Les engagements douteux des partis en transport

L’obsession à vouloir prolonger le métro est difficile à comprendre lorsqu’on compare les coûts par kilomètre (environ 300 millions) avec ceux du tramway (environ 50 millions).
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’obsession à vouloir prolonger le métro est difficile à comprendre lorsqu’on compare les coûts par kilomètre (environ 300 millions) avec ceux du tramway (environ 50 millions).

Tous les partis ont formulé des engagements en transport qui occupent une place considérable dans leur plateforme. Ces engagements devraient permettre de s’attaquer à la congestion routière et aux changements climatiques. Pour atteindre ces objectifs, il faut réduire l’utilisation de l’auto et augmenter celle du transport en commun. Cependant, plusieurs propositions mises en avant ne permettront jamais d’atteindre ces objectifs, et certaines risquent même de nous en éloigner.

Les baisses de tarifs

Le PLQ propose la gratuité pour les étudiants et les aînés, alors que QS propose de réduire de 50 % les tarifs. Les experts savent que les mesures tarifaires ont beaucoup moins d’effet sur l’achalandage du transport en commun que les améliorations de service. Si on réduit de 10 % les tarifs généraux, on haussera d’environ 2 % l’achalandage. Par contre, si on améliore l’offre de services de 10 %, on haussera l’achalandage d’environ 5 %, parfois davantage. Les économistes connaissent bience phénomène, et il est fort bien documenté.

Ainsi, la promesse de Québec solidaire de réduire de 50 % les tarifs pourrait générer au mieux une hausse de 10 % de l’achalandage au coût d’environ 500 millions par année en manque à gagner tarifaire. Investir cette somme en augmentation de l’offre de services aurait un effet majeur sur l’achalandage. La preuve : en 2006, un programme visant à subventionner l’augmentation de l’offre de services a été créé. Dans les années suivantes, nous avons constaté que l’offre de services avait augmenté de 24 % et l’achalandage de plus de 12 %, tout cela pour environ 140 millions par an pour le gouvernement.

Prolonger le métro

QS souhaite ajouter 38 nouvelles stations, le PLQ, la CAQ et le PQ parlent de prolonger la ligne bleue. La CAQ veut aussi prolonger le REM sur la Rive-Sud et la Rive-Nord.

L’obsession des élus à vouloir prolonger le métro tous azimuts est difficile à comprendre lorsqu’on compare les coûtspar kilomètre du métro (environ 300 millions) avec ceux du tramway (environ 50 millions) et avec le SRB (service rapide par bus — environ 15 millions). On nous dira que le métro attire davantage d’usagers. L’analyse du prolongement du métro à Laval indique que l’effet sur l’achalandage n’est pas très grand : 2800 nouveaux usagers ont été attirés au transport en commun, seulement 15 % des usagers des trois nouvelles stations étaient d’anciens automobilistes. Les sommes consacrées au métro nous privent des fonds nécessaires pour améliorer le service sur tout le territoire pour l’ensemble des citoyens.

Prolongements de route et 3e lien

La CAQ et le PLQ proposent tous deux de construire un troisième lien à Québec et de prolonger plusieurs autoroutes dans la région de Montréal pour, disent-ils, s’attaquer aux problèmes de congestion, alors que l’ensemble des experts leur rappelle qu’augmenter la capacité routière stimulera la circulation automobile et aggravera la congestion à moyen terme. Il est ahurissant d’entendre ces partis affirmer souhaiter que plus de gens utilisent le transport en commun : on ne peut pas proposer de construire de nouvelles routes et du même souffle souhaiter que les gens les utilisent moins et empruntent davantage le transport en commun !

Conclusion

C’est à se demander quels objectifs poursuivent les auteurs de ces propositions ; quelle politique de transport veulent-ils mettre en oeuvre ? Le PLQ et la CAQ n’énoncent pas une vision claire de leur politique et les moyens choisis sont peu efficaces ou contre-productifs. QS et le PQ font un choix clair favorable au transport en commun. Cependant, QS erre avec ses coûteux rabais tarifaires, sans compter les milliards investis dans 38 stations de métro qui auraient pu financer des tramways et des SRB. Quant au PQ, il fait de la réduction de la congestion l’objectif central de sa politique, ce qui est un bon choix. Il accompagne cet objectif de mesures judicieuses (les tramways et les SRB) et il intègre le covoiturage parmi les solutions. Seul bémol, certains de ses projets de train semblent électoralistes et peu crédibles.

La nouvelle Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) à Montréal doit regarder cette campagne avec étonnement, car c’est elle qui doit planifier les transports et établir les tarifs. La création de l’ARTM visait à dépolitiser la planification des transports. C’est un projet à long terme…

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