Le parti de trop

Des électeurs québécois, lors du scrutin de 2014. Le système électoral actuel favorise peu les tiers partis comme Québec solidaire.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Des électeurs québécois, lors du scrutin de 2014. Le système électoral actuel favorise peu les tiers partis comme Québec solidaire.

D’aucuns prédisent que la campagne actuelle marquera un réalignement historique de la politique partisane québécoise. Les sondages leur donnent jusqu’à maintenant raison.

Mais entre ceux qui prédisent la fin du Parti québécois et de son projet d’indépendance et ceux qui ne croient pas à la vague caquiste qui balaie actuellement les banlieues et les régions du Québec, le Parti libéral et Québec solidaire demeurent quant à eux dans l’angle mort des pronostics catastrophistes. Une chose est sûre, si les études électorales nous ont appris quelque chose depuis les cinquante dernières années, c’est bien qu’avec notre mode de scrutin, il y a au moins un parti de trop au Québec. Mais lequel ?

Le suspect de convenance est évidemment le Parti québécois.

Il existe une véritable industrie qui produit depuis une bonne vingtaine d’années des arguments, souvent très convaincants au demeurant, qui militent pour la disparition du parti de René Lévesque. Le PQ serait le parti d’une génération qui devrait mourir avec les baby-boomers. « Pourquoi le PQ serait-il génétiquement incapable de se réinventer ? » demeure une question sans réponse définitive.

De plus, le PQ ne pourrait, selon certains, survivre à la mise en retrait de la question nationale au profit d’un axe gauche-droite devenu dominant. Encore une fois, en admettant ce basculement de la joute politique, le PQ se trouve tout de même dans une posture plutôt avantageuse, occupant seul la gauche du spectre parmi les partis de gouvernement.

Le cas de la Coalition avenir Québec est plus compliqué. Il a déjà frôlé la mort à plusieurs occasions, surtout si on considère son ancêtre adéquiste, qui a aussi connu des épisodes dramatiques. L’édifice caquiste a plusieurs fois vivoté, notamment après des échecs électoraux ou des désertions spectaculaires. Pourtant, la CAQ est actuellement au sommet, s’étant trouvé une identité de droite autonomiste en phase avec la génération X et ses valeurs plus conservatrices. La CAQ profite aussi d’un réel désir de renouveau chez un électorat fatigué, un rôle que les autres grands partis ne peuvent pas incarner.

Difficile à cerner

Québec solidaire est aussi une créature difficile à cerner. Bien que le parti féministe de la nouvelle gauche paie un prix certain en fait de sièges avec le mode de scrutin actuel, il bénéficie en même temps d’une forte concentration géographique de ses appuis et d’un financement public et populaire très confortable.

On peut tout de même se poser la question à savoir combien d’élections perdues seront nécessaires pour épuiser ses militants, surtout que les succès électoraux de QS demeurent dépendants de la division du vote dans les quartiers urbains de Montréal. Les tiers partis survivent rarement longtemps hors de la proportionnelle, et le potentiel de croissance du parti est limité. Les figures charismatiques qui s’y agglutinent donnent pourtant à QS un dynamisme certain.

Le cas du PLQ

Reste le cas du Parti libéral du Québec. Véritable caméléon de la politique québécoise, le parti d’Honoré Mercier aurait dû connaître au cours des derniers scrutins le même sort que beaucoup des partis de centre droit européens (pensons à l’Italie et la France), balayés par la refondation des systèmes partisans depuis quinze ans.

Heureusement pour le PLQ, l’appui indéfectible des anglophones et des allophones lui garantit au minimum le tiers de l’Assemblée nationale au moment du déclenchement de la campagne. Bien que l’avènement de l’axe gauche-droite place le parti en intense compétition avec la CAQ dans un espace idéologique serré, il semble que le PLQ puisse conserver, lui, un pied dans l’ancien clivage électoral. Comment il en est capable, alors que le PQ est condamné à disparaître, demeure un mystère. Dans tous les cas, voilà un parti indestructible au Québec, mais sans avenir dans la majorité des autres systèmes partisans équivalents.

On s’attendrait à ce que les sciences sociales nous offrent des réponses aux enjeux politiques de notre temps. Mais cette élection empêche toutes formes d’explication systématique de notre vie partisane.

On en revient finalement à la capacité des partis à bien utiliser leurs forces respectives, mais aussi à la fameuse lassitude de l’électorat quant aux institutions politiques et à leurs acteurs. Cette élection n’est peut-être pas si exceptionnelle que ça finalement.

13 commentaires
  • Jean-François Trottier - Abonné 1 septembre 2018 07 h 30

    Ben wèyon donc!

    Suffit de regarder un peu.

