Quand les commentateurs sont désabusés

Même s’ils sont libres de le faire, la diffusion du cynisme de certains commentateurs n’aide en rien la société québécoise, croit l'auteur.
Photo: iStock Même s’ils sont libres de le faire, la diffusion du cynisme de certains commentateurs n’aide en rien la société québécoise, croit l'auteur.

Je vais être bien honnête, la présente campagne électorale, je l’aime bien. Je trouve que chaque parti mène une campagne à son image. Au Parti libéral du Québec, une campagne disciplinée et passive qui s’active lorsqu’il est temps de défendre les libertés individuelles. À la Coalition avenir Québec, une campagne ambitieuse et populiste qui mise sur les enjeux qui ont marqué notre actualité (la santé, l’immigration, baisse des taxes). Au Parti québécois, une campagne positive, progressiste, axée sur la qualité des services à la population et qui fait de la défense du français une priorité. À Québec solidaire, une campagne lumineuse et généreuse, qui dépasse ses adversaires constamment par la gauche et qui fait de l’environnement un enjeu central.

Je vais être bien honnête, je suis fier de ceux qui se livrent en ce moment une impressionnante guerre d’idées pour nous représenter. Je regarde chez nos voisins du sud, je regarde en Europe, je regarde en Ontario : cette fierté n’aurait pas été aussi vive si j’avais été confronté à un mégalomane orange, à des partis fondés sur les relents du nazisme ou à un vendeur de bière anti-État. Je caricature, bien sûr, mais vous comprenez l’idée. Ici, le débat politique et social est relativement sain, intelligent, civilisé.

Alors pourquoi plusieurs commentateurs s’entêtent à nous expliquer, chaque jour, à quel point nos politiciens ne sont pas à la hauteur ?

J’écoutais Le beau dimanche à Radio-Canada. L’animateur, Jean-Philippe Wauthier, voulait désespérément savoir si son invité, Jean-François Lisée, chef du Parti québécois, savait que son parti allait peut-être mourir. À ses côtés, Isabelle Maréchal, qui domine la radio montréalaise, a ensuite fait une fougueuse envolée contre la présente campagne, qu’elle juge anecdotique et dénuée de grands projets. Dans Le Journal de Montréal, Denise Bombardier expliquait que la campagne électorale est un repoussoir pour les Québécois. Les exemples pleuvent.

Contre plusieurs commentateurs, je constate que les politiciens ont perdu d’avance. S’ils proposent une grande idée, elle est irréaliste. S’ils en proposent une petite, elle est clientéliste. Les politiciens sont regardés de haut, leurs idées sont présentées comme des manigances pour acheter des votes. Cela dit, je comprends très bien l’importance de rester critique, d’avoir un recul sur la mise en scène politique, particulièrement en campagne. C’est essentiel et c’est le rôle du quatrième pouvoir. Les émissions comme La joute et Mordus de politique le font d’ailleurs assez bien, malgré justement la prédominance du commentaire.

Je continue tout de même à me questionner sur le traitement réservé à la classe politique. Ceux qui la commentent ne doivent pas oublier qu’ils ont une responsabilité. Même s’ils sont libres de le faire, la diffusion de leur cynisme n’aide en rien la société québécoise. J’invite les commentateurs désabusés à user de leur influence pour élever le débat au niveau de leurs propres idéaux, et non de leur amertume. Soyez courageux.

Sur le long terme, je suis persuadé que cette approche intéressera les Québécois, les jeunes surtout, à leur destin collectif au lieu de les convaincre qu’ils ont intérêt à y rester étrangers. Au final, c’est ce qu’on souhaite tous, non ?

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