Les contenus de l’éducation fondamentale

Le programme de QS est le seul programme parmi les quatre principaux partis politiques qui aborde, même brièvement, les contenus de l’éducation fondamentale en soulignant l’importance des connaissances de base pour développer une culture générale.
Photo: Jeff Pachoud Agence France-Presse Le programme de QS est le seul programme parmi les quatre principaux partis politiques qui aborde, même brièvement, les contenus de l’éducation fondamentale en soulignant l’importance des connaissances de base pour développer une culture générale.

Le programme en éducation de Québec solidaire vise à construire un système d’éducation « plus juste, plus égalitaire et plus démocratique » et indépendant des influences marchandes, de la petite enfance à l’université. Une éducation centrée sur l’humain et son environnement qui contribuerait à impulser l’exercice d’une « citoyenneté critique, solidaire et active », voici son fil conducteur.

Des mesures concrètes

Chacun des secteurs du système éducatif est traité, de la petite enfance aux études supérieures en passant par la formation technique et professionnelle, par l’éducation populaire et par l’alphabétisation. Québec solidaire (QS) propose des changements majeurs : la gratuité à tous les paliers, la fin du financement étatique des écoles privées, une plus grande équité dans l’offre d’une formation de qualité sur tout le territoire, des solutions pour contrer la précarité chez les enseignants, la réduction du nombre d’élèves par classe, l’ajout de ressources complémentaires pour les élèves des milieux défavorisés et ceux en difficulté. Le collectif Debout pour l’école ! ne peut qu’abonder dans le sens de ces objectifs : on y voit un souci de faire de l’éducation un réel projet de société.

Québec solidaire souligne clairement sa volonté de dissocier les cégeps et les universités des demandes des entreprises privées, mais d’axer les contenus sur les besoins collectifs des différentes régions afin de ne pas tomber dans un clientélisme et une marchandisation. Pour QS, l’université doit être un lieu de transmission d’avancées scientifiques pour le bien commun de la société.

Préoccupation pour les contenus

Le programme de QS est le seul programme parmi les quatre principaux partis politiques qui aborde, même brièvement, les contenus de l’éducation fondamentale en soulignant l’importance des connaissances de base pour développer une culture générale. Il met l’accent sur un enseignement du français de qualité, socle d’une culture commune et qui, à ce titre, devrait être une préoccupation accrue de tous les intervenants en éducation. Il insiste sur l’importance des connaissances historiques sur l’ensemble du patrimoine culturel qui intègrent l’apport des Premières Nations. Il favorise enfin le développement d’activités parascolaires en expression artistique, en éducation physique et pour l’acquisition de saines habitudes de vie.

Formation du corps enseignant

Québec solidaire ose parler de la formation initiale des enseignants. Par contre, non seulement il n’apporte aucune nouveauté, mais il reprend à son compte des lieux communs, comme le fait que les enseignants seraient des professionnels. Aucune distinction entre la formation initiale pour l’enseignement primaire et pour le secondaire ; aucune mention des savoirs nécessaires pour enseigner les contenus disciplinaires, à savoir les savoirs didactiques ; aucune exigence pour une formation sur les fondements philosophiques, sociologiques, psychologiques de l’éducation. À moins que tout cela fasse partie de la « formation en pédagogie » ? Rien sur les faibles exigences pour être admis dans les programmes de formation initiale.

Québec solidaire veut également implanter des mesures pour soutenir les nouveaux enseignants : la pénurie d’enseignants dans de nombreuses écoles ne fait qu’illustrer le réel problème de recrutement pour un travail qui n’attire plus, tant à cause de la lourdeur et de la complexité de la tâche que de la minceur de sa rémunération, mais aussi de leur décrochage scolaire, principalement dans leurs premières années d’emploi. QS veut qu’on revoie les mécanismes d’attribution des tâches et qu’on mette en place des moyens pour soutenir les enseignants en début de carrière. Mais ne faudrait-il pas également se questionner sur la précarité et les conditions de travail de tous les personnels scolaires, dont les professionnels et les techniciens en éducation ? Ainsi, Québec solidaire proposerait la valorisation de tous les personnels de l’éducation.

Moins de chiffres, plus de valeurs !