    Les coups vaches sont commencés mais à peine, juste un échange rapire autour de Mme Bourdon. La guerre va commencer dans 10 jours et s'amplifier.

    Le PLQ va réussir à décourager tout le monde de la politique, quitte à passer pour une bande d'escrocs au besoin. Ses pointeurs savent que, moins de gens votent, plus ils ont des chances.

    La grrrrosse et richissime machine rouge va se mettre en marche, et aller chercher un après l'autre chaque électeur susceptible de voter "ciomme il faut" grâce à ses "bénévoles"... et le PLQ sera élu minoritairement. C'est le règne des marketeux.

    Ça, c'est si la tendance se poursuit.

    Restent deux variables : d'abord les débats télévisés, dont on ne connaît pas les effets à moyen terme. Ensuite, qui sera avantagé par la division du vote générée par le PLQ ?

    Y a y avoir des grincements de dents chez ceux qui ont refusé une certaine alliance. C'est leur problème.

    En tout cas, le PLQ est l'un des pires boulets de l'histoire du Québec. Pire que Duplessis et au moins aussi pire que le PLQ de Taschereau.

    • Nadia Alexan - Abonnée 1 septembre 2018 12 h 06

      Le scrutin proportionnel avec lequel chaque vote compte demeure le seul outil démocratique pour traduire la volonté populaire. Les études démontrent que les pays civilisés de ce monde qui gouvernent en coalitions, par le biais d'un scrutin proportionnel, ont un meilleur résultat en matière de législation favorable aux citoyens/citoyennes. Il faudrait instaurer un système de vote proportionnel mixte pour traduire cette volonté populaire.

  • Jean Richard - Abonné 1 septembre 2018 11 h 19

    Un parti urbain

    «  les succès électoraux de QS demeurent dépendants de la division du vote dans les quartiers urbains de Montréal. »

    La division du vote ? Ça ressemble à une vieille cassette péquiste, qui n'a jamais digéré sa déconfiture de 2014. Avec notre système d'élections, il est normal de faire élire des candidats avec 30 % des votes lorsqu'il y a plus de deux partis. Alors, laissons de côté la vieille cassette.

    Toutefois, attardons-nous un peu aux quartiers urbains. Si QS est associé à ces quartiers (pour le moment, ceux de Montréal), c'est qu'il est le seul parti à défendre ces quartiers de la métropole. Pour le PLQ, Montréal est acquis. Il y a une forte population qui votera PLQ, quoi qu'il arrive. Il faut donc courtiser les régions (et maintenir la rivalité entre ces régions et la métropole : c'est socialement malsain mais électoralement rentable). Pour le PQ, Montréal est sans espoir. L'argent et le vote ethnique, vous savez... Enfin, la CAQ sait qu'elle a plus de chances en banlieue et en province qu'à Montréal. Bref, répétons-le, le seul parti urbain capable de croire en Montréal, si on oublie les micropartis, c'est QS.

    L'ennui, c'est qu'on accole le mot Montréal à QS comme si c'était une honte, un boulet. Et là, QS fait l'erreur de courtiser la banlieue, ce qui pourrait lui coûter cher si on persiste à aller dans cette direction. En plus, QS a rajeuni ses éléments dirigeants. Ça rendait peut-être inévitable le léger glissement vers le centre. Les jeunes de 2018 sont conformistes, c'est connu.

    Va pour l'étiquette montréalaise. Il reste l'étiquette urbaine. Et s'il y avait, en dehors de Montréal, des noyaux d'urbains assez nombreux pour offrir un siège à QS ? Les regards se tournent vers Québec, une ville ultra-conservatrice, aculturée par ses célèbres radios-poubelles. La plus belle chose qui pourrait y arriver, c'est que QS y décroche un siège (ce qui ne semble pas impossible).

    La démocratie profiterait de la présence accrue d'un parti urbain.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 1 septembre 2018 13 h 34

      « Les succès électoraux de QS demeurent dépendants de la division du vote dans les quartiers urbains de Montréal.» (cassette péquiste supposée)

      J'ajouterais une précision à cette affirmation: ces fameux "quartiers urbains", avec lesquels QS se targue d’ëtre en parfaite symbiose, se limitent en fait au ghetto francophone du sud-est de l'île, qui regroupe au mieux une huitaine de circonscriptions. Je dis "ghetto" parce que cette zone est d’un seul tenant, parfaitement délimitée géographiquement, et que partout ailleurs dans les trente-trois circonscriptions de l'archipel montréalais le rouleau compresseur libéral règne en maître absolu. En ce qui concerne la ville de Québec, son ultra-conservatisme savamment entretenu par les radios-poubelles préviendra toute percée de QS.

