Les jeunes Québécois et le vote

Seulement 40% des 18-34 ans sont allés voter aux dernières élections provinciales.
Photo: iStock Seulement 40% des 18-34 ans sont allés voter aux dernières élections provinciales.

Ayant toujours exercé mon droit de vote depuis ma majorité et ayant le sentiment que mes camarades faisaient de même, je m’explique difficilement la statistique qui avance que seulement 40 % des 18-34 ans sont allés voter aux dernières élections provinciales. Ennui ? Désintérêt ? Cynisme ? Ignorance ?

Il faut dire que l’éducation à la citoyenneté et à la politique brille par son absence de notre parcours scolaire. Comment développer une sensibilité aux enjeux actuels ou même au système électoral sans jamais avoir abordé la vie démocratique au sens large avant d’en arriver aux études collégiales ? La politique et l’histoire étant intimement liées, je tente de me remémorer mes apprentissages sur les bancs d’école, mais, rapidement, je prends conscience d’un immense vide dans la transmission de notre histoire récente.

Bien entendu, on m’a raconté avec une certaine verve la découverte des Amériques, l’histoire de Christophe Colomb, de Samuel de Champlain, de Chomedey de Maisonneuve, mais on m’en a dit très peu sur Marguerite Bourgeoys. J’ai appris par coeur l’appellation et les numéros des régions administratives du Québec (Abitibi-Témiscamingue (08) : région resssource !), mais jamais le nom des territoires autochtones. J’ai entendu parler pour la première fois de Pierre Elliott Trudeau lorsqu’on a renommé l’aéroport de Montréal en son nom. Et, pourquoi ai-je entendu parler de la crise d’Octobre pour la première fois de ma vie lors de la projection du film Les ordres de Michel Brault dans le cadre d’un cours à l’Université ?

Le désinvestissement d’une partie des millénariaux face au système démocratique est intrinsèquement rattaché à la méconnaissance de notre histoire, de nos racines et de la politique au sens large. Dans ce cas, n’est-il pas normal qu’une personne âgée de 18 ans ne se sente ni interpellée ni concernée le jour du scrutin ? Toutefois, le système d’éducation ne peut porter à lui seul l’entière responsabilité à ce manquement.

À la maison

Mon premier souvenir politique doit remonter à 1995 — j’avais 7 ans. Je me rappelle de ces affiches du Oui avec la marguerite à la place du « o » et des pancartes du Non, beaucoup moins jolies. Je me rappelle de la petite télévision à écran cathodique posée sur le comptoir de la cuisine; nous mangions en silence les yeux rivés sur l’écran. Je me souviens avoir vu à l’écran une foule en liesse et un certain Jacques Parizeau prononcer un discours enlevant, mais prononçant aussi des mots qui ne lui seront jamais pardonnés. Et puis, silence radio. On ne m’a jamais expliqué de quoi il s’agissait ce jour-là. En fait, j’ai eu quelques éclaircissements le lendemain, c’est une copine de classe — 7 ans elle aussi — qui m’avait candidement expliqué que si le Oui l’avait emporté, la capitale du pays aurait été dans l’obligation de déménager d’Ottawa vers Québec, ce qui aurait été très compliqué. Je ne voyais pas pourquoi on en faisait tout un plat. De toute évidence, la politique semblait être un sujet bien trop complexe à aborder avec des enfants.

En fait, la très large majorité de mes camarades, de vieux millénariaux nés entre 1980 et 1995, n’ont jamais discuté ou même entendu parler de politique à la maison durant leur enfance ou leur adolescence, si ce n’est par cynisme ou ironie.

La baisse de participation chez les 18-34 ans est une tendance lourde, elle est souvent perçue comme un phénomène sociopolitique nouveau. Or, selon le DGEQ, la baisse du taux de participation chez les jeunes s’est amorcée au début des années 1980. Exactement l’époque où la génération de nos parents appartenait au groupe des 18-34 ans. L’échec du premier (et du second) référendum sur l’indépendance aurait-il désengagé toute une génération ? Aurait-il contribué à forger une vision cynique du système politique ?

Peut-être est-ce une corrélation boiteuse, mais j’ai souvent le sentiment qu’on nous a légué une vision plutôt fataliste de la vie démocratique. Nous avons hérité d’une sorte de désengagement émotionnel envers la politique, une manière, peut-être, de se protéger des déceptions amères.