Le programme de Québec solidaire n’est pas aussi quantifié que ceux des autres partis, mais un projet éducatif lié à un projet de société ne se comptabilise pas. D’ailleurs, il serait vain de chiffrer des mesures qui ne seront pas mises en place à court terme. Or, il est clair qu’une éducation de qualité pour tous coûtera cher à l’État, qui, dans une réelle démocratie, doit être le responsable du bien-être commun.

5 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 8 septembre 2018 12 h 35

    L’éducation au pays des licornes

    Comme pédagogue, une éducation centrée sur l’humain et son environnement me rappelle bien plus les moulins à vents au pays des licornes de la philosophie constructiviste. Bien oui, l’enfant construit ses savoirs par lui-même et les enseignants ne sont que des facilitateurs. Bienvenue au monde irréel de l’éducation marxiste.

    La formation technique et professionnelle, telle qu’énoncée dans cette lettre, nous rappelle bien plus la 2e révolution industrielle de l’électricité et du pétrole. Pardieu, nous entamons la 4e de la robotique et de l’intelligence artificielle qui passe indubitablement par l’apprentissage de la programmation et des mathématiques. Les techniciens seront désuets dans moins de 20 ans.

    Pour la gratuité à tous les paliers, de la maternelle au doctorat, quelle fausse bonne idée. Nous allons créer une société d’étudiants professionnels qui changeront de discipline comme ils changent de chemise. Bien oui, tout est gratuit comme pour le phénomène de ceux qui évoluent dans les cégeps présentement. Et que dire de la valeur du diplôme?

    La fin du financement étatique des écoles privées sous-entend la fin proche de ceux qui réussissent à l’école pour les mettre dans des écoles qui nivellent par le bas. Et que dire du financement supplémentaire qui devra être disponible tout de suite pour accepter tous ces étudiants.

    Pour une plus grande équité dans l’offre d’une formation de qualité sur tout le territoire, disons poliment que c’est un vœu pieux comme pour l’ajout de ressources complémentaires pour les élèves des milieux défavorisés et ceux en difficulté.

    Pour finir, ce n’est pas la valorisation des enseignants par un parti politique qui fera l’affaire, mais bien par la société qui a fécondé les enfants rois 1.0 et 2.0. Là, on n’est pas sorti du bois. Aussi, on ne chiffre pas évidemment le prix de ces politiques éducatives qui risquent de tourner en rond.

    • Jean-François Trottier - Abonné 9 septembre 2018 08 h 05

      M. Dionne, je suis en désaccord avec vous.

      Deux de mes enfants sont allés au privé. Une erreur de ma part, liée à l'histoire familiale.
      Les inquiétudes liées à l'éducation de nos enfants, je connais. Maintenant que mes craintes sont du passé, je sais que je me suis trompé.

      Oh! L'enseignement y était bon, mais pas tant que ça.
      Mes enfants ont fréquenté de "bons" amis, i.e. des enfants de riches les poches bourrées d'argent et de dope pour certains, qui se croyaient sortis de la cuisse de Jupiter pour d'autres, Des p'tits baveux qui se croient le droit de juger de tout, et je ne voudais sûrement pas empêcher des enfants de se servir de leur jugement! Y a une grande nuance entre juger et se servir de son jugement.

      Un des grands avantages du privé était l'aide aux devoirs, dont QS ne parle pas. Et pourtant...

      En général je suis pour l'abolition du financement du privé, Il y a une part sociale de l'enseignement qui demande que tous les enfants partagent un lieu, comme un forum.
      L'enseignement privé n'est meilleur en bonne partie que parce que les parents qui y envoient leurs enfants sont parmi ceux qui se préoccupent le plus de leur éducation.

      Le commission Parent voyait le privé comme un genre de "témoin" (un exemple ET un poteau de croissance) pour le système public, et souhaitait que le privé reste le temps que le public puisse prendre la relève. Aujourd'hui le privé est une gêne pour le public. Il écrème les élèves, ou plutôt les parents dont je parle ci-haut.
      L'aide de ceux-ci dans une école secondaire publique sera bienvenue.

  • Pierre Pelletier - Abonné 9 septembre 2018 07 h 29

    Monsieur le pessimiste

    Alors que proposez-vous monsieur Dionne ?