      Lors de la présente élection, il ne fait pas de doute que Québec Solidaire fera encore quelques modestes progrès dans le ghetto francophone de Montréal aux dépens des nationalistes en surfant sur la division du vote, cassette péquiste ou pas. Mais cette formation, plombée par sa rigidité idéologique et l'ultra-radicalisme de sa vision, approche rapidement de son plafond électoral et celui-ci n'est malheureusement pas en verre...

    • Pierre Raymond - Abonné 1 septembre 2018 19 h 44

      Et pour la millième fois, je corrige « L'argent et DES votes ethniques, vous savez... ».

  • Jean-Charles Morin - Abonné 1 septembre 2018 11 h 39

    Deux partis de trop.

    Avec le système actuel qui favorise le bipartisme, il y a non pas un mais deux partis de trop: le Pari Libéral (PLQ) et Québec Solidaire (QS).

    Le premier parce qu'il est usé à la corde et corrompu jusqu'à la moelle, le deuxième parce son discours quasi-religieux incarne des valeurs extrêmes rejetées par l'immense majorité de la population, ce qui le confine à la marginalité perpétuelle.

    Dans le système actuel du scrutin à un tour, seuls deux partis modérés, l'un incarnant la gauche et l'autre la droite, peuvent espérer survivre. Dans un pays "normal", ces deux partis seraient la Coalition Avenir Québec (CAQ) et le Parti Québécois (PQ).

    Le problème est que le Québec n'est pas un pays "normal", avec un conglomérat de minorités ghettoïsées qui votent à l'aveugle toujours pour le même parti qui n'a plus sa place (le PLQ, pour ne pas le nommer) quelles que soient les circonstances. Le jeu est donc faussé dès le départ.

    La solution, à mon humble avis, réside dans la réforme du mode de scrutin. Non pas par l'introduction de la proportionnelle qui nous condamnerait à subir l'impuissance des parlements à l'italienne, livrés au chantage permanent des groupuscules détenant la balance du pouvoir, mais par l'institution du scrutin à deux tours, qui empêchera les intrus d'obtenir un siège avec parfois moins du tiers des votes comme c'est le cas présentement.

    Espérons que le prochain gouvernement aura le courage de présenter cette nécessaire réforme pour assainir les moeurs politiques, bien que personnellement j'en doute.

  • Léonce Naud - Abonné 1 septembre 2018 13 h 00

    Le rôle stratégique de Québec solidaire

    Il n'est pas dans l'intérêt des modestes débris de l'Empire français d'Amérique de s'étriper mutuellement dans leur réserve québécoise de l'Est du continent pour des questions de Gauche ou de Droite comme Québec solidaire y prend un suicidaire plaisir.
    Vu de loin, de telles querelles offrent le curieux spectacle d'une ethnie régionale dont le déclin s'accélère mais qui persiste à se diviser en factions politiques irréductibles dont l'existence même va contribuer à son éventuelle disparition.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 1 septembre 2018 16 h 12

      Monsieur Naud, on appelle ça des "querelles byzantines": du chamaillage à propos de tout et de rien entre des entêtés qui ne veulent rien céder même si cela les mène finalement à leur perte. Les Grecs de Constantinople en savent quelque chose, eux dont les chicanes intestines leur ont valu de subir par la suite le joug ottoman pendant quatre siècles.

      Et ça ne fait que commencer, étant donné que les bonzes de QS croient dur comme fer avoir toujours raison sur absolument tout! Quand on prétend détenir à la fois la vérité et la science infuse, quoi de plus normal. En d'autres temps et d'autres lieux, les Soviétiques vouaient un véritable culte au "génial" Staline et à sa préscience de visionnaire!

      J'ai toujours pensé que le gouvernement canadien et son service de renseignement (SCRS) n'étaient pas totalement étrangers à la bonne fortune de Québec Solidaire. On a toujours tendance à les oublier ces deux-là, comme si notre petite société opérait en circuit fermé...

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 1 septembre 2018 14 h 48

    Aucun parti politique n’est superflu

    Les partis politiques du Québec reflètent la variété des opinions politiques au sein de la nation québécoise.

    Or tous les outils — les partis politiques en sont un — qui permettent aux citoyens de s’exprimer sont bons.

    Cette variété peut avoir d’innombrables inconvénients pour les stratèges politiques. Mais pour tout démocrate, cela est une bonne chose.

    • Léonce Naud - Abonné 1 septembre 2018 20 h 06

      Les Anglos et les milieux issus de l'immigration votent en bloc solide pour un seul Parti et donnent des majorités staliniennes au Parti Libéral. Que savent-ils que vous ignorez quant à la démocratie ?