Or, cette année, les 18-34 ans représentent le tiers de l’électorat. Bien que je doute que les préoccupations des jeunes adultes de 18 ans soient tout à fait les mêmes que celles des adultes encore jeunes de 34 ans, cette année notre pouvoir est grand et je souhaite que, pour une fois, nous, les millénariaux, fassions mentir les statistiques.

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3 commentaires
  • Raynald Goudreau - Abonné 24 septembre 2018 08 h 10

    Histoire et education , la clef .

    Vous avez un beau et bon texte Madame qui resume assez clairement , a mon sens , la situation .

  • Bernard Dupuis - Abonné 24 septembre 2018 12 h 00

    La tristesse politique de la jeunesse, mais aussi de leurs parents et de leurs grands-parents

    Dire que le système d’éducation au Québec ne prépare tout compte fait qu’au marché du travail. Ni les parents, ni les professeurs, ni les élèves ne sont intéressés, semble-t-il, à une éducation à la citoyenneté et à la politique. L’enseignement de l’histoire est vu comme ce genre de cours inutiles et même une perte de temps. Tout le monde désire un enseignement utilitaire et pratique. La principale conséquence de cette ignorance est le retour de cette attitude de colonisé franglais. Il est frappant d’observer la grande admiration de cette nouvelle génération pour l’anglais et le vocabulaire franglais.

    Mais tout cela est-il si nouveau? Avant les millénariaux, il y a eu leurs parents. L’aliénation coloniale se transmet de génération en génération. Je suis souvent frappé de voir les jeunes penser exactement non seulement leurs parents, mais aussi comme leurs grands-parents. Par exemple, ils considèrent le Canada comme un mythe idéal et éternel à l’abri de toute évolution. En effet, le premier ministre actuel est le fils d’un autre premier ministre qui a dit que la constitution du pays était pratiquement inaltérable pour les cent prochaines années.

    Il est vrai que la faiblesse du système d’éducation strictement utilitaire n’est pas la seule cause du retour de l’aliénation de la nation québécoise. Il ne faut pas oublier l’américanisation des médias, de la télévision et de la musique anglophone. En effet, cette américanisation entraîne un immense désamour de la nation et de la langue française. Par ignorance de l’histoire, on aime le gros rouge canadien et on déteste le petit bleu québécois. On ignore même le sens de l’expression « la Province de Québec ».

    Si la tendance se maintient, l’ignorance de l’histoire entraînera une grande tristesse collective. La nation québécoise n’a déjà plus de raison d’être fière d’elle-même. Et la perte d’intérêt des jeunes pour le politique s’explique bien par cette tristesse, cette aliénation.

    Bernard Dupuis 24/09/2018

  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 24 septembre 2018 15 h 17

    Le Bas Saint-Laurent...

    un pays en lui-même qui me fait encore rêver...le Fleuve...le soleil couchant...les gens du "pays ... intrépides, entrepreneurs et... bons conteurs. Rimouski...une Université... que beaucoup de "Montréalais.es et région" fréquentent...parce que la vie... se vit au gré du Fleuve et de sa Nature toujours changeante. Où la diversité des lieux...montagnes, rivières, villages et le bonheur d'y vivre nous apprivoisent. Et toujours le Fleuve...

    Il faudrait exiger, de chaque étudiant québécois, qu'il ait à s'inscrire dans une Maison d'enseignement en région
    au moins pour une année...Connaître autre chose que sa rue, son école, son voisin etc....Ainsi commence une connaissance de l'Histoire de son Pays du Québec. Il y en a 17...régions. Toutes aussi belles quand on les regarde avec des yeux curieux...

    Il y a maintenant plus de 50 ans que je fais ces courts voyages qui m'amènent de la Montérégie à... partout où
    le Pays du Québec m'appelle...Bien sûr que je n'ai pas tout vu encore...mais je sais qu'il y aura toujours un coin de Pays à découvrir. C'est aussi... ainsi qu'on apprend son ...Histoire.

    Aujourd'hui, c'est Caroline Roberge qui m'a interpellée...Je reviens du Bas du Fleuve...5 jours de bonheur.
    Je la remercie de faire prendre conscience à la jeunesse d'aujourd'hui de l'importance de voter... et encore plus important...de se bien renseigner. Surtout éviter le "tout cuit dans le bec". L'autonomie, l'indépendance que la jeunesse de tout temps cherche à s'approprier...elle est là dans la connaissance du Pays.