    • Cyril Dionne - Abonné 9 septembre 2018 11 h 54

      Cher M. Pelletier,

      Le présent système fonctionne bien et les écoles semi-privées sont ici pour rester. Le Québec est bon premier dans les tests de PISA pour les pays francophones de la planète. Aussi, il se retrouve premier en mathématiques au Canada. Pourquoi, à cause surtout des écoles semi-privées. Envoyer les élèves des écoles semi-privées à l’école publique, eh bien, non seulement le nivellement par le bas est de mise, mais il décourage souvent l’excellence de ceux qui veulent aller plus loin. Et préparez-vous à payer bien plus pour l’éducation pour moins de services si les élèves des écoles semi-privées débarquent aux écoles publiques demain matin.

      Cela dit, on devrait augmenter le financement pour l’éducation. Mais la chose la plus importante, c’est l’engagement des parents dans l’éducation de leurs enfants et la revalorisation de l’école et des professionnels qui s’y trouvent. C’est comme cela qu’on développe les savoirs, le savoir-être et le savoir-faire chez les apprenants.

      L’école commence toujours à la maison. Ce n’est pas difficile de lire avec vos enfants et de modeler la lecture. Pas besoin de doctorat pour cela. Et peut-être, et je dis peut-être, si les parents travaillaient plus souvent avec l’école et les enseignants, tout le monde trouverait leur compte. Un enfant mal élevé à la maison sera une terreur à l’école. Vous savez, la discipline personnelle et le respect de soi et des autres s’apprend surtout à la maison. Encore une fois, peut-être et je dis peut-être, blâmer les pédagogues parce que votre enfant ne réussit pas à l’école, c’est de jouer à l’autruche et ne pas assumer une certaine responsabilité dans l’équation éducationnelle.

      Aussi longtemps que nous édifierons les élèves comme des enfants rois, on récoltera ce que l’on sème. Comme quoi, le gros bon sens prime aussi en éducation. La 4e révolution industrielle est à nos portes et si les efforts ne sont pas faits, nous serons laissés de côté.

  • Jean-François Trottier - Abonné 9 septembre 2018 09 h 01

    Des lieux communs et quelques âneries. Comme toujours.

    Le programme d'éducation de QS est "bon".

    Bon?
    On tombe vite sur les préjugés de QS envers l'initiative privés : il est stupide de se passer du rapport à l'industrie au profit de très vagues "besoins collectifs".
    Le meilleur exemple d'arrimage est la faculté de génie de l'U. de Sherbrooke, qui assure d'excellents stages en industrie tout en gardant sa propre orientation.

    Éviter le clientélisme est capital. Les "besoins collectifs" mène évidemment au dirigisme, ce qui est bien pire.
    QS est incapable de nuance et tombe d'un excès à l'autre, comme toujours.

    Qui dit "besoins collectifs", dit "spécialistes des besoins collectifs". Autrefois on avait des curés chargés de discerner les "bons" besoins collectifs pour que l'éducation s'oriente dans la "bonne" ligne.
    Je suis royalement écoeuré des moralistes qui écoutent et ensuite prennent la "bonne" décision pour les autres.

    Pire : ces "besoins collectifs" sont "locaux". Y a des limites à vouloir rendre les enfants cons.

    C'est le rôle des commissions scolaires de s'occuper du "local", pas du gouvernement. Le rôle de celui-ci se limite à :
    - Donner des objectifs par matière dans le domaine cognitif uniquement.
    - Remettre un budget à la Commission pour qu'elle puisse se valoriser localement.

    Le reste relève du prof. S'il est bon, il utilisera les acquis et potentiels régionaux. S'il est moins bon, lui imposer des règles "locales" sera catastrophique. L'insignifiance de QS...

    D'autre part :
    - Gratuité partout, bien sûr! Le devoir de payer pour reprendre un cours échoué aussi...
    - Aide aux devoirs PARTOUT, pas seulement en milieu défavorisé (QS et ses préjugés!), impliquant les élèves des classes supérieures par exemple.
    - impliquer la famille au maximum par l'aide et la consultation directe. Au primaire on voit les parents comme un mal nécessaire, ce qui est inacceptable.
    - Formation des profs : plus de cours de matière et moins de pédagogogogie.

    Dehors les moralistes!