois est cité sur toutes les tribunes discutant la campagne électorale. Bien que ces chiffres soient basés sur un échantillon minuscule de 150 Québécois de 18 à 34 ans, certains s’en servent pour étoffer des arguments sur le conservatisme des jeunes, alors que d’autres, découragés, exhortent leurs compatriotes à faire preuve de vision et à voter en grand nombre.

Nous ne sommes d’aucun de ces camps : au contraire, nous avons grand espoir en la mobilisation et le progressisme de nos pairs. Le problème ? Nous ne nous voyons pas représentés au sein des trois partis politiques qui mènent dans les intentions de vote (CAQ, PLQ, PQ) et donc, nous ne sommes pas motivés à nous présenter aux urnes.

Malgré tous les clichés qui sont véhiculés sur les millénariaux superficiels, paresseux et désengagés, nous sommes impliqués. Nous sommes mobilisés pour une société meilleure dans nos quartiers, dans nos emplois, dans nos associations culturelles, dans nos équipes sportives, dans l’organisme du coin ou celui duquel nous siégeons au CA, ou dans les start-ups que nous démarrons. Nous contribuons à notre façon à faire avancer notre vision d’un Québec durable, équitable, inclusif et moderne.

Nous cherchons donc à nous reconnaître et à nous approprier ce futur. Pas à travers une charte, une promesse d’austérité ou une nouvelle autoroute. Nous avons plutôt envie de parler de ce à quoi devrait ressembler notre Québec dans 10, 20, voire 50 ans. Où est le parti qui veut bâtir une province équitable, inclusive et accueillante pour les gens de toutes ethnicités et religions, qui prend la quatrième révolution industrielle à bras-le-corps, qui se veut dynamique et moderne, qui joint l’action à la parole comme leader de la transition énergétique et de la réconciliation avec les peuples autochtones et qui est ouverte sur le Canada et sur le monde ?

La question de l’environnement

Plus la campagne avance, plus nous doutons que cette vision puisse être portée par les partis actuels. Par exemple : d’après les sondages, l’environnement est la priorité de notre groupe d’âge, et pourtant, les trois partis politiques qui mènent présentement dans les intentions de vote sont pratiquement muets sur le sujet, à l’exception d’un soudain intérêt du PQ en milieu de campagne. Par ailleurs, nous n’avons pas l’impression d’être particulièrement bien représentés à l’Assemblée nationale. En effet, le pourcentage de personnes de 40 ans et plus est de 84,8 % à l’Assemblée, alors que cette proportion est de 52 % dans la population. De plus, même si notre génération valorise la diversité, l’Assemblée nationale ne publie aucune statistique officielle sur sa représentation au plan racial et autochtone, religieux, LGBTQ+, ou sur les personnes handicapées. Cette déconnexion n’est pas issue de la dernière pluie : d’abord, le taux de vote chez les jeunes Québécois dépasse à peine les 50 %, et pour cause. Les partis nous parlent peu. Et comme on ne vote pas, les partis nous parlent encore moins. Éventuellement, et comme ça semble être le cas présentement, la CAQ, le PLQ, et le PQ semblent complètement oublier qu’ils doivent nous représenter — ou se servent d’un sondage à faible échantillon pour justifier la « popularité » de leur plateforme existante auprès des jeunes.

Notre histoire récente comme province progressiste en Amérique du Nord et comme bastion d’innovations sociales-démocrates nous rend fiers. Mais cette vision semble s’être perdue au profit de stratégies électoralistes qui visent des tranches de la population « plus payantes » politiquement. Ce type de politique empêche nos dirigeants d’être à l’avant-garde, d’être proactifs et d’être innovaeurs sur les grands enjeux sociétaux auxquels nous sommes confrontés. Ceux-ci vont requérir des choix collectifs difficiles qui nécessitent que les politiciens jouent un rôle de sensibilisation auprès de leurs constituants, plutôt que de faire des choix qui ne sont stratégiques qu’à court terme. Certains chefs déplorent, par exemple, qu’une élection ne se gagne pas en parlant d’éducation. Ce sont pourtant eux qui ont le pouvoir de placer la question éducative au sommet des priorités !

Sortir du cadre partisan

Où est-ce que ça nous laisse ? Parce que nous ne sommes pas friands de critiques sans solutions, nous avons quelques propositions concrètes pour susciter un dialogue franc et ouvert entre les politiciens et les jeunes. Quand la plupart des grands partis acceptent de s’adresser à nous, le format est souvent mis en scène, simulé et rigide. Il ne nous permet pas de sortir du cadre partisan qui contribue à notre cynisme. Certains partis, comme le Parti vert du Québec et Québec solidaire, ont une longueur d’avance dans leurs approches à la politique et leur engagement avec les jeunes. Ils devraient servir d’inspiration aux trois partis qui mènent présentement dans les intentions de vote. La génération des 18-34 ans représente maintenant le tiers de l’électorat. Il nous semble donc logique de discuter franchement avec ceux qui prendront des décisions qui affecteront notre futur.

Dans cette veine, le dialogue organisé par l’Institut du Nouveau Monde le 17 août dernier était un bon début. Il nous a inspirés à ouvrir toutes grandes les voies de communication entre les partis politiques et les jeunes. La version originale de cette lettre, écrite en début de campagne et ayant amassé plus de 170 signatures de jeunes de partout au Québec, lançait un défi aux partis politiques : celui de participer à un débat officiel des chefs conçu et animé par et pour des jeunes de différents horizons. Ce débat aurait été une occasion unique pour nous de leur poser les questions qui nous préoccupent, sans contraintes ni partisanerie. Celui-ci aurait également représenté un premier pas nécessaire vers une relation que nous souhaitons renouvelée entre la jeunesse québécoise et son establishment politique.

Beaucoup de travail reste à faire pour que nous ne nous réveillions pas avec un goût amer en bouche au lendemain du 1er octobre. Nous vous invitons à nous tendre la main — et surtout l’oreille —, et ce, au-delà de la campagne électorale, pour que nous adoptions ensemble une vision ambitieuse et à long terme de notre société. Un engagement authentique et soutenu entre les jeunes et les politiciens est essentiel à notre démocratie. Nous espérons que les partis relèveront le défi !